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Genre : horreur (interdit aux - 12 ans)
Année : 2008
Durée : 1h31

Synopsis : Deux couples d'amis partent pour une virée festive à Las Vegas. Lorsqu'une panne mécanique les laisse au milieu de nulle part, ils finissent par voler une vieille voiture dans un ranch. Ils éveillent alors la curiosité de Rusty, un routier psychopathe doté d'un appétit insatiable pour la torture et la mutilation. Il sera prêt à tout pour qu'ils paient leur dette. Un membre à la fois...         

La critique :

Bien avant de signer Les Dents de la Mer en 1975, Steven Spielberg s'était déjà illustré avec Duel (1971), un téléfilm horrifique qui reposait sur un concept aussi basique que laconique. David Mann, un conducteur et un américain lambda, est pris en chasse par un chauffard conduisant un camion-citerne. Dès lors, s'engage une course poursuite frénétique à la lisière du fantastique. Certes, de prime abord, le principe peut paraître assez ingénu. Mais Steven Spielberg agrémente sa pellicule anxiogène d'un suspense comminatoire. Son sens aiguisé de la mise en scène et pour les menus détails n'est pas sans rappeler, par certaines accointances, le cinéma hitchcockien, une référence encensée et adoubée par "Spielby" lui-même. En sus, Duel se pare d'une allégorie sur nos pulsions reptiliennes, l'homme recherchant à la fois la maîtrise et la suprématie dans les actes les plus banals de la vie quotidienne.

Mais une fois installé derrière son volant, ce dernier retrouve prestement ses réflexes de chasseur, de transgresseur et de prédateur. A travers Duel, on peut aussi déceler une métaphore de l'emprise de la machine et de la mécanique sur nos pulsions primitives et archaïques. Quatre ans plus tard, Steven Spielberg transmutera cette mécanique retorse et incoercible en une menace aquatique à travers les crocs acérés d'un squale aux incroyables rotondités.
Telle sera la dialectique carnassière de Les Dents de la Mer. Pour Steven Spielberg, il faudra faire preuve de longanimité et patienter de nombreuses années avant que Duel ne s'octroie le statut de film culte et qu'il soit reconnu à sa valeur hiératique. En outre, Duel va inspirer plusieurs générations de longs-métrages et de cinéastes, entre autres Hitcher (Robert Harmon, 1986), Enfer Mécanique (Elliot Silverstein, 1977), Christine (John Carpenter, 1983), 60 Secondes Chrono (Dominic Sena, 2000) et évidemment la saga Fast and Furious.

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Vient également s'agréger Une Virée En Enfer, réalisé par les soins de John Dahl en 2001. Pour certains thuriféraires, Une Virée En Enfer - Joy Ride dans la langue de Shakespeare - serait presque un remake officieux, en tout cas une adaptation libre, de Duel. Ce n'est pas un hasard si le film est produit par J.J. Abrams, qui n'a jamais caché son extatisme ni son effervescence pour le téléfilm de "Spielby". Le principe d'Une Virée En Enfer repose peu ou prou sur la même rhétorique.
Deux frangins et une jeune "donzelle" sont inlassablement poursuivis par un routier qui se fait appeler "Vieux Clou". Cette course poursuite débouche promptement sur toute une série de belligérances et de cascades grandiloquentes. Malgré son statut de série B, Une Virée En Enfer triomphe sur le marché de la vidéo et rapporte suffisamment de pécunes à ses producteurs.

Aux yeux de ces derniers, c'est un argument suffisant pour justifier la naissance d'une trilogie. Une Virée En Enfer sera donc suivie par Une Virée En Enfer 2 (Louis Morneau, 2008) et par Une Virée En Enfer 3 (Declan O'Brien, 2014). Une fois de plus, la saga Une Virée En Enfer témoigne de cette volonté farouche de transformer la moindre idée un tant soit peu novatrice en franchise cupide et mercantile. Corrélativement, d'autres séries horrifiques caracolent via le support vidéo, que ce soit Détour Mortel, Hostel et bien sûr Saw. La saga Une Virée En Enfer va donc revêtir les oripeaux d'un torture porn sur fond de road movie. Impression corroborée par Une Virée En Enfer 2, soit le film qui nous intéresse aujourd'hui. Autant l'annoncer de suite, cette suite est confiée aux mains d'un véritable tâcheron en la personne de Louis Morneau, un érudit de la série B prosaïque et désargentée.

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Les adulateurs du cinéaste (mais enfin, qui sont-ils ?) citeront aisément Carnosaur 2 (1995), Retroaction (1997), La Nuit des Chauves-Souris (1999), Hitcher 2 (2000) et Werewolf : la nuit du loup-garou (2012) parmi ses longs-métrages notables et notoires. Mais depuis 2012, soit six ans tout de même, peu ou prou de nouvelles de l'intéressé qui semble avoir subrepticement disparu des écrans-radars... Contrairement à son auguste devancier, Une Virée En Enfer 2 ne bénéficiera pas d'une exploitation dans les salles de cinéma et sortira directement en vidéo.
Par ailleurs, Une Virée En Enfer 3 connaîtra le même sort. Mais peu importe, ce genre de pellicule impécunieuse ne coûte pas chère à produire et requiert un casting famélique avec des acteurs sortis tout droit d'une agence de mannequinat.

En l'occurrence, la distribution de Joy Ride 2 se compose de Nicki Aycox, Nick Zano, Kyle Schmid, Laura Jordan et Mark Gibbon. Attention, SPOILERS ! Deux couples d'amis (Melissa, Bobby, Nick et Carla) partent pour une virée festive à Las Vegas.  Lorsqu'une panne mécanique les laisse au milieu de nulle part, ils finissent par voler une vieille voiture dans un ranch. Ils éveillent alors la curiosité de Rusty, un routier psychopathe doté d'un appétit insatiable pour la torture et la mutilation. Il sera prêt à tout pour qu'ils paient leur dette. Un membre à la fois...
A l'aune de cette exégèse, on comprend mieux pourquoi le producteur, J.J. Abrams, a quitté le navire pour cette suite putative. Déjà, à la base, le premier Une Virée En Enfer n'avait pas spécialement brillé par sa sagacité, se contentant de rouler (c'est le cas de le dire...) sur la route et le sillage de Duel. Toujours la même ritournelle... 

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Que pouvait-on alors attendre d'Une Virée En Enfer 2 ? Réponse : pas grand-chose... On prend les mêmes (ou presque...) et on recommence... Le prétexte, quatre amis, partis festoyer sur des routes désertiques, ont le malheur de croiser un routier de passage. Bilieux, Melissa et sa congrégation l'agonisent d'injures. "Enfoirés de camionneurs !" s'écrie un jeune rebelle dans un bar à routiers. Il n'en faut pas davantage pour susciter l'ire du psychopathe de passage et pour justifier de nouvelles course-poursuites correctement réalisées, guère plus.
Clairement, Une Virée En Enfer 2 n'a pas vraiment pour vocation de contrarier l'hégémonie de la saