Arachnophobie

Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)
Année : 1991
Durée : 1h45

Synopsis : Au cours d'une expédition en Amazonie, un photographe est piqué à mort par une monstrueuse araignée qui s'introduit par la suite dans son cercueil. Elle est ainsi rapatriée en Californie. Bientôt, plusieurs morts suspectes sont déclarées dans le petit village de Canaima, ou seul le Dr Jennings a des soupçons sur leur origine.     

La critique :

Toujours la même ritournelle... Pour déceler les tous premiers relents du genre "agression animale" au cinéma, et en particulier dans le cinéma horrifique, il faut remonter à l'orée des années 1960 avec Les Oiseaux (Alfred Hitchcock, 1960). Pour le maître du suspense, la mort et la peur proviennent du vide et d'un néant indicible, l'arrivée des volatiles criminels signant également la fin de notre monde, ainsi que des temps funestes et eschatologiques. Volontairement, Alfred Hitchcock ne donne aucune explication sur le comportement sociopathique de ces oisillons qui déciment la population locale. Bien des années plus tard, c'est Steven Spielberg qui réinventera l'agression animale sous des versants aquatiques et avec Les Dents de la Mer en 1975.
Pour le cinéaste américain, le vrai requin, ce n'est pas forcément cet animal à l'appétit pantagruélique qui tortore aléatoirement des nageurs de passage, mais ces vils capitalistes qui sacrifient les touristes au nom du lucre et de l'appât du gain.

Par la suite, l'agression animale va revêtir plusieurs formes dans le cinéma d'épouvante, que ce soit par le biais de canidés atrabilaires (Cujo, Lewis Teague, 1983), de crocodiliens affamés (Black Water, Andrew Traucki et David Nerlich, 2007), un sanglier échevelé (Razorback, Russell Mulcahy, 1984), un serpent aux incroyables rotondités (Anaconda, le prédateur, Luis Llosa, 1997), ou encore de moutons bêlants et pittoresques (Black Sheep, Jonathan King, 2008).
Evidemment, les arachnides ne pouvaient pas échapper à l'oeil avisé du cinéma horrifique, en particulier du cinéma bis, via plusieurs longs-métrages notoires, entre autres L'Horrible Invasion (John 'Bud' Cardos, 1978), Spiders (Gary Jones, 2000), Arac Attack, les monstres à huit pattes (Elory Elkayem, 2002), le bien nommé Arachnid (Jack Sholder, 2001), ou encore The Spider (Bert I. Gordon, 1956).

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Pour trouver les premières prémices de ces araignées peu avenantes, il faut remonter aux années 1950 avec Tarantula ! (Jack Arnold, 1955), un film d'horreur qui met en exergue une créature gargantuesque et victime de radiations post-atomiques. On n'attendait donc peu de chose d'Arachnophobie, réalisé par les soins de Frank Marshall en 1991. Toutefois, l'arrivée inopinée de la firme Walt Disney Pictures derrière cette pellicule horrifique a de quoi laisser dubitatif. Oui, vous avez bien lu : Walt Disney Pictures, soit cette multinationale cinématographique qui a signé, produit et réalisé une ribambelle de dessins animés guillerets et de longs-métrages tout public.
Arachnophobie est également produit par Steven Spielberg. Mais Frank Marshall requiert aussi l'érudition de Kathleen Kennedy, Don Jakoby et Richard Vane pour parfaire une pellicule qu'il souhaite terrifiante et anxiogène.

En outre, Arachnophobie doit se colleter avec une concurrence pléthorique. Cependant, exempt le cas de Tarantula ! (Précédemment mentionné), les arachnides n'ont jamais passionné ni soulevé les foules dans les salles obscures. Un oxymore car les aranéides (l'autre nom des araignées) sont, dans notre culture populaire et dans nos rêveries archaïques, synonymes de terreur ; d'où l'intitulé du film, donc Arachnophobie (au cas où vous n'auriez toujours pas compris...).
Par essence, une phobie est une peur excessive et incontrôlable. A fortiori, les araignées possèdent peu d'arguties dans leurs toiles (si j'ose dire...) pour effaroucher la grande majorité d'entre nous. Avec une taille presque infinitésimale (entre 5 millimètres et 5 centimètres selon les races...), les araignées peuvent être répertoriées dans la classe des animalcules. 

