kickboxer retaliation

Genre : arts martiaux, action 
Année : 2018
Durée : 1h42

Synopsis : Kurt Sloane est forcé de revenir en Thaïlande, pour affronter le terrible Mongkut.        

La critique :

Après des débuts timorés à Hollywood, Jean-Claude Van Damme (JCVD) connaît enfin la gloire et la consécration avec Bloodsport, tous les coups sont permis (Newt Arnold, 1988), une série B impécunieuse et inconséquente qui permet néanmoins d'ériger la vedette belge au sommet du box-office américain. Pour JCVD, le rêve devient enfin réalité. Selon le propre aveu du sportif aguerri, c'est sa célérité et surtout sa capacité à réaliser le grand écart sur commande qui lui ont permis de décrocher ce premier rôle inopiné. A juste titre, JCVD jubile et enchaîne l'année suivante avec Kickboxer (Mark DiSalle, 1989). Nouveau succès au box-office, que ce soit aux Etats-Unis ou à l'étranger, pour un film d'arts martiaux à l'ancienne qui repose sur un scénario de facture basique et rudimentaire.
Eric Sloane, le champion du monde de kickboxing, part affronter Tong Pô, un illustre guerroyeur, sur les terres thaïlandaises.

Présomptueux, le champion américain tombe au combat, condamné à croupir dans une chaise roulante jusqu'à la fin de ses jours. Bilieux, Kurt Sloane, son frère, décide de le venger et somme Tong Pô de l'affronter en combat singulier. Mais le frangin atrabilaire devra, de prime abord, apprendre les dogmes et les préceptes des arts martiaux et du kickboxing à travers un entraînement rugueux et difficile ; et sous la férule d'un grand maître thaïlandais. Par décence, JCVD refusera d'endosser les oripeaux de Kurt Sloane dans des suites ineptes et stériles.
Hélas, sa requête ne sera pas ouïe par les producteurs mercantiles. JCVD est donc remplacé par Sasha Mitchell dans Kickboxer 2 (Albert Pyun, 1991), Kickboxer 3 (Rick King, 1992) et Kickboxer 4 (Albert Pyun, 1994), puis par Mark Dacascos dans Kickboxer 5 : le dernier combat (Kristine Peterson, 1995).

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Après un cinquième chapitre moribond, on croyait la franchise définitivement inhumée et condamnée à croupir dans son sépulcre. Mais dès 2012, la société de production Kings Road Entertainment annonce péremptoirement le projet de réaliser un remake. Ce sera Kickboxer : Vengeance (John Stockwell, 2016). Mieux, JCVD reprend du service mais ne rempile pas dans le rôle de Kurt Sloane, mais dans celui de maître Durand. Certes, les années se sont écoulées.
JCVD arbore désormais une cinquantaine bien tassée, mais l'artiste émérite n'a rien perdu de sa verve, encore moins de sa prestesse légendaire. Il est néanmoins remplacé par un certain Alain Moussi dans le rôle de Kurt Sloane. On prend les mêmes ou presque... et on recommence... Puisque le boxeur en déveine doit, derechef, s'empoigner avec Tong Pô.

A défaut de chiper la couronne de son auguste devancier, Kickboxer : Vengeance remplissait doctement son office. Toutefois, rien de neuf sous le soleil si ce n'est de raviver l'intérêt des spectateurs nostalgiques pour cette franchise de naguère. Cupides, les producteurs annoncent déjà la production d'une trilogie. Kickboxer : Vengeance est donc logiquement suivi par Kickboxer Retaliation, soit Kickboxer : L'Héritage dans nos contrées hexagonales, et réalisé par les soins de Dimitri Logothetis en 2018. La carrière du cinéaste Greco-Américain débute vers la fin des années 1980 avec Terreur à Alcatraz. Il enchaîne par la suite avec Sexe Attitudes (1993) et plusieurs pilotes de séries télévisées. 
Cependant, rien d'exceptionnel non plus. Au mieux, Dimitri Logothetis fait figure de petit tâcheron dans le carcan hollywoodien.  

