gomorra

Genre : polar, drame (interdit aux - 12 ans)
Année : 2008
Durée : 2h15

Synopsis : "On ne partage pas un empire d'une poignée de main, on le découpe au couteau." Cet empire, c'est Naples et la Campanie. Gomorrhe aux mains de la Camorra. Là-bas, une seule loi : la violence. Un seul langage : les armes. Un seul rêve : le pouvoir. Une seule ivresse : le sang. Nous assistons à quelques jours de la vie des habitants de ce monde impitoyable. Sur fond de guerres de clans et de trafics en tous genres, Gomorra raconte les destins croisés de : Toto, Don Ciro et Maria, Franco et Roberto, Pasquale, Marco et Ciro.      

La critique :

Quand on évoque le sujet de la mafia au cinéma, deux grands classiques du Septième Art s'imposent immédiatement à l'esprit : Le Parrain (Francis Ford Coppola, 1972) et Scarface (Brian de Palma, 1983). En outre, c'est le film de Coppola qui va bientôt dériver en une trilogie mercantile et lucrative tout en respectant les codes, les traditions, les us et les coutumes de la famille Corleone. Suite aux événements du premier chapitre, Michael Corleone succède à son patriarche. La famille Corleone mène alors une guerre impitoyable contre plusieurs factions criminelles dans un marché (les jeux, le trafic d'armes et de stupéfiants principalement) aux multiples collatéraux.
Puis, dans le troisième et ultime volet, Michael Corleone se retrouve dans la position de son paternel et décide de céder son organisation pernicieuse à son neveu, Vincent Mancini-Corleone, un homme avide, au tempérament fougueux et dévoré par l'ambition.

Indubitablement, la trilogie Le Parrain a laissé une empreinte indélébile dans le registre du polar et du film noir. Evidemment, cette saga va inspirer de nombreux épigones de qualité erratique. Pour les thuriféraires de ce registre cinématographique, il faudra faire preuve de longanimité et patienter jusqu'aux années 2000 pour trouver le digne épigone, celui qui renversera arrogamment l'hégémonie de cette triade âpre et virulente. Son nom ? Gomorra, réalisé par les soins de Matteo Garrone en 2008.
Le cinéaste transalpin débute sa carrière cinématographique vers le milieu des années 2000 via un court-métrage, Silhouette (1996). Ensuite, il enchaîne avec Ospiti (1998), Estate Romana (2000), L'étrange monsieur Peppino (2002) et Primo Amore (2004), bref autant de longs-métrages inconnus au bataillon et inédits dans nos contrées hexagonales.

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Gomorra érigera enfin le talent et l'outrecuidance du cinéaste lors de sa présentation, en compétition, au festival de Cannes en 2008 durant lequel le film s'arroge la récompense convoitée par de nombreux cinéastes avisés, à savoir le Grand Prix du Jury. Corrélativement, le métrage s'octroie également plusieurs European Film Award (meilleur film européen, meilleur réalisateur, meilleur scénario et meilleure photographie, entre autres). A cela s'ajoutent aussi les vivats et les acclamations d'une presse et de critiques unanimement panégyriques. Reste à savoir si Gomorra mérite de telles flagorneries.
Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Quant à l'intitulé du film, à savoir Gomorra (au cas où vous n'auriez pas suivi), le titre a une consonance à la fois classique et systémique puisqu'il signifie, littéralement, "système".

Gomorra est aussi l'adaptation d'un opuscule, Gomorra. Dans l'empire de la Camorra, de Roberto Saviano. Cérémonieux, le cacographe requiert ses services et son érudition pour le scénario du film. En outre, Gomorra est nimbé par un parfum de souffre et de scandale, notamment pour sa dénonciation ostentatoire d'un système factieux et pernicieux qui a plongé l'Italie, en tout cas, un certain nombre de ses provinces, dans le crime, les divers trafics, la misère, la corruption et les exécutions sommaires. Menacé de mort, Matteo Garrone est alors protégé par plusieurs gardes du corps.
A fortiori, Gomorra a fortement courroucé une mafia atrabilaire bien décidée à occire le metteur en scène. Que soit. Cela n'empêchera pas le film de se transmuter, quelques années plus tard, en une série éponyme et télévisuelle.  

