what we become

 

Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)
Année : 2015
Durée : 1h17

Synopsis : La famille Johansson passe un été idyllique jusqu'au jour où une épidémie de grippe virulente sème la mort dans le quartier. Les autorités décident de délimiter un périmètre de sécurité, puis cèdent à la panique en imposant la mise en quarantaine à tous les habitants du voisinage. Isolé du reste du monde, le jeune Gustav se rend vite compte que la situation est devenue incontrôlable. Il parvient à s’échapper, laissant les autres membres de sa famille à la merci d’une foule déchaînée et assoiffée de sang…        

La critique :

Dans la grande majorité des cas, les films de zombies sont intrinsèquement reliés au phénomène d'épidémies virales, l'une des obsessions de nos sociétés contemporaines. Sans réellement l'évoquer ou alors de façon évasive, La Nuit des Morts-Vivants (George A. Romero, 1968) ratiocinait déjà sur une contamination qui serait la cause ou la genèse du réveil des dépouilles putrescentes, puis de leur insubordination contre le monde des vivants. Par la suite, George A. Romero s'emparera de ce phénomène d'inoculation via La Nuit des Fous Vivants (1973) qui n'est pas vraiment un film de zombies par ailleurs, Le Jour des Morts-Vivants (1985), Diary of the Dead : chronique des morts-vivants (2008) et Land of the Dead : le territoire des morts (2005).
Pour George A. Romero, c'est aussi l'occasion de tancer et d'anathématiser une Amérique exsangue et claustrée dans son hédonisme et son consumérisme.

Evidemment, son style âpre et rédhibitoire va inspirer et engendrer de nombreux épigones. Les thuriféraires de zombies claudicants, sur fond d'épidémie virale, citeront aisément la tétralogie Rec initiée par les soins de Jaume Balaguero et Paco Plaza, le diptyque 28 Jours Plus Tard (Danny Boyle, 2002) / 28 Semaines Plus Tard (Juan Carlos Fresnadillo, 2007), Bienvenue à Zombieland (Ruben Fleischer, 2009), Dernier Train pour Busan (Yeon Sang-Ho, 2016), ou encore Le Massacre des Morts-Vivants (Jorge Grau, 1974) parmi les références notables et notoires.
Vient également s'agréger What We Become, réalisé par les soins de Bo Mikkelsen en 2015 dans la catégorie "épidémie à tendance exponentielle". What We Become est un film danois. Il faut se rendre sur le site Wikipédia pour trouver quelques productions horrifiques provenant des terres danoises.

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Les cinéphiles avisés ne manqueront pas de notifier des films tels que Le Veilleur de Nuit (Ole Bornedal, 1994), Haxan - La Sorcellerie à travers les Âges (Benjamin Christensen, 1922), La Nuit des Vampires (Shaky Gonzalez, 1998), ou encore Epidemic (Lars Von Trier, 1987) parmi ces pellicules proverbiales qui ont eu l'heur de s'expatrier en dehors de leurs frontières danoises. What We Become a été présenté en compétition lors du festival de Gérardmer en 2015, mais n'a pas soulevé spécialement l'enthousiasme parmi les spectateurs dubitatifs.
A contrario, les critiques se montrent un peu plus panégyriques et saluent la mise en scène cérémonieuse de Bo Mikkelsen. Il faut se rendre sur le site IMDb (Source : https://www.imdb.com/name/nm1474236/) pour déceler quelques informations élusives sur le metteur en scène danois.

A fortiori, ce dernier a surtout officié dans des documentaires et des courts-métrages, par ailleurs inconnus au bataillon et inédits dans nos contrées hexagonales. What We Become s'engage sur un chemin escarpé puisque le métrage a pour ambition de s'exporter plus largement dans nos contrées occidentales. Bo Mikkelsen sera-t-il capable de tenir une telle gageure ? Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... En outre, la distribution du film risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Benjamin Engell, Mille Dinnesen, Troels Lyby, Marie Hammer Boda et Mikael Birkkjaer ; mais j'en doute... Attention, SPOILERS !
La famille Johansson passe un été idyllique jusqu'au jour où une épidémie de grippe virulente sème la mort dans le quartier.

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Les autorités décident de délimiter un périmètre de sécurité, puis cèdent à la panique en imposant la mise en quarantaine à tous les habitants du voisinage. Isolé du reste du monde, le jeune Gustav se rend vite compte que la situation est devenue incontrôlable. Il parvient à s’échapper, laissant les autres membres de sa famille à la merci d’une foule déchaînée et assoiffée de sang… A l'aune de cette exégèse, difficile de s'extasier devant les rhétoriques eschatologiques de What We Become puisque le film oblique vers une direction visitée à maintes reprises, celle de la symptomatologie grippale qui vient tarabuster et contaminer une petite communauté sans histoire.
Encore récemment, le film The Gerber Syndrome (Maxi Dejoie, 2011) empruntait lui aussi ce même didactisme avec une oisiveté presque pompière.

Mais What We Become a d'autres velléités. Certes, cette série B horrifique est supérieure à la grande majorité des DTV (direct-to-video) qui sortent à la pelle sans réellement innover ni se démarquer d'une concurrence apoplectique. Au moins, ce film d'épouvante peut s'enhardir d'une mise en scène vétilleuse et diligentée par l'érudition de Bo Mikkelsen. Certes, le cinéaste est loin d'être un manchot derrière la caméra et nous gratifie d'un climat mortifère et anxiogène. Bo Mikkelsen prend son temps pour planter le décor et ses protagonistes qui se comptent sur les seuls doigts de la main.
Indubitablement, le metteur en scène connaît ses classiques sur le bout des lèvres et ne cache pas son effervescence pour les grands classiques du genre. Via ce parricide commis par une jeune gamine de cinq ou six ans (tout au plus...), le spectateur malicieux aura aisément subodoré la référence à La Nuit des Morts-Vivants (Précédemment mentionné).

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Mais c'est justement tout le problème de What We Become, à savoir cette incapacité à s'extraire de ce carcan référentiel. Si le film remplit doctement son office, il reste néanmoins beaucoup trop policé pour maintenir la tension sur la durée. Certes, les divers protagonistes n'ont jamais assisté à de telles forfaitures et à de telles exactions sanguinaires... Sauf que nous, si ! En sus, la plupart des saynètes érubescentes sont filmées en contre-champ, Bo Mikkelsen laissant le soin au spectateur médusé d'imaginer la suite des animosités... Hélas, le procédé a aussi ses écueils et ses corolaires.
In fine, le scénario de What We Become reste de facture conventionnelle. Sur la forme comme sur le fond, le long-métrage se fractionne en deux sections bien distinctes. La première s'apparente à une analyse systémique des dynamiques familiales entre Gustav et ses parents. La seconde prend la forme d'un huis clos, puis d'une fuite chimérique ne débouchant nulle part, si n'est vers la mort et la putréfaction. En réalité, What We Become justifie presque seulement son visionnage pour ses qualités esthétiques. En résulte une oeuvre aussi méticuleuse que prosaïque.

Note : 11/20

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