loft 2008

Genre : Thriller, policier (interdit aux - 12 ans)

Année : 2008

Durée : 1h58

 

Synopsis :

Cinq hommes mariés partagent dans le plus grand secret un loft où ils reçoivent leurs maîtresses en toute tranquillité. Un arrangement parfait, jusqu'à ce matin d'hiver où ils découvrent le cadavre d'une jeune femme nue...

 

La critique :

Pour cette première chronique suivant ma toute nouvelle et fraîche liste, je vais me permettre de vous embarquer avec moi pour un petit voyage dans mon pays natal : la Belgique. Enfin, un semblant de pays plus divisé que jamais, en ce qui concerne les rivalités entre wallons et flamands. J'ai beau être wallon, je n'en reste pas moins pro-Flandres mais bref, si la Belgique ne démérite pas pour sa politique catastrophique faisant l'objet de débats ardents, ça ne sera pas le cas ici. Depuis l'excellent Bullhead, le choquant Calvaire ou le perturbant Vase de Noces, aucun film belge n'a fait l'objet d'une chronique. Il est assez regrettable de se dire que le cinéma belge ne suscite pas un engouement de son propre peuple (enfin de la Wallonie au cinéma moins développé), se tournant souvent vers le cinéma français ou américain. A ce niveau, il y a un manque de chauvinisme cinématographique dont les wallons feraient bien de prendre exemple sur la France (sans rancune, je vous aime bien les français).

La quatrième pellicule belge à faire l'objet d'une chronique sera Loft, réalisé par Erik Von Looy à partir d'un scénario original de Bart De Pauw. Un cinéaste loin d'être un inconnu dans sa Flandres natale (mais moins en Wallonie, qui l'eut cru ?). Auteur de titres tels que La Mémoire du Tueur ou Shades, Von Looy est aussi une personnalité de la télévision et un animateur de quiz télévisés. Son cinéma, axé sur les polars sombres, suscite des ferveurs plus ou moins modérées. Le bonhomme n'étant pas non plus une pointure appelée à devenir une légende internationale.
Indubitablement, Loft est catalogué comme son chef d'oeuvre majeur et fera l'objet d'un remake américain moisi réalisé pourtant par son créateur. Mieux encore, avec 1 207 110 entrées, il est catalogué comme le plus grand succès du cinéma belge. S'enorgueillissant de critiques élogieuses tant professionnelles que du public, tout est là pour que l'on se dise que l'on va passer un grand moment de cinéma.

loft

 ATTENTION SPOILERS : Dans le plus grand secret, cinq hommes mariés partagent un loft dans lequel ils reçoivent leurs maîtresses et nouvelles conquêtes en toute quiétude. Un arrangement de premier ordre, jusqu'à un froid matin d'hiver où ils y découvrent le corps d'une jeune femme. Aucun d'eux ne la connait, ne sait d'où elle vient, ni comment elle est arrivée dans ce loft, dont ils sont les seuls à posséder une clef. 
Ils doivent dès lors essayer de comprendre ce qui s'est passé et pourquoi, mais ils se méfient de plus en plus les uns des autres. Il semble maintenant qu'ils se connaissent beaucoup moins bien qu'ils ne le pensaient.

Loft ne déroge pas à la règle et poursuit le style typique du réalisateur sous fond d'un polar sombre et torturé. Un sujet en apparence simple : 5 hommes aisés, mariés et pris dans la tourmente d'une vie qu'ils jugent comme terne, vont être influencés par l'architecte Vincent, les incitant à se lancer dans une aventure de tromperies à la machinerie parfaitement orchestrée. A l'origine d'un nouvel immeuble, un loft luxueux est gardé précieusement au dernier étage par ses soins. D'abord désappointés, voire même hostiles, les 4 autres amis se lanceront dans un jeu qui risque fort bien de les engloutir.
Von Looy met en scène cette thématique de l'incommunicabilité entre couple. Des mariés n'arrivant plus à faire preuve d'intégrité et de respect envers leur épouse. Des mariés obsédés par la luxure, le plaisir de la chair, cet aspect borderline d'une sexualité cachée, indésirable, irrespectueuse.

Il a suffisamment été démontré que le sexe est un ciment du maintien et de la prospérité d'un couple. Pourrait-on y voir des hommes frustrés, loin d'être comblés sexuellement ou juste des Don Juan collectionneur de femmes, multipliant les conquêtes ? Pourrait-on aussi y voir une forme d'envie de reconnaissance du sexe opposé ? Un hédonisme caché par le biais d'orgies ? L'homme retourne à ses pulsions animales où sa morale et son éthique sont supplantés par le désir de sexualité. Pire encore, les préjugés vont bon train entre les hommes et les femmes, s'attaquant l'un l'autre par le biais de remarques méprisantes. Définitivement, les rapports sont rompus et Loft peut se voir comme la mise en évidence de la déstructuration des relations amoureuses conduisant au malheur, à la souffrance ou tout simplement à l'impardonnable.

