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Genre : horreur, épouvante, comédie dramatique 
Année : 2013
Durée : 1h47

Synopsis : Un mystérieux virus a détruit toute civilisation. Les rescapés vivent dans des bunkers fortifiés, redoutant leurs anciens semblables devenus des monstres dévoreurs de chair. R, un mort-vivant romantique, sauve contre toute attente Julie, une adorable survivante, et la protège de la voracité de ses compagnons. Au fil des jours, la jeune femme réveille chez lui des sentiments oubliés depuis longtemps… Elle-même découvre chez ce zombie différent autre chose qu’un regard vide et des gestes de momie… Perturbée par ses sentiments, Julie retourne dans sa cité fortifiée où son père a levé une armée. R, de plus en plus humain, est désormais convaincu que sa relation avec Julie pourrait sauver l’espèce entière… Pourtant, en cherchant à revoir Julie, il va déclencher l’ultime guerre entre les vivants et les morts. Les chances de survie de ce couple unique sont de plus en plus fragiles… 

La critique :

Après avoir visité les contrées eschatologiques et post-apocalyptiques (La Nuit des Morts-Vivants de George A. Romero, 1968 et ses pléthores de succédanés), les fulgurances rougeoyantes (Bad Taste de Peter Jackson, 1987), la comédie nuptiale qui dérive peu à peu vers la putréfaction (Zombie Honeymoon, David Gebroe, 2004) ou encore la comédie horrifique et goguenarde (Shaun of the Dead, Edgar Wright, 2004), le genre "zombies décrépits" semblait condamner à péricliter.
Inexorablement... Pas vraiment argue péremptoirement Jonathan Levine avec Warm Bodies, sorti en 2013. Jusqu'ici, les zombies et ses réalisateurs aguerris n'avaient pas encore exploré les déboires, les affres et les tourments de Roméo et Juliette dans un monde infesté de morts-vivants claudicants. Sauf que Roméo n'est plus ce bellâtre de jadis inventé par William Shakespeare, mais bel et bien un zombie encore imprégné par quelques labilités émotionnelles.

Par le passé, le genre zombie avait déjà analysé et décrypté ce type d'oaristys à priori chimérique. Les thuriféraires de ce registre cinématographique citeront aisément Dellamorte Dellamore (Michele Soavi, 1995), une tragédie zombiesque qui parvenait carrément à renouveler un genre plutôt rébarbatif et anomique. Visiblement, Jonathan Levine à beaucoup apprécié Dellamorte Dellamore, un peu trop peut-être... Opportuniste, le réalisateur et scénariste américain s'empare également d'un autre phénomène pré-pubère et à consonance vampirique.
Son nom ? Twilight ! En gros, changez les créatures de la nuit par des monstres anthropophages et vous obtenez peu ou prou la même trame narrative, à la seule différence que les inimitiés ne se déroulent plus à la lisière de la forêt ou au sein de la middle class américaine, mais dans un monde gangréné par la violence et surtout par une guerre acharnée entre une poignée de survivants humains et des zombies en manque de barbaque.

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Vous l'avez donc compris. Sur la forme, Warm Bodies s'apparente donc à un curieux maelström entre le phénomène Twilight et le scénario de Dellamorte Dellamore qu'il spolie jusqu'à la moelle. Hélas, la comparaison avec le film de Michele Soavi s'arrête bien là. La carrière de Jonathan Levine démarre vers le milieu des années 2000 avec un court-métrage, Shards (2004), par ailleurs inconnu au bataillon et inédit dans nos contrées hexagonales.
Le metteur en scène va connaître la gloire et la consécration avec son tout premier long-métrage, All the Boys Love Mandy Lane (2006), une sorte de slasher horrifique qui va s'arroger toute une myriade de récompenses dans différents festivals. Le nom de Jonathan Levine devient alors le nouveau parangon du cinéma d'épouvante.

Le cinéaste jubile mais ne corrobore pas ce florilège d'espoirs et de dithyrambes avec ses deux métrages suivants, Wrackness (2008) et 50/50 (2011), réalisant de maigres scores, que ce soit aux Etats-Unis et à l'étranger. A contrario, Wrackness devient la nouvelle égérie des critiques et des réseaux sociaux unanimement extatiques. La presse spécialisée décèle en Jonathan Levine un immense potentiel. Que soit. Ce dernier s'ingénie dans le divertissement pré-pubère et signe Warm Bodies, une comédie romantique et horrifique adaptée d'un opuscule éponyme d'Isaac Marion.
Si Warm Bodies passe relativement inaperçu dans les salles françaises, totalisant péniblement les 250 000 entrées, le film reçoit un accueil triomphal au box-office américain, ainsi qu'un concert de louanges de la part de critiques derechef panégyriques.

