Le_Couvent_de_la_bete_sacree

Genre : drame, érotique, Nunsploitation (interdit aux - 16 ans)
Année : 1974
Durée : 1h31

Synopsis : Devenue orpheline, Maya souhaite élucider le meurtre de sa mère, une nonne recluse. Afin d'en savoir plus, elle rentre dans les ordres et espère trouver de précieux indices. Entre une mère supérieure sadique et un prêtre vicieux, la jeune femme va vite découvrir la face cachée de cette institution respectée. 

La critique :

Le nom de Norifumi Suzuki (ou Noribumi Suzuki) ne risque pas de vous évoquer grand-chose. Pourtant, son nom reste intrinsèquement relié à celui de la Toei Animation, une firme cinématographique à laquelle il a consacré l'essentiel de sa carrière. Promis à une carrière émérite dans l'économie, Norifumi Suzuki abandonne pourtant ses études pour se consacrer entièrement au noble Septième Art. Dans un premier temps, il embrasse une carrière de scénariste et d'assistant-réalisateur. 
C'est dans ce contexte qu'il s'aguerrit derrière la caméra et étaye son penchant pour les drames érotiques, la violence et surtout le pinku eiga, ou cinéma rose, déclareraient péremptoirement les adulateurs de ce registre cinématographique. Le pinku eiga se définit comme un sous-genre cinématographique qui lutine et s'acoquine avec un érotisme hard et mâtiné de souffrance corporelle.

Il est donc bien question de fétichisme mais aussi (et surtout) de sadomasochisme. La plupart du temps, le pinku eiga met en exergue des jeunes femmes pudibondes subrepticement dévoyées par des tendances érotomaniaques qu'elles ne peuvent réprimer en dépit de leur chasteté, voire de leur voeu d'abstinence. Pour Norifumi Suzuki, c'est aussi l'occasion de mettre en scène un Japon faussement policé et transi par des satyriasis inextinguibles ; une thématique qu'il aspire à étoffer.
Plusieurs longs-métrages vont permettre au cinéaste nippon d'affirmer sa notoriété, que ce soit dans les contrées asiatiques, mais aussi dans le monde entier. Les thuriféraires du réalisateur citeront aisément Le Pensionnat des Jeunes Femmes Perverses (1973), Champion Of Death (1975), Shaolin Karaté (1975), Vices et Sévices (1979), Les tueurs noirs de l'Empereur fou (1980), ou encore Le feu de la vengeance (1982).

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Vient également s'agréger Le Couvent de la Bête Sacrée, sorti en 1974, et qui reste, sans aucun doute, le métrage le plus proverbial de Norifumi Suzuki. Le film est également répertorié dans la catégorie "Nonnesploitation", ou "Nunsploitation", un sous-genre du pinku eiga. Ce n'est pas un hasard si Le Couvent de la Bête Sacrée est réalisé vers le milieu des années 1970 et s'il s'est exporté à l'étranger. Corrélativement, à la même époque, l'Occident connaît une révolution à la fois sociologique, culturelle et sexuelle. Le Japon est lui aussi traversé par une crise sociétale.
Le Japon s'interroge, de facto, sur ses valeurs religieuses et morales, de plus en plus imprégnées par les mentalités américaines et européennes. A contrario, le pays du Soleil Levant n'a pas vraiment de velléités ecclésiastiques même si certains missionnaires jésuites répandront la Bonne Parole à partir du XVIe siècle.

En l'occurrence, le Japon se distingue par sa pruderie excessive, paradoxalement fourvoyée par cette scopophilie cinématographique ostentatoirement affichée par certains cinéastes impudents. 
Indubitablement, Norifumi Suzuki appartient à cette dernière catégorie. La distribution de Le Couvent de la Bête Sacrée risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Yumi Takigawa, Emiko Yamauchi, Yayoi Watanabe, Ryouko Ima, Harumi Tajima et Natsuko Yashiro ; mais j'en doute... A la rigueur, seul le nom de Yumi Takigawa fait partie de ces figures populaires, que ce soit au Japon ou dans les contrées occidentales.
On a notamment pu voir la comédienne, néanmoins dans des rôles subalternes, dans Le Cimetière de la Morale (Kinji Fukasaku, 1975), Super Express 109 (Junya Sato, 1975) et Virus (Kinji Fukasaku, 1980).  