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D'une façon générale, les arachnides se montrent plutôt inoffensives, hormis quelques exceptions notables. Alors d'où provient cette terreur infrangible ? Tout d'abord, les aranéides sont de redoutables prédateurs et se nourrissent presque exclusivement d'insectes. Surtout, les femelles dévorent leurs mâles et donc leurs propres géniteurs. L'araignée appartient donc à cette nature anthropophagique. In fine, ses huit pattes velues arborent une complexion hideuse et protéiforme qui ne manquera pas de terroriser les personnes les plus débonnaires.
Malicieux, Frank Marshall décide d'exploiter cette peur ancestrale en mettant en exergue la mygale amazonienne, la Theraphosa blondi (ou la tarentule Goliath mangeuse d'oiseaux pour être précis), qui possède un venin neurotoxique, mais quasi inoffensif pour l'être humain (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Arachnophobie_(film).

Exempt ce petit cours d'aranéologie, passons à la chronique du film ! Arachnophobie est précédé d'une réputation plutôt flatteuse auprès des thuriféraires du cinéma d'épouvante, et en particulier du genre "agression arachnéenne". Si le long-métrage n'a pas spécialement ameuté les foules dans les salles, il a néanmoins rapporté suffisamment de pécune pour rembourser son budget imparti (environ trente millions de dollars). La distribution du film se compose de Jeff Daniels, Harley Jane Kozack, John Goodman, Julian Sands, Stuart Pankin, Brian McNamara, Henry Jones et James Handy. Attention, SPOILERS ! Au cours d'une expédition en Amazonie, un photographe est piqué à mort par une monstrueuse araignée qui s'introduit par la suite dans son cercueil.
Elle est ainsi rapatriée en Californie. Bientôt, plusieurs morts suspectes sont déclarées dans le petit village de Canaima, où seul le Docteur Jennings a des soupçons sur leur origine

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Hélas, ses admonestations ne sont pas prises au sérieux par la police locale. Bientôt, la petite communauté devra se rendre à l'évidence et éviter un massacre perpétré par une armée d'arachnides particulièrement belliqueuses. Indubitablement, Arachnophobie porte le sceau indélébile de Steven Spielberg. Ce dernier joue les conseillers avisés pour guider un Frank Marshall plutôt compétent en la matière. Néanmoins, le metteur en scène n'a jamais réellement brillé derrière la caméra. En résumé, il s'agit d'un honnête artisan du cinéma hollywoodien. Production Walt Disney Pictures oblige, Arachnophobie élude de se glisser vers des directions escarpées et élude toute tentation du spectaculaire.
Dès lors, le film obéit à un schéma narratif des plus conventionnels : une expédition en Amazonie, un homme mordu par une araignée particulièrement vénéneuse, puis l'arrivée de l'animal dans une petite communauté.

Tapie dans une grange et dans la pénombre, l'aranéide femelle pond une véritable armée de fidèles dévots et prêts à terroriser une petite ville sans histoire. Ingénieux, Frank Marshall nous donne un petit cours d'aranéologie et se polarise sur cette peur inexplicable, celle déclenchée par ces "bêbêtes" répugnantes. Dans le cas du Docteur Jennings, le traumatisme remonte aux premières peurs infantiles. En l'occurrence, le médicastre devra apprendre à apprivoiser son angoisse reptilienne pour triompher de la mère pondeuse, par ailleurs camouflée dans sa cave.
Arachnophobie
se montre alors curieusement placide, tout en étant entrecoupé de quelques notes truculentes (l'arrivée de John Goodman en exterminateur de termites un peu trop zélé). Hélas, les aranéides de service chipent la vedette au casting humain. Si Jeff Daniels fait le job, son personnage est beaucoup trop policé pour maintenir l'intérêt sur la durée. Ne parlons même pas de cette banale histoire de concurrence et de ses impondérables avec l'un de ses confrères.
Dès lors, difficile réellement de tressaillir, à moins d'être totalement réfractaire à la vision d'une araignée.
Si Arachnophobie remplit doctement son office, il manque à cette production horrifique cette once de jubilation et d'extatisme pour ériger le film vers davantage de sagacité. 

Note : 12/20

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