2001_Maniacs

Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 16 ans)
Année : 2006
Durée : 1h27

Synopsis : Un petit groupe de jeunes adolescents en route vers Daytona Beach s'égare pour échouer dans la ville de Pleasant Valley. Ils sont accueillis à bras ouverts par cette petite bourgade sudiste et par des personnages en hauts couleurs. Trop heureux de s'amuser, les voyageurs ne se doutent pas un instant qu'ils vont bientôt servir de repas final pour le Grand Banquet...                 

La critique :

Depuis 2003 et surtout depuis l'immense succès du remake éponyme de Massacre à la Tronçonneuse, réalisé par les soins de Marcus Nispel, le cinéma horrifique hollywoodien a décidé d'exhumer ses vieilles figures comminatoires de naguère. Ainsi, Leatherface, Freddy Krueger, Jason Voorhees ou encore Michael Myers sont promptement évacués de leurs sépulcres pour arborer, derechef, leurs griffes, leur opinel ou leur tronçonneuse rutilante en fonction, bien sûr, des animosités.
Pour trouver les premiers reliquats de ce cinéma gore et condescendant, il faut remonter à l'orée des années 1960 avec Blood Feast (Herschell Gordon Lewis, 1963), ou Orgie Sanglante dans nos contrées hexagonales ; une bisserie impécunieuse et considérée, à juste titre, comme le pionnier d'un genre délicieusement outrecuidant.

Corrélativement, Herschell Gordon Lewin n'a jamais tari d'éloges ni caché son effervescence pour la "Sexploitation", un nouveau registre cinématographique déjà en plein essor dans les années 1960. Opportuniste, le cinéaste irrévérencieux adopte peu ou prou la même rhétorique en dénudant outrageusement ses comédiennes. Seule dissonance et pas des moindres, Gordon Lewis rajoute allègrement de la sauce tomate et des prothèses pour proposer un spectacle rougeoyant à base de supplices et d'extractions chirurgicales.
A l'époque, Blood Feast déclenche les foudres et les quolibets de la censure et écope d'une interdiction aux moins de 18 ans. Si cette production a bien souffert du poids des années, elle reste, à contrario, une figure emblématique pour tout amateur du cinéma trash.

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Que soit. Mutin, Herschell Gordon Lewis va réitérer les belligérances tout en fustigeant une Amérique qu'il juge atone et pusillanime. Parmi ses oeuvres les plus proverbiales, les thuriféraires du "pape du cinéma gore" citeront aisément Monster A Go-Go (1965), Color Me Blood Red (1965), Something Weird (1967), The Wizard Of Gore (1970), ou encore The Gore Gore Girls (1972). La recette ? Toujours la même antienne... Un maniaque du bistouri et de l'opinel, des jeunes femmes atrocement suppliciées et de la barbaque et de la tripaille à satiété sont au service d'un spectacle joliment régressif. 
L'année suivante, Herschell Gordon Lewis réédite les mêmes fulgurances putassières avec 2000 Maniaques. Derechef, le réalisateur s'attire les anathèmes et les acrimonies de la censure. Après le succès colossal de Blood Feast, Gordon Lewis souhaite davantage peaufiner les inimitiés en apostrophant une Amérique du Sud encore sous la férule de la xénophobie, de l'anthropophagie et des petites vindictes personnelles.

A l'instar d'Orgie Sanglante, 2000 Maniacs (titre original du film) va estourbir durablement les persistances rétiniennes, ainsi que plusieurs générations de cinéastes. Par exemple, Eli Roth n'a jamais caché l'influence et la prééminence de 2000 Maniaques sur sa filmographie, et en particulier pour la réalisation de Cabin Fever (2002), puis de Hostel (2006). Il n'est donc pas surprenant de retrouver le cinéaste américain derrière la production de 2001 Maniacs, réalisé par les soins de Tim Sullivan en 2006. Cette nouvelle version est évidemment le remake du film d'Herschell Gordon Lewis.
Reste à savoir si Tim Sullivan saura (ou non) relever une telle gageure. 
Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... En l'occurrence, le metteur en scène est plutôt bien entouré puisqu'il confédère plusieurs noms éminents du cinéma gore via les présences de Scott Spielgel, David F. Friedman et Boaz Yakin. 