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Tout en poursuivant la dialectique de manière brillante, cette critique va s'axer sur des hommes riches, et limite ancrés dans la bourgeoisie. Loin de quelconques valeurs, si ce n'est celle du paraître, ils sont vus comme sales et voyant en la femme un objet sexuel où l'intérêt est d'y larguer sa semence après quelques coups de phallus. La femme objet est mise en évidence mais celle-ci n'a pas dit son dernier mot et compte bien se venger d'une manière ou d'une autre. Là aussi, l'éthique sera jetée aux chiottes et tous sombreront dans l'immoralité. Le réalisateur, qu'on se le dise, est très doué pour apporter une dimension intelligente à un récit d'un professionnalisme difficilement égalé dans le polar contemporain. L'histoire n'est pas conçue de façon linéaire mais bien par bribes.
Ces 5 hommes ont été arrêtés par la police, au début du film, et reviendront progressivement sur les faits, chacun à leur tour, chacun dans des cellules différentes. Ils témoigneront des événements passés devant des inspecteurs qui ont bien du mal à croire en leur version. Cette construction narrative est du plus bel effet. Elle se montre efficace, affichant la perfidie de ces hommes se dédouanant de leurs actes. Ils nieront en bloc les infidélités dont ils ont fait preuve. Le mensonge fait corps avec chaque parcelle de leur corps. Le point central étant ce loft où tout commença sans qu'une quelconque explication rationnelle ne puisse avoir lieu.

Dans ces conditions, la mécanique est suffisamment huilée pour que nous soyons perdus, incapables de poser de premiers soupçons sur un acteur possible de ce drame sanglant. Tout ce que l'on sait est qu'il y a quelqu'un qui en sait plus que les autres. Autrefois amis aux liens forts, leur confiance va se dégrader. Les dissensions toucheront de plein fouet cette petite équipe de salauds de service. A la destruction des rapports intersexes, c'est la destruction des rapports sociaux dans sa globalité. Les rapports sociaux qui sont un élément indispensable de la stabilité mentale d'un individu se volatilisent lentement mais sûrement. Chacun finit par douter de l'autre et rien ne pourra retarder l'inéluctable.
La tension est constamment à son paroxysme. Chaque séquence est conçue avec un talent laissant pantois. Les rebondissements sont légions et dans un jeu pervers de manipulation, la vérité finira par éclater. Mais je vous ferai ce plaisir de ne pas vous en dire plus pour éviter de gâcher la séance. Loft est un métrage qui se vit pleinement et où le temps passe vitesse grand V. Inutile de dire que les quasi 2 heures transitent comme une lettre à la poste (quand elle n'est pas en grève).

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Dans ce jeu de chat et de la souris, l'esthétique vient ajouter un talent supplémentaire. Von Looy nous balade régulièrement dans des environnements clinquants, témoignages d'une bourgeoisie décadente. Des soirées où se côtoie la high society, des bâtiments d'un raffinement certain et des acteurs naturellement classes. Les jeux de lumière permettent de bien mettre en évidence tout cela à laquelle se rajoute une caméra fluide, filmant toujours bien la scène via des plans de qualité. La bande son ajoute une tension supplémentaire avec sa montée en puissance lors d'événements risquant à tout instant de tout faire exploser. Enfin les acteurs tirent brillamment leur épingle du jeu et sont tous parfaitement dans la peau de leur personnage. Au casting, on notera Filip Peeters, l'architecte qui fut à l'origine de tout, Koen De Bouwe, Bruno Vanden Broucke, Koen De Graeve et notre Matthias Schoenaerts déjà exceptionnel à l'époque. Les autres acteurs confirmeront leur talent en accord avec le reste.

Avec tous ces paragraphes dithyrambiques, il n'est pas difficile de voir en Loft un chef d'oeuvre majeur du cinéma belge devenant progressivement culte avec le temps. Von Looy parvient à livrer un polar qui peut, sans aucune contestation possible, s'immiscer parmi les meilleurs thrillers contemporains. Une intrigue brillante, méticuleuse où la manipulation, le mensonge, le sadisme se mélangent pour former une bombe à retardement susceptible d'imploser quand on s'y attend le moins. Le tout par le biais d'un suspens exceptionnel en qualité. A cela, on rajoutera des retournements de situation fréquents et une construction scénaristique que n'aurait pas renié les plus grands cinéastes de tous les temps. Loft, c'est la high society. C'est le témoignage bousculant les conventions établies comme quoi la classe aisée n'est pas exempte de tout défaut. Elle se montre pernicieuse, hypocrite et manipulatrice. Elle fait corps avec la débauche qu'elle chérit de toute son âme. C'est la société des gens qui ont réussi, mais pas humainement parlant.

 

 

Note : 18/20

 

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