Mom and dad parents indignes

Genre : horreur, home invasion (interdit aux - 12 ans)
Année : 2017
Durée : 1h23

Synopsis : Une adolescente et son petit frère doivent survivre pendant 24 heures à une hystérie de masse aux origines inconnues incitant les parents à se retourner violemment contre leurs enfants.     

La critique :

Souvenez-vous... Lors de la chronique d'Hyper Tension 2 (source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2018/01/28/36089768.html), nous avions évoqué le cas particulier de Brian Taylor, un cinéaste abonné aux bisseries d'action débridées et pittoresques. Pour preuve, le metteur en scène a, dès le départ de sa carrière cinématographique, collaboré avec Mark Neveldine, son illustre comparse, par ailleurs tout aussi échevelé. Ensemble, les deux acolytes réaliseront Hyper Tension (2006), sa suite funambulesque en 2009, Ultimate Game (2009) et Ghost Rider 2 : l'esprit de vengeance (2012).
Après de glorieux et augustes services, les deux compères décident finalement de se quitter en tout amicalité et d'obliquer vers des directions différentes.

A l'instar de Mark Neveldine, Brian Taylor n'a jamais tari d'éloges ni caché son extatisme pour l'univers dépravé du jeu vidéo. Corrélativement, le metteur en scène affectionne aussi tout particulièrement l'horreur, l'épouvante, le home invasion et le huis clos oppressant, soit divers registres anxiogènes qui ont couronné le succès du cinéma depuis sa création vers la fin du XIXe siècle. Que soit. Brian Taylor n'a pas vraiment pour velléité de modifier ni de bouleverser les codes ni les doctrines du noble Septième Art. Impression corroborée par sa dernière réalisation en date, à savoir Mom and Dad, ou Parents Indignes dans nos contrées hexagonales, une bisserie à ne pas confondre avec un autre film britannique paronyme, j'ai nommé Mum and Dad, réalisé par les soins de Steven Sheil en 2008.
Pourtant, ces deux productions ont pour accointance de traiter d'un sujet pour le moins douloureux et spinescent, puisqu'il est question ici d'infanticide.

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Pour trouver les premiers reliquats de cette thématique mortifère, il faut remonter à l'orée des années 1960 avec Le Village des Damnés (Wolf Rilla, 1960), un vieux film d'épouvante qui mettait en exergue des enfants factieux et spécieux affublés de pouvoirs télépathiques. De prime abord, ce sont les jeunes marmots aux yeux luminescents qui se regimbent contre l'autorité patriarcale et massacrent plusieurs adultes d'une communauté cloîtrée au beau milieu de nulle part.
Ils deviennent alors les cibles privilégiées de l'armée et d'adultes irascibles. A son tour, Narciso Ibanez Serrador s'emparera de ce récit énigmatique avec Les Révoltés de l'An 2000 qui s'achemine, peu ou prou, sur la même dialectique. Pour ne pas mourir, un couple décide de prendre les armes et d'occire des enfants métamorphosés en petits sauvageons.

Visiblement intrigué par ces récits aux consonances eschatologiques, Brian Taylor décide lui aussi de s'atteler à un sujet aussi véhément ; ce qui ne manquera pas de tarauder les thuriféraires du cinéaste. En effet, jusqu'ici, Brian Taylor avait surtout arboré son engouement pour les films d'action potaches, avec néanmoins un fort penchant pour l'irrévérence. En outre, Mom and Dad fait office de série B dispendieuse puisque le film se paie tout de même le luxe de coaliser trois stars flamboyantes du cinéma hollywoodien via la présence simultanée de Nicolas Cage, Selma Blair et Lance Henriksen.
Viennent également s'agréger Anne Winters, Zachary Arthur, Olivia Crocicchia, Brionne Davis et Samantha Lemole. Attention, SPOILERS ! Une adolescente (Carly Ryan) et son petit frère (Josh) doivent survivre pendant 24 heures à une frénésie meurtrière de masse poussant les parents, devenus soudainement hystériques et agressifs, à se retourner violemment contre leurs propres enfants.

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Pour une raison énigmatique, un mystérieux signal semble avoir masqué le cerveau reptilien et en particulier cette pulsion ancestrale qui vise à protéger sa propre progéniture. Prudente, Carly se soucie du comportement de plus en plus inquiétant de son propre patriarche, Brent Ryan. De son côté, la mère, Kendall, ne semble pas affectée par cette curieuse contamination. Hélas, la marâtre finit elle aussi par céder à ses pulsions irrémissibles...
A l'aune de cette exégèse, on est en droit de se questionner sur ce changement de direction opéré par Brian Taylor depuis ses élucubrations dans Ghost Rider 2. A fortiori, le réalisateur semble lui aussi en pleine séance d'introspection. Les adulateurs du cinéaste peuvent donc phagocyter ce style iconoclaste de naguère pour opter vers une oeuvre beaucoup plus pragmatique qu'à l'accoutumée.

C'est paradoxalement l'un des plus gros écueils de cette série B lucrative. A aucun moment, on ne reconnaît le style roublard et affûté du metteur en scène. Avec un tel réalisateur derrière la caméra, qui nous avait pourtant habitués à des films d'action salaces et survoltés (le diptyque Hyper Tension), on était légitimement en droit d'attendre une pellicule érubescente et jubilatoire. Contre toute attente, Brian Taylor livre un film d'horreur assez policé, à des années-lumière des extravagances dont il est pourtant coutumier. C'est donc le désenchantement qui point lors du générique final.
En dépit des apparences, Mom and Dad possède, à contrario, de solides arguties dans sa besace en jouant à la fois sur les registres de l'épouvante, de la contamination, du huis clos et du home invasion. Pour une fois, ce sont les parents qui chipent la vedette aux deux mouflets inconséquents.

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Rien que pour le jeu machiavélique et sociopathique de Nicolas Cage et de Selma Blair, par ailleurs en mode histrionique, Mom and Dad justifie son visionnage. Hélas, on sera beaucoup moins panégyrique concernant le jeu beaucoup trop timoré de ces deux autres interprètes juvéniles, Anne Winters et Zachary Arthur en tête. In fine, Brian Taylor élude de se glisser sur ce conflit intergénérationnel alors que ces belligérances constituent le thème prééminent de cette bisserie somme toute inoffensive. Vous l'avez donc compris. Si Mom and Dad se révèle plutôt probe et jouissif sur sa durée élusive (à peine une heure et 25 minutes de bobine), il est difficile de ne pas rester circonspect à l'aune de l'épilogue final, lui aussi beaucoup trop modéré. C'est d'autant plus dommage que Brian Taylor déploie, tout au long de cette pellicule, un concept plutôt novateur, transgressant par ailleurs tous les codes moraux et toutes les valeurs familiales ânonnées depuis des lustres par une middle class américaine apathique et ventripotente. Mais nous ferons montre d'indulgence, surtout concernant la note finale car le film mérite sans doute moins, beaucoup moins...

Note : 12/20

sparklehorse2 Alice In Oliver