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Puis, l'actrice disparaîtra promptement des écrans-radars même si cette dernière tournera encore de nombreux films dans son pays. Attention, SPOILERS ! (1) Le film raconte le destin de la jeune Mayumi, qui entre dans les ordres pour enquêter sur la mort de sa mère et percer le secret derrière l’identité de son père. Son arrivée perturbe l’ordre établi, et une campagne de délation ne tarde pas à viser les nonnes lesbiennes ou voleuses. Mais alors que le sadisme des punitions va croissant, Mayumi découvre que ce couvent cache de nombreux mystères (1).
Bientôt, la jeune femme meurtrie va apprendre quels sont les secrets insondables de ses origines... Parmi les classiques de la Nunsploitation, les adulateurs du genre (soit cinq ou six personnes dans le monde...) citeront probablement
Les Diables (Ken Russell, 1971), Flavia la Défroquée (Gianfranco Mingozzi, 1974), Killer Nun (Giulio Berruti, 1979), ou encore Les Religieuses du Saint Archange (Domenico Paolella, 1973).

Dans tous les cas, ces films s'interrogent sur la déliquescence de la foi chrétienne dans nos contrées hexagonales et surtout occidentales. Impression justement corroborée par cette même révolution sexuelle et en pleine expansion dans les années 1970 et qui remet en cause les dogmes et les doctrines de la conception catholique. En filigrane, c'est donc cette fameuse question harangueuse qui se pose : comment Jésus-Christ pourrait-il être à la fois le fruit et l'incarnation d'une volonté divine ?
D'autres interrogations se posent elles aussi en catimini : Pourquoi la religion catholique a-t-elle choisi d'évincer Joseph ? Le futur sauveur et libérateur des opprimés n'a pas vraiment de père charnel. Il a avant tout un père spirituel. C'est cette même question qui semble tarabuster Norifumi Suzuki tout au long de ce film désinvolte. A tel point que certaines nonnes hérétiques s'interrogent à leur tour sur la genèse et sur cette curiosité de la nature humaine.

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Mais gare à ne pas effaroucher les tenancières despotiques de ce couvent cloîtré au beau milieu de nulle part ! De facto, Le Couvent de la Bête Sacrée fonctionne à la fois comme une tragédie humaine transie par cette chasteté de façade, un thriller et un huis clos oppressant et anxiogène claquemurant ses héroïnes face à leurs pulsions érotiques les plus inavouables. Evidemment, le saphisme est de mise, tout comme la torture et le sadomasochisme ad nauseam. Le moindre péché (surtout celui de concupiscence) commis est instantanément sanctionné par une punition expiatoire. Ainsi, le maître des lieux, le Révérend Père, est un être sacralisé, adoubé et divinisé.
Pourtant, ce dernier n'hésite pas à violer une soeur un peu trop téméraire. Pis, ce dernier a même commis le péché suprême...

En l'état, difficile d'en dire davantage. Toutefois, il serait bien réducteur de résumer Le Couvent de la Bête Sacrée à un film érotique et/ou d'exploitation. Norifumi Suzuki peaufine sa mise en scène et propose plusieurs saynètes à la fois âpres et chatoyantes en proposant une véritable césure entre la vétusté des couleurs (le rouge, le bleu et le noir sont les teintes privilégiées) qui parsèment le long-métrage et l'atrocité des supplices perpétrés. De surcroît, les interprètes excellent, Yumi Takagawa en tête et largement dévêtue pour l'occasion. In fine, en dépit de ses 44 années au compteur, Le Couvent de la Bête Sacrée n'a pas trop souffert de cette caducité, souvent inhérente à ce genre de production.
Son propos reste d'une étonnante actualité puisque le long-métrage ratiocine et réflexionne sur la porosité de la foi catholique dans nos sociétés contemporaines en plein marasme, ainsi que sur les simulacres qui nimbent ces mêmes principes finalement peu orthodoxes. 

Note : 16/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://tortillapolis.com/critique-film-le-couvent-de-la-bete-sacree-norifumi-suzuki-1974/