serial killers 1996

Genre : horreur, thriller, home invasion (interdit aux - 16 ans)
Année : 1996
Durée : 1h27

Synopsis : Deux serial killers prennent une famille en otage. Mais ils ne sont pas au bout de leurs surprises...   

La critique :

Il faut sans doute remonter à l'orée des années 1930 pour trouver les premiers reliquats du thriller sociopathique au cinéma. Avec M Le Maudit, Fritz Lang s'accapare cette figure criminelle et comminatoire, dont les pulsions psychopathiques entravent les us et les coutumes d'une société dite moderne et civilisée. Surtout, le film sort un an avant l'avènement d'Adolf Hitler en Allemagne en 1933, comme si M Le Maudit préfigurait des temps funestes et eschatologiques...
Le long-métrage de Fritz Lang va inspirer plusieurs générations de cinéastes, notamment Alfred Hitchcock avec Psychose en 1960. Malicieux, le maître du suspense nimbe son assassin de versants hébéphréniques. Norman Bates arbore à la fois le visage d'un homme courtois et affable et celui d'un meurtrier inlassablement poursuivi par le spectre de sa matriarche histrionique.

Corrélativement, la même année, Michael Powell réalise Le Voyeur, un thriller ingénieux qui mélange habilement huis clos, scopophilie maladive et slasher au service de ce qui s'apparente déjà à un snuff movie avant l'heure. En tout cas, Peeping Tom (titre original du film) contient déjà les tous premiers relents de ce genre rédhibitoire. Hélas, le métrage pâtit du succès fulgurant de Psychose. Honni, voué à l'opprobre et aux gémonies, Le Voyeur sera même banni lors de sa sortie élusive au Royaume-Uni avant de connaître une résurrection étonnante à postériori.
Le Voyeur et Psychose deviennent, bon gré mal gré, les nouvelles effigies du cinéma horrifique. Norman Bates et Mark Lewis (le tueur échevelé de Peeping Tom) se transmuent en Leatherface sous la caméra rougeoyante de Tobe Hooper et de son Massacre à la Tronçonneuse en 1974.

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Cette fois-ci, le serial killer se tapit sous un masque et sous des frusques ténébreuses. Même John Carpenter s'empare de cette figure ineffable avec Halloween, la nuit des masques (1978). Le slasher devient alors la nouvelle égérie des années 1980, mais le public se lasse subrepticement de tous ces croquemitaines, qu'ils se nomment Leatherface, Michael Myer, Freddy Krueger ou Jason Voorhees. Que soit. Dans les années 1990, Jonathan Demme s'empare d'un opuscule de Thomas Harris. Le Silence des Agneaux (1991) relance les belligérances sous le scalpel acéré du Docteur Hannibal Lecter.
Puis, en 1995, c'est au tour de David Fincher de réinventer le tueur en série en l'auréolant de vindictes spirituelles avec Seven et les sept péchés capitaux. Evidemment, ces succès inopportuns vont inspirer, à leur tour, d'autres thrillers machiavéliques.

Les adulateurs citeront aisément Reservoir Dogs (Quentin Tarantino, 1992), Pulp Fiction (Quentin Tarantino, 1994), Basic Instinct (Paul Verhoeven, 1992), Scream (Wes Craven, 1995), Usual Suspects (Bryan Singer, 1995), ou encore Tueurs Nés (Oliver Stone, 1994) parmi les références solides des années 1990. On pouvait donc légitimement se demander ce qu'allait bien nous raconter Mike Mendez via son tout premier long-métrage, le bien nommé Serial Killers, et sorti en 1996 ; d'autant plus que le film doit se colleter avec une concurrence apoplectique.
Auparavant, Mike Mendez a surtout officié sur des courts et des moyens-métrages, notamment en tant que maquilleur ou assistant de production. Sa filmographie n'est pas spécialement prolifique. Hormis Serial Killers, la carte de visite du metteur en scène comprend seulement trois films : Le Couvent (2000), Profanations (2006) et Une Sale Grosse Araignée (2013).