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Au moment de sa sortie, 2001 Maniacs se solde par un succès phénoménal via le support vidéo. Quatre ans plus tard, Tim Sullivan réitère avec un second chapitre, 2001 Maniacs : Field of Screams, une suite peu probante et condamnée à écumer les bacs à dvd. A l'origine, la sortie de 2001 Maniacs premier du nom était justement prévue pour l'année 2001. Hélas, Tim Sullivan a toutes les peines du monde à obtenir les prêts financiers, ainsi que la mansuétude de firmes omnipotentes. Que le cinéaste se rassérène. Après le triomphe du remake de Massacre à la Tronçonneuse dans les salles, Tim Sullivan obtient enfin les ferveurs pécuniaires de ses producteurs.
Il lui faudra cinq longues années pour écrire un scénario perspicace et dans le sillage de son auguste homologue.

La distribution du film se compose de Robert Englund, Lin Shaye, Giuseppe Andrews, Jay Gillespie, Maria Malcolm, Dylan Edrington, Matthew Carey et Peter Stormare. Pour l'anecdote, plusieurs acteurs ou cinéastes notoires viennent à leur tour participer aux festivités, notamment Kane Hodder, bien connu pour avoir revêtu le masque de hockey de Jason Voorhees. Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse de ce remake ! Attention, SPOILERS ! (1) Des ados en route vers Daytona Beach échouent simultanément dans la ville de Pleasant Valley.
Accueillis très chaleureusement par cette petite bourgade sudiste menée par l’inénarrable maire Buckman, les voyageurs décident de rester sur place pour faire la fête aux côtés des autochtones. Trop heureux de s’amuser, les voyageurs ne se doutent pas un instant qu’ils vont bientôt servir de repas final pour le Grand Barbecue (1).

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Certes, le long-métrage originel brillait avant tout par son obsolescence, justifiant la production et la réalisation d'une nouvelle version sulfureuse et harangueuse. Certes, le 2000 Maniacs de Gordon Lewis ne versait pas spécialement dans la dentelle ni dans la bienséance. Mais en dépit de ses atermoiements et de ses errances narratives, cette production désargentée reflétait, déjà à l'époque, une Amérique exsangue et condamnée à s'alanguir dans ses pulsions primitives. Contre toute attente, 2000 Maniaques déclamait un vrai discours politique et idéologique.
A contrario, son remake se contente de reprendre, peu ou prou, la même formule éculée en accentuant les grivoiseries et les parties d'agapes et de priapées. Mais là où le remake gagne en affinant ses maquillages et ses effets gore, il y perd en pragmatisme et dans l'absence de toute diatribe théorétique.

Si 2000 Maniaques arborait ostensiblement le visage d'une production indépendante et dénuée de tout enjeu financier, 2001 Maniacs exhibe, à l'opposé, ses velléités de production hollywoodienne. Certes, les calembours et le cabotinage frénétique de Robert Englund et de son aéropage d'anthropophages permettront peut-être aux néophytes de fermer les mirettes sur l'inanité et la vacuité de ce remake. En revanche, les aficionados ne manqueront pas de clabauder et de maronner après une production un tantinet indigente et incapable de réitérer la frénésie de son illustre épigone.
Néanmoins, on se consolera en se délectant d'un menu copieux en termes de tortures et de réjouissances sanguinolentes. In fine, l'épilogue final ne manquera pas de tarauder le spectateur médusé. 
Par exemple, était-il absolument nécessaire de dériver vers cette histoire de revenants et de cimetière abandonné pour clôturer les hostilités ? Pourtant, nonobstant tous ces désagréments, Tim Sullivan parvient à signer une copie en demi-teinte et parfois jubilatoire. En ces temps de disette cinématographique, c'est déjà pas mal !

Note : 12.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : http://cinemafantastique.net/2001-Maniacs-1729.html