Naked_Blood

Genre : horreur, gore, trash, extrême, expérimental (interdit aux - 18 ans)
Année : 1996
Durée : 1h16

Synopsis : (1) Le jeune Eiji est un scientifique prometteur. Obsédé par la disparition mystérieuse de son père, il met au point ce que ce dernier a recherché toute sa vie: l'antalgique ultime, celui qui transformerait la douleur en plaisir. Ce sérum nommé My son, il décide de l'expérimenter sur trois jeunes filles, dont une qui l'obsède et qu'il espionne en permanence, et ce à leur insu (1).           

La critique :

Le nom d'Hisayasu Sato ne vous évoque peut-être pas grand-chose... Pourtant, le réalisateur fait partie de ces figures hégémoniques et indélébiles du pinku eiga. Littéralement, ce registre cinématographique signifie "cinéma rose" et correspond, peu ou prou, au cinéma érotique dans nos contrées hexagonales. Par certaines accointances, le pinku eiga pourrait s'apparenter au registre de la Sexploitation via cette focalisation sur les pensées libidineuses, les fantasmagories et les satyriasis de ses divers protagonistes. Mais le nom d'Hisayasu Sato rime également avec le sadisme, la perversion et l'horreur.
Célèbre au pays du Soleil Levant, Hisayasu Sato peut s'enorgueillir d'une filmographie foisonnante et exhaustive dans laquelle on relève plusieurs pellicules bien connues des amateurs du cinéma trash et extrême.

Les thuriféraires citeront aisément Sex Virgin Unit: Party of Beasts (1985), Uniform Virgin: The Prey (1986), Lolita: Vibrator Torture (1987), Lolita Disgrace (1988), Beauty Reporter: Rape Broadcast (1989), Office Lady Rape: Devouring the Giant Tits (1990), ou encore Housewife Punishment: Triple Torture (1992) parmi les nombreuses forfaitures du metteur en scène. Vient également s'agréger Naked Blood, ou Splatter : Naked Blood, sorti en 1996 et qui reste, sans aucun doute, le long-métrage le plus proverbial d'Hisayasu Sato.
En outre, c'est grâce ou à cause (vous choisirez...) de cette pellicule que le cinéaste s'arrogera le monogramme du "David Cronenberg" japonais pour cet engouement, voire cet extatisme pour l'expérimental et tout ce qui touche, de près ou de loin, aux dimensions sexuelles et corporelles.

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Mais Hisayasu Sato est aussi souvent comparé à Pier Paolo Pasolini. A l'instar du réalisateur transalpin, Hisayasu Sato tance et vilipende une société nipponne en pleine décrépitude et lourdement affectée par les tares que représentent l'individualisme et le consumérisme forcené. En l'occurrence, Naked Blood est souvent répertorié parmi les productions les plus horripilantes du metteur en scène asiatique. L'affiche du film, pour le moins surprenante, arbore en gros plan le visage d'une jeune femme transpercé et tuméfié par des chaînes et plusieurs enfilades de trombones.
De surcroît, Naked Blood s'est taillé une solide réputation sur la Toile, en particulier auprès des adulateurs du cinéma underground et extrême. Reste à savoir si le métrage mérite ou non de telles flagorneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique...

La distribution de Naked Blood ne risque pas de vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Sadao Abe, Yumika Hayashi, Misa Aika et Mika Kirihara ; mais j'en doute... Attention, SPOILERS ! Le jeune Eiji est un scientifique prometteur. Obsédé par la disparition mystérieuse de son père, il met au point ce que ce dernier a recherché toute sa vie : l'antalgique ultime, celui qui transformerait la douleur en plaisir. Ce sérum nommé My son, il décide de l'expérimenter sur trois jeunes filles, dont une qui l'obsède et qu'il espionne en permanence, et ce à leur insu.
Le jeune homme lutine et s'acoquine avec Rika, l'une des cobayes avec qui il décide de pousser le vice jusqu'au paroxysme final. Certes, Naked Blood a écopé, lors de sa sortie en France, d'une interdiction aux moins de 18 ans.

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Pourtant, les amateurs de sensations fortes et sanguinolentes seront probablement désappointés par cette pellicule aux qualités erratiques. Naked Blood se segmente en deux parties bien distinctes. La première se polarise sur les activités et les recherches scientifiques d'Eiji, un jeune éphèbe qui poursuit l'oeuvre mortifère de son patriarche sous l'aval de sa propre mère. Dès lors, la première section de Naked Blood s'apparente à d'interminables facondes sur les effets, à fortiori thaumaturgiques, d'un élixir transformant la souffrance corporelle en jouissance, voire en orgasme sexuel.
Voilà une idée de départ pour le moins incongrue que n'aurait sans doute pas renié David Cronenberg. Hélas, la comparaison s'arrête bien là. Force est de constater qu'Hisayasu Sato n'est pas Monsieur David Cronenberg et s'enlise dans une production un brin prolixe et fastidieuse.

Heureusement, la seconde section est la parfaite antithèse de sa devancière. Tout commence par une jeune femme qui mutile son index avec un opinel par inadvertance. Puis, sous la férule d'une pulsion primitive, cette dernière s'abreuve langoureusement de son hémoglobine avant de tremper entièrement son bras gauche dans la friture. Que les thuriféraires de séquences rougeoyantes se rassérènent. Magnanime, Hisayasu Sato propose, peu ou prou, d'autres saynètes du même acabit. Le spectateur hébété assistera donc à toute une série d'éviscérations dans les règles, à l'instar de cet autre cobaye qui se mutile, s'estropie et se dilapide jusqu'à énucléer ses propres mirettes ; la séquence se concluant sur un bain de sang. Mais dans Naked Blood, la douleur est factice, voire artificielle.
Mieux, elle devient une source de béatitude et de plaisir sensuel et sexuel. 

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Hisayasu Sato étaye et affine son propos en se focalisant sur la cavité buccale de ses divers protagonistes, ces derniers tortorant à pleines dents leurs propres organes. Pour le spectateur avisé, prière de ne pas éructer devant de telles saynètes outrageantes ! Indubitablement, Naked Blood possède un réel potentiel ainsi que de solides arguties dans sa besace pour estourbir durablement les persistances rétiniennes. Hélas, Hisayasu Sato se contente d'esquisser des thématiques spinescentes, comme par exemple la relation que l'on devine incestueuse entre Eiji et sa matriarche ; l'anthropophagie et plus précisément cet auto-cannibalisme avéré, ou encore cette déchéance psychique et corporelle symbolisée par un cactus qui revient de façon récurrente dans ce long-métrage.
Car en filigrane, derrière cette douleur métamorphosée en jubilation mortifère, c'est bien le thème de l'immortalité qui est évoqué en catimini par le cinéaste émérite. Indiscutablement, Naked Blood reste une petite curiosité, une sorte d'objet filmique non identifié (OFNI) qui repose, en grande partie, sur quelques fulgurances gore et peu ragoûtantes. Dommage qu'Hisayasu Sato n'ait pas peaufiné davantage son sujet. In fine, on pourra maronner et clabauder, à raison, contre l'amateurisme des acteurs, beaucoup trop policés (ou effacés, vous choisirez) pour susciter l'adhésion.

Note : 11.5/20

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(1) Synopsis du film sur : http://cinemafantastique.net/Naked-blood.html