A priori, rien ne laisse présager un avenir radieux pour le cinéaste qui apparaît, de facto, comme un honnête artisan hollywoodien, guère plus. Presque inconnu au bataillon, Serial Killers n'a pas bénéficié d'une exploitation dans les salles de cinéma en France. Pour les thuriféraires de Mike Mendez, prière d'acquérir le film en dvd ou par le biais du streaming. Paradoxalement, Serial Killers a plutôt recueilli des avis panégyriques, entre autres pour son aspect à la fois déroutant et pataphysique ; sujet sur lequel nous reviendrons ultérieurement.
La distribution de ce thriller horrifique risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Dave Larsen, David Gunn, Damian Hoffer, Nanette Bianchi, Renée Cohen et Wendy Latta ; mais j'en doute...

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Attention, SPOILERS ! (1) Les fréres Kyle et Odessa James sont deux tueurs condamnés à la peine de mort pour avoir tué leurs propres parents. Ils réussissent à s'évader et vont massacrer les personnes responsables de leur arrestation. Après leur méfait, ils prennent en otage les Ryan, une famille qui a l'air d'être modèle. Les Ryan ne s'inquiètent pas outre mesure de la menace qui pèse sur eux. Au contraire, ils semblent apprécier cette situation. Mais les plus dingues ne sont pas ceux que l'on croit (1). Pis, le père, la mère et leurs deux filles se révèlent encore plus sadiques que leurs assaillants. A l'aune de cette exégèse, difficile de ne pas s'extasier devant une telle trame narrative.
En vérité, Serial Killers se segmente en deux sections bien distinctes. La première s'apparente à un home invasion de facture conventionnelle.

Kyle et Odessa James, deux criminels notoires, viennent de s'échapper de prison (je renvoie au synopsis...) et débarquent chez les Ryan qu'ils croient malmener et prendre en otages. A fortiori, rien ne semble indiquer que leurs victimes sont, en réalité, de redoutables psychopathes. Roublard, Mike Mendez dissémine, çà et là, quelques indices évasifs. De prime abord, c'est la soeur aînée qui aguiche langoureusement l'un des frères meurtriers. Peu à peu, la dialectique s'intervertit. Alors que le patriarche montrait de sérieux signes de frilosité, ce dernier se métamorphose alors en maniaque effarouché.
Dans sa cave, celui-ci possède déjà sa ribambelle de détentionnaires qu'il mutile, supplicie et offre en pâture à des êtres anthropophages... C'est la seconde partie de Serial Killers. Indubitablement, le changement brutal (radical...) de direction aura pour conséquence de dérouter les esprits les plus dubitatifs.

Certes, Serial Killers a au moins le mérite de se démarquer de la concurrence pléthorique et se montre plutôt magnanime en termes de tripailles et de barbaque. En outre, le long-métrage n'a pas usurpé son interdiction aux moins de 16 ans. A contrario, Serial Killers n'est pas exempt de tout reproche et souffre, immanquablement, de nombreuses carences. Visiblement, le scénario a été modifié, corrigé et rectifié à moult reprises, ce qui se ressent tant les acteurs semblent eux-mêmes désarçonnés par les tergiversations scénaristiques. In fine, l'interprétation est loin d'être irréprochable. Difficile de ne pas pester et grommeler après le jeu indigent de Dave Larsen et David Gunn dans le rôle des deux psychopathes de service. A leur décharge, le reste du casting ne fait pas beaucoup mieux.
Serial Killers se sauve, in extremis, de l'inanité par son arrogance et sa complaisance à filmer les exactions entre deux groupes de forcenés. 
Pour le reste, reconnaissons que l'intérêt est sérieusement limité. Par mansuétude, nous accorderons tout de même une mention passable, ni plus ni moins.

Note : 10/20

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(1) Synopsis du film sur : http://www.horreur.com/index.php?q=node/2023 (critique d'Arnaud Devilliers)