Los_Angeles_2013

Genre : science-fiction, action (interdit aux - 12 ans)
Année : 1996
Durée : 1h41

Synopsis : Le fameux "Big One" tant redouté a eu lieu en 1998 et a isolé Los Angeles du reste des Etats-Unis. Quinze ans plus tard, les Etats-Unis se sont dotés d'un président particulièrement puritain et politiquement correct qui envoie tous les délinquants à Los Angeles, devenue l'île la plus dangereuse du monde. Cuervo Jones, anarchiste latino-américain, règne sur ce bout de terre et s'est mis dans la tête, avec l'aide de la fille du président qui s'est ralliée à sa cause, de neutraliser toutes les sources d'énergie artificielles de la planète.       

La critique :

Certes, après la sortie d'Halloween, la nuit des masques en 1978, John Carpenter est immédiatement intronisé comme le nouveau maître de l'épouvante. Pourtant, le metteur en scène américain reste avant tout un réalisateur du passé qui n'a jamais tari d'éloges ni caché son extatisme pour le cinéma d'Howard Hawks. Ce n'est pas un hasard si John Carpenter cite Rio Bravo (Howard Hawks, 1959) comme son film favori. Carpenter lui rendra un vibrant hommage à travers un remake peu ou prou officieux, Assaut, en 1976. Le cinéaste corrobore cette fascination originelle via une nouvelle pellicule, New York 1997 (1981), qui mélange à la fois l'action, la science-fiction et le western urbain.
Le scénario de New York 1997 est même proposé aux studios de production vers le milieu des années 1970, mais les firmes se montrent à la fois rétives et dubitatives.

Mais, quelques années plus tard, les moteurs vrombissants de Mad Max (George Miller, 1979) exhortent les producteurs à obliquer vers de nouvelles directions rédhibitoires. Le public euphorique plébiscite ce genre de production violente et iconoclaste. A force de pugnacité, John Carpenter obtiendra l'aval de Robert Rehme, un producteur qui accepte de financer New York 1997 pour la modique somme de six millions de dollars. Mais peu importe, il n'en faut pas plus à John Carpenter pour décrire une ville de Manhattan tuméfiée et gangrénée par la violence.
Le metteur en scène met également en exergue une Amérique apathique et obsédée par la doxa sécuritaire à travers les tribulations de Snake Plissken, une sorte de renégat qui s'apparente à un nouvel avatar de ce cowboy taciturne et solitaire dans la trilogie du dollar et incarné par un Clint Eastwood peu amène.

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Que soit. New York 1997 doit asseoir la notoriété de John Carpenter sur la planète Hollywood. Hélas, l'année suivante, The Thing (1982) se soldera par un bide commercial. Nouvelle déconvenue pour le cinéaste qui acceptera, néanmoins, d'adapter Christine (1983) au cinéma pour satisfaire les désidératas d'un système cupide et mercantile. Désarçonné, Carpenter se tournera, derechef, vers des oeuvres beaucoup moins onéreuses, notamment avec Prince des Ténèbres (1987) et Invasion Los Angeles (1988). Puis, après de nouveaux déboires artistiques et financiers dans les années 1990 (entre autres, Les Aventures d'un Homme Invisible en 1992 et le remake éponyme de Le Village des Damnés en 1995), John Carpenter décide de finaliser un projet en cours depuis 1985.
A cette même époque, le scénariste Coleman Luck lui propose une première version de Los Angeles 2013, un film conçu et ratiociné comme la suite éminente de New York 1997.

Mais Carpenter n'est guère enthousiaste à la lecture de cette première ébauche narrative. Bientôt suppléé par Debra Hill et Kurt Russell, le maître de l'épouvante étaye et peaufine un script à la fois inspiré par les émeutes de Los Angeles en 1992 et un tremblement de terre (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Los_Angeles_2013). Certes, Los Angeles 2013, finalement sorti en 1996, a la lourde tâche de succéder à un film culte.
En outre, le succès sera plutôt modeste lors de la sortie du film dans les salles obscures, remboursant péniblement le budget imparti. Mais John Carpenter n'en a cure et a abandonné, depuis longtemps, l'idée de flagorner une populace décrépie et formatée par des sociétés de production hégémoniques. Corrélativement, les critiques et la presse spécialisées sont elles aussi divisées. 