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Kickboxer Retaliation ne part donc pas sous les meilleurs auspices. Pour cette suite, à priori lunaire, JCVD et Alain Moussi reprennent du service dans leurs rôles respectifs. Viennent également s'agréger Mike Tyson, Christophe Lambert, Sarah Malakul Lane, Hafpor Julius Björnsson, Brian Shaw, Roy Nelson, Wanderlei Silva et Ronaldinho. A l'aune de ce casting, on peut désormais subodorer l'attrait des films d'arts martiaux actuels pour réunir d'anciens sportifs populaires. Pour mémoire, Ip Man 3 (Wilson Yip, 2015) coalisait déjà Donnie Yen et Mike Tyson sur son affiche harangueuse.
Reste à savoir si la qualité et la sagacité sont bel et bien au rendez-vous de ce second chapitre. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Attention, SPOILERS ! Kurt Sloane lutte désormais parmi les plus illustres guerriers de l'UFC. 

Après une victoire âpre et méritée, le guerroyeur est empoisonné puis kidnappé par des faux policiers. Kurt Sloane est alors écroué dans un pénitencier. Sur place, il fait la connaissance de Thomas Moore, le commanditaire de son kidnapping. Ce dernier exhorte Kurt à affronter le nouveau champion des rings, un certain Mongkut, une brute épaisse et à priori invulnérable. Tout d'abord rétif, Kurt Sloane finit par accepter l'étrange proposition lorsque sa fiancée est à son tour kidnappée. Vous l'avez donc compris. A l'aune de cette exégèse, difficile de s'égayer devant le scénario alambiqué de Kickboxer l'HéritageMais peu importe. Ce qui compte, c'est de réunir une galerie de sportifs chevronnés pour donner la leçon à un Alain Moussi opiniâtre. Pataud, Dimitri Logothetis se noie promptement dans un scénario prosaïque qui ne repose que sur les facéties d'un JCVD et d'un Mike Tyson en mode cabotinage. 

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Dans cette suite hétéroclite, Alain Moussi tente péniblement de subsister. Ainsi, dans la première partie du film, l'acteur ferraille sur un ring, puis se retrouve dare-dare sur le toit d'un TGV pour estourbir un adversaire subalterne. Puis, sans fard, l'acteur déroule et dérouille dans un pénitencier régenté par la pègre locale et sous la complicité béate des forces de police. On croit fabuler... Kickboxer Retaliation se révèle donc inférieur à son homologue, un remake qui ne brillait déjà pas par son pragmatisme ni par sa perspicacité. Le film de Dimitri Logothetis pâtit donc de ses propres tergiversations entre le film d'action, le film de prison et, in fine, le film d'arts martiaux à l'ancienne.
A fortiori, le cinéaste aurait dû opter pour la dernière solution. Paradoxalement, en dépit de ses tares et de ses carences pléthoriques, Kickboxer Retaliation reste plutôt sympathique, à condition de le visionner pour ce qu'il est ; à savoir une série B truculente et jubilatoire, dont le seul intérêt repose sur le pugilat final - et par ailleurs improbable - entre un Alain Moussi essoufflé et laissé pour mort sur le ring (véridique !) et un colosse irascible qui passe son temps à fulminer ! 
C'est lors de cette dernière rixe que le film adopte enfin son rythme de croisière, le public en effervescence scandant la fureur du guerrier blanc ("Natsuko !"), comme pour rappeler la filiation du film avec le Kickboxer de Mark DiSalle ; une autre époque en somme. Hélas, Dimitri Logothetis ne parvient pas à se départir entre les icones affichées (JCVD, Mike Tyson puis Ronaldinho) et un Alain Moussi beaucoup trop policé. De surcroît, l'interprétation se révèle au mieux indigente.
Reste la somptuosité de certaines chorégraphies et toujours cet entraînement âcre et brutal qui permet de fermer les mirettes sur l'inanité abyssale de ce long-métrage. Cependant, pas sûr que le subterfuge fonctionne encore dans un troisième et ultime chapitre.

Note : 07.5/20

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