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Reste à savoir si Warm Bodies mérite de telles flagorneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution du film se compose de Nicholas Hoult, Dave Franco, Teresa Palmer, Analeight Tipton et John Malkovich. Attention, SPOILERS ! (1) Un mystérieux virus a détruit toute civilisation. Les rescapés vivent dans la ville de Montréal, une cité fortifiée et protégée par d'épais murs en bétons gardés jour et nuit. Ils craignent ceux qui étaient leurs semblables, devenus des monstres dévoreurs de chair. R est un zombie qui — contre toute attente — semble conscient de sa condition de mort-vivant. Du reste, il ne se rappelle cependant plus son prénom, seulement qu'il commençait par la lettre "R". Un jour, qu'il part chasser en compagnie de ses semblables, ils attaquent à l'intérieur d'un bâtiment un groupe d'humains venus se ravitailler en vivres et médicaments.

Bien qu'il ne souhaite pas leur faire de mal, R ne peut néanmoins pas réprimer la faim commune aux zombies et agresse donc Perry, un jeune homme dont il dévore le cerveau. Non seulement le meilleur morceau mais également une manière de s'approprier ses souvenirs, ses pensées et ses idées pour se sentir à nouveau humain. C'est alors qu'il se concentre sur Julie, la petite amie de Perry et sans réfléchir, la protège de la voracité de ses compagnons. Au fil des jours, la jeune femme réveille chez lui des sentiments oubliés depuis longtemps quand elle-même découvre chez ce zombie différent autre chose qu’un regard vide et des gestes de momie… 
Perturbée par ses sentiments, Julie retourne cependant dans sa cité fortifiée où son père a levé une armée. R, de plus en plus humain, est désormais convaincu que sa relation avec Julie pourrait sauver l’espèce entière… 

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En effet, les quelques jours passés en compagnie de Julie lui ont permis de réapprendre à vivre, son organisme reprenant alors lentement son fonctionnement d'origine. Sans compter que cet étrange processus se répercute sur ses semblables.... (1) Certes, Warm Bodies possède certaines arguties dans sa besace pour leurrer son public ingénu. En outre, ce dernier sera principalement composé de jeunes éphèbes insouciants, ainsi que de midinettes pudibondes toujours à la recherche lunaire du prince charmant. Certes, en tant que divertissement pré-pubère, Warm Bodies n'a rien à envier au phénomène Twilight, d'autant plus que Jonathan Levine a au moins le mérite de ne pas verser dans les moralines ni les scansions puritaines et déclamées par les théologies mormonistes.
Une bien maigre consolation. Hélas, sur la forme comme sur le fond, Warm Bodies ne fonctionne que par intermittence.

Indiscutablement, la première partie de Warm Bodies est la section la plus réussie du film. Le préambule se polarise sur les pérégrinations de R, un adulescent qui a perdu toute mémoire, toute identité et toute trace de son passé d'humain. Alors que Warm Bodies s'achemine vers une réflexion sur la condition humaine ("Qui je suis ?", "Comment communiquer ?" "Pourquoi suis-je si seul ?"), le métrage abandonne cette thématique pourtant captivante pour se focaliser sur des fariboles. Alors que le monde s'alanguit, R, un jeune homme réduit à l'état de zombie, s'acoquine, lutine et s'énamoure de la belle Julie, le but étant de se sentir un peu moins mort, un peu moins inerte, selon les propres aveux du jeune homme défraîchi. La vision de cette jeune femme éveille en lui des émotions et des sentiments humains. Une idée de départ plutôt séduisante et éloquente.  

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Malencontreusement, Jonathan Levine élude cette didactique pour se centrer sur les tribulations amoureuses et fantasmagoriques de son couple hors norme. Contrairement à Dellamorte Dellamore qui proposait une curieuse allégorie sur la primauté des émotions humaines, Warm Bodies se contente de s'immiscer dans le divertissement factice et étrangement policé, dans lequel zombies et humains pactisent et se coalisent pour occire une race de morts-vivants réellement bellicistes. En gros, remplacez le bel Edward Cullen par son clone zombiesque et Isabella par son pendant blondinet et féminin, et vous obtenez peu ou prou la même recette éculée... En moins pire, nonobstant...
Alors que le film démarre en apothéose dans une époque atomisée et tuméfiée, la suite se transmute promptement en roman à l'eau de rose avec un épilogue doucereux et guilleret, des zombies et des humains qui s'étreignent et se serrent la main, et un nouveau couple chimérique destiné à flagorner un public juvénile en manque d'élucubrations amoureuses. Warm Bodies est-il aussi catastrophique qu'il en a l'air ? Heureusement, la réponse est plutôt négative à condition de faire fi de la vacuité et de l'inanité de ce genre de production. 
Bref, un spectacle aussi puéril qu'inoffensif. Ne réalise pas Dellamorte Dellamore qui veut.  

 

Note : 08.5/20

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Warm_Bodies