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Si certains adulateurs saluent à nouveau les prouesses artistiques de John Carpenter, ainsi que son goût immodéré pour la condescendance ; d'autres tancent, à l'inverse, une oeuvre éparse qui ne parvient pas à réitérer les fulgurances de son auguste devancier. Hormis Kurt Russell qui reprend évidemment le rôle de Snake Plissken, la distribution du film se compose d'Allison Joy Longer, Steve Buscemi, Georges Corraface, Stacy Keach, Michelle Forbes, Pam Grier, Cliff Robertson, Valeria Golino et Peter Fonda. Attention, SPOILERS ! Le fameux "Big One" tant redouté a eu lieu en 1998 et a isolé Los Angeles du reste des Etats-Unis. Quinze ans plus tard, les Etats-Unis se sont dotés d'un président particulièrement puritain et politiquement correct qui envoie tous les délinquants à Los Angeles, devenue l'île la plus dangereuse du monde. Cuervo Jones, anarchiste latino-américain, règne sur ce bout de terre et s'est mis dans la tête, avec l'aide de la fille du président qui s'est ralliée à sa cause, de neutraliser toutes les sources d'énergie artificielles de la planète. 

Finalement, rien n'a changé depuis New York 1997, pas même Snake Plissken toujours vêtu de la même coiffure hirsute et des mêmes oripeaux, comme si ce héros patibulaire était toujours intrinsèquement relié aux années 1980 ; ce qui lui confère un look à la fois ringard, kitsch et rétro. A l'orée de ces années 1980, John Carpenter fustigeait déjà une Amérique puritaine. Pour étouffer la violence, il faut répondre par la doxa sécuritaire et une politique véhémente et autocratique, cette fois-ci sous la férule d'un Président lambda, dont le discours emphatique n'est pas sans rappeler celui du Président actuel. Certes, les années se sont écoulées, mais John Carpenter n'a rien perdu de sa verve ni de sa gouaille populaire. Que ce soit dans New York 1997 ou dans Los Angeles 2013, le constat reste identique, voire amer. Ce diptyque aux accents eschatologiques relate, in fine, l'échec de la démocratie et de la République à instaurer un simulacre de paix.

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Les forces dites de gauche ont abandonné la populace pendant que les forces dites de droite ont délaissé l'idée de nation. Dans ce carcan politique et idéologique, ce sont des groupuscules criminels et terroristes qui gouvernent, régentent, décident, et menacent, quitte à capturer la propre fille du Président. De surcroît, cette dernière s'est acoquinée avec un aéropages de dissidents et de criminels. Hélas, les édiles politiques ne sont guère plus affables que ces voyous despotiques et affublés des mêmes bacchantes que le Che Guevara. A l'instar de New York 1997 en son temps, Los Angeles 2013 fonctionne lui aussi comme un western urbain. Pour son héros en déveine, Snake Plissken, pas question de gloser, de palabrer et encore moins de fanfaronner. Menacé de mort par un poison inoculé dans son corps, le justicier à l'oeil bandé n'a que quelques heures pour remplir son office.

Le justicier atrabilaire n'a donc pas le temps de se promener dans les rues sordides d'une cité vidée de substance. Sur la forme, Los Angeles 2013 s'apparente à un remake, à peine déguisé, de son illustre homologue. Seule dissimilitude, le grand Ouest Américain de jadis a été copermuté par des ghettos et des quartiers désaffectés. Dans cette gabegie, c'est un Snake Plissken coi et impavide qui avance, inexorablement. Le discours réprobateur de John Carpenter n'a rien perdu de sa fougue ni de son verbiage. De facto, Los Angeles 2013 s'apparente donc à une série B lucrative convoquant d'anciennes figures proverbiales, la légende de Snake Plissken en tête de gondole.
Difficile de ne pas s'enthousiasmer pour cette nouvelle aventure jubilatoire. Seul bémol et pas des moindres, John Carpenter nous afflige d'effets spéciaux en images de synthèse surannées. 
De surcroît, il faudra également supporter plusieurs saynètes joliment digressives, à l'instar de cette partie de basket puis de surf sur les vagues tonitruantes d'un Los Angeles atomisé. Puis, lors de l'ultime seconde, ce remake officieux de New York 1997 détonne, surprend et estourbit un public jusqu'ici circonspect. Hagard, Snake Plissken décide de retourner dans la vacuité du monde, mais il ne sera pas seul. Eteignez les projecteurs et les lumières, c'est une nouvelle aventure qui commence...

Note : 13/20

sparklehorse2 Alice In Oliver