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Pour l'anecdote, plusieurs acteurs du film sont des amateurs et appartiennent réellement à des organisations spécieuses et criminelles. "Le 11 octobre 2008, Bernardino Terracciano, interprète de Zi Bernardino dans le film, a été arrêté dans le cadre d'une opération policière contre le clan des Casalesi. Le 5 janvier 2009, Giovanni Venosa, autre acteur de Gomorra, est lui aussi arrêté dans le cadre d'une enquête sur la collecte du pizzo. Salvatore Fabbricino, interprétant un des camorristes, est lui aussi arrêté pour avoir fait partie d'un commando qui a fait six morts auprès de ressortissants africains" (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Gomorra_(film).
Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse du film. Attention, SPOILERS ! "On ne partage pas un empire d'une poignée de main, on le découpe au couteau." 

Cet empire, c'est Naples et la Campanie. Gomorrhe aux mains de la Camorra. Là-bas, une seule loi : la violence. Un seul langage : les armes. Un seul rêve : le pouvoir. Une seule ivresse : le sang. Nous assistons à quelques jours de la vie des habitants de ce monde impitoyable. Sur fond de guerres de clans et de trafics en tous genres, Gomorra raconte les destins croisés de : Toto, Don Ciro et Maria, Franco et Roberto, Pasquale, Marco et Ciro. Autant l'annoncer de suite, pour ceux qui attendent une nouvelle variation de Le Parrain et de Scarface (deux films précédemment mentionnés), ils risquent d'être sérieusement désappointés. Ce n'est pas un hasard si Gomorra est souvent qualifié comme étant la parfaite antithèse de la trilogie réalisée par Francis Ford Coppola.
A contrario, le film de Brian de Palma et son héros impudent sont explicitement cités par certains jouvenceaux de Gomorra qui se rêvent en Tony Montana. 

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De surcroît, le générique final de Gomorra se conclut sur cet avertissement comminatoire : la Camorra est l'organisation criminelle la plus puissante en Europe et compte plus de 4000 exécutions à son actif. Contrairement à Le Parrain et Scarface, Gomorra ne se polarise pas sur un personnage primordial ni sur un scénario basique et de facture conventionnelle. Matteo Garrone opte pour une réalisation documentée et documentaire. Le cinéaste s'évertue à filmer divers protagonistes en déveine et plongés dans l'enfer de la mafia napolitaine.
Ainsi, l'action du film se déroule dans une cité labyrinthique et subdivisée en plusieurs factions. La ville est, en outre, auréolée par le spectre de l'impécuniosité. La plèbe constitue donc, pour cette mafia hégémonique et locale, une armée de réserve quasiment gratuite qui rêve de gloire et surtout d'imiter les exploits filmiques de Tony Montana.

Mais la réalité de Gomorra n'est pas celle de Scarface, loin de là. Toute tentative de rébellion, de dissidence ou de révolte est impitoyablement sanctionnée par la Camorra et ses sbires. "A qui croyez-vous faire la guerre ?" s'écrie un adolescent fougueux. Ciro et Marco, deux jouvenceaux un peu trop téméraires, paieront cher pour leur outrecuidance et pour avoir contrarié les plans cupides d'un chef subalterne. Ainsi, même les enfants et les jeunes éphèbes sont enrôlés pour participer à une nouvelle guerre, celle qui régit à la fois les divers trafics (les armes et les stupéfiants, entre autres) et la vie quotidienne de la populace. Même le traitement chimique des déchets est régenté par la Camorra !
Telle est la puissance de frappe de cette organisation peu scrupuleuse. 
Pour faire subsister un pays alangui par les directives européennes, la Camorra exécute certains individus un peu trop gênants ou volubiles. 

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A contrario, elle s'immisce dans les activités économiques d'un pays moribond et en pleine déflation économique. Le portrait dressé et admonesté par les soins de Matteo Garrone est donc imprégné d'une très grande acerbité. Ce portrait au vitriol est amer, trop amer pour ne pas discerner les véritables problématiques d'une nation exsangue et dévoyée par la criminalité. La Camorra a tissé sa toile irréfragable sur le pays. Qu'ils soient policiers, dirigeants, ouvriers, capitalistes ou des édiles politiques, tous seront obligés de se soumettre à cette loi de la violence et du sang.
Dans Gomorra, toute moraline familiale, patriarcale ou à consonance humaniste est promptement évincée au profit d'un système obséquieux. Evidemment, le film décontenancera sans doute un public formaté aux films d'action spectaculaires. A aucun moment, Matteo Garrone ne cède à la tentation de la grandiloquence pour, in fine, réaliser une pellicule harangueuse, choquante, scandaleuse et dénonciatrice, qui ne manquera pas d'estourbir durablement les persistances rétiniennes. 

Note : 17.5/20

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