Agwau

Genre : horreur, trash, drame (interdit aux - 16 ans)
Année : 2015
Durée : 1h34

Synopsis : Anders et sa sœur Mia ont eu une enfance difficile. Mia a constamment été abusée sexuellement par son propre père pendant que sa mère dépressive regardait. Quand Anders, puni pour le meurtre de son père est libéré de prison et réuni avec sa sœur, elle pense à un nouveau départ pour eux. Cependant, ils sont bientôt chassés par leur passé sombre et doivent à nouveau défier leurs démons les plus dangereux.      

La critique :

Réalisateur, producteur et scénariste danois, le nom de Kasper Juhl s'est rapidement imposé parmi les grands parangons du cinéma extrême européen. Pourtant, le cinéaste ne possède que quelques films à son actif, mais son style âpre, véhément et rédhibitoire constitue son principal apanage. Sa carrière cinématographique débute vers l'orée des années 2010 via un court-métrage, Make Them Suffer (2011), par ailleurs inconnu au bataillon et inédit dans nos contrées hexagonales.
L'année suivante, Kasper Juhl signe son tout premier long-métrage, Sunken Danish, un film d'horreur hélas confiné dans les affres des oubliettes et qui ne dépasse pas ses frontières danoises. Que soit. Le nom de Kasper Juhl va prestement inscrire sa marque indélébile dès le deuxième essai, à savoir Madness of Many (2013), une pellicule trash et extrême qui s'illustre dans divers festivals.

Via cette production érubescente sur fond de chaos psychologique et de psychasthénie mentale, Kasper Juhl corrobore cette dilection et cette fascination pour les pulsions morbides, ainsi que pour ces vieilles réminiscences familiales qui sourdent, un jour ou l'autre, à la surface de la conscience. Avec ce deuxième long-métrage, Kasper Juhl confirme également ce penchant pour le cinéma underground. A l'instar de Lucifer Valentine avec la série des Vomit Gore, le cinéaste danois oblique à son tour sur le chemin de la souffrance, des stigmates et de la putréfaction.
Toutefois, la comparaison avec Lucifer Valentine est un peu hâtive. En outre, Kasper Juhl cherche à se démarquer de son auguste devancier en se focalisant sur cette curieuse monstruosité qui semble façonner et jalonner la psyché humaine.

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Impression accréditée par ses métrages suivants, notamment avec le bien nommé Monstrosity (2014). Indubitablement, le metteur en scène possède une certaine érudition et un certain potentiel. Kasper Juhl poursuit son oeuvre mortifère avec Agwau, plus connu sous le nom de Gudsforladt, en 2015. Littéralement, Gudsforladt signifie "Un dieu sans univers", thématique sur laquelle nous reviendrons ultérieurement. A l'instar de Madness of Many et de Monstrosity, le film va faire le tour de différents festivals.
Cette fois-ci, le métrage de Kasper Juhl est couronné de succès puisqu'il s'octroie le "Prix du Meilleur Long Métrage" au BUT (B-movie Underground and Trash Film Festival - Pays-Bas), ainsi que le Prix du Jury lors de la seconde édition du Sadique Master (source : http://www.uncutmovies.fr/accueil/68-agwau.html).

Pour les thuriféraires du cinéma trash, Agwau est disponible en dvd chez l'éditeur Uncut Movies (voir le lien précédemment mentionné), qui plus est, à un prix raisonnable. Reste à savoir si ce métrage underground mérite de telles flagorneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution du film risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Johannes Nymark, Anne Sophie Adelsparre, Sonny Lindberg, Marie-Louise Damgard Nielsen, Siff Andersson, Paw Terndrupp et Peter Aude ; mais j'en doute...
Attention, SPOILERS ! Anders et sa sœur Mia ont eu une enfance difficile. Mia a constamment été abusée sexuellement par son propre père pendant que sa mère dépressive regardait. 
Quand Anders, puni pour le meurtre de son père est libéré de prison et réuni avec sa sœur, elle pense à un nouveau départ pour eux. 

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Cependant, ils sont bientôt chassés par leur passé sombre et doivent à nouveau défier leurs démons les plus dangereux. A l'aune de cette exégèse, difficile de ne pas être à la fois emballé et circonspect devant le synopsis d'AgwauPour Kasper Juhl, la genèse de toute prédisposition sociopathique meurtrière se trouve dans la généalogie familiale. Néanmoins, le cinéaste danois ne cède pas à la tentation de la complaisance ni de la surenchère. Kasper Juhl prend son temps pour planter le décor ainsi que ses divers protagonistes. Si Agwau a conquis de nombreux prix à travers les festivals du cinéma underground, ne vous attendez pas à un florilège de barbaque et de tripailles, loin de là.
Sur la forme comme sur le fond, Agwau s'apparente à une oeuvre anxiogène fortement imprégnée par une ambiance malsaine et malaisante. 

Hormis quelques saynètes rougeoyantes, Agwau n'est pas une oeuvre trash qui verse allègrement dans l'excès d'impétuosité ; un choix qui aura pour conséquence de décontenancer le spectateur avisé. En l'occurrence, Kasper Juhl se polarise sur le duo formé par Anders et Mia. Bien que frère et soeur, ces deux êtres se vouent une fascination charnelle. Pis, frère et soeur franchiront l'ultime tabou... celui abhorré et admonesté par l'Humanité depuis des temps immémoriaux... Vous l'avez donc compris. Il est donc bien question d'une relation "incestuelle" (incestueuse...) qui culmine lors d'une soirée un peu trop arrosée. La drogue tient également ici une place prééminente.
Agwau, c'est avant tout le portrait peu reluisant d'individus en déveine qui s'avinent et consomment des psychotropes pour oublier leurs déboires et leurs vieilles réminiscences du passé.  

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C'est très simple, personne ne trouve grâce aux yeux de Kasper Juhl qui signe une oeuvre cynique, misanthrope et nihiliste. Personne ne viendra réconforter ni apporter une once de bienveillance à Mia et Anders confinés dans leur apathie générale. De son côté, le frère kidnappe deux jeunes jouvencelles qu'il torture, viole et supplicie via la collaboration d'un fidèle dévot. Les deux demoiselles effarouchées seront finalement livrées à un autre tortionnaire peu scrupuleux pour un marché que l'on imagine au mieux fallacieux... D'autre part, Mia cède elle aussi aux avances énamourées de la belle Camilla. Médusée, Mia assiste béatement à une séance de fétichisme et de sadomasochisme dans la chambre de la jolie gourgandine. Puis, sous l'effet d'une pulsion irrépressible, Mia étrangle Camilla. Dès lors, le passé douloureux de la jeune femme mutilée refait surface jusque l'inexorable.

On comprend mieux l'intitulé du film, soit (je le rappelle) Gudsforladt ("Un dieu sans univers"). Le monde décrit par Kasper Juhl, c'est aussi le portrait au vitriol d'une génération qui se délite et périclite, inexorablement. La fracture est cruelle, profonde et se réactive lorsque les vieux démons du passé se réveillent. Tel est le constat amer d'un cinéaste qui semble tout aussi mélancolique que ses propres personnages. Malicieux, Kasper Juhl adopte un point de vue holiste et systémique pour comprendre les fêlures et les excoriations familiales, celles qui semblent expliquer la dépression irréfragable d'Anders et de sa soeur Mia. En l'état, difficile d'en dire davantage. 
Agwau est un film éminemment complexe qui requiert sans doute plusieurs niveaux de lecture et d'analyse. In fine, le spectateur hébété ne sera guère surpris par l'épilogue final. En outre, ce dernier aura sans doute aisément subodoré les failles indélébiles des deux principaux protagonistes. En résulte une oeuvre éparse, assez nébuleuse et alambiquée qui ne manquera pas de tarauder durablement les persistances rétiniennes après son visionnage. Pas de note, donc...

Note : ?

sparklehorse2 Alice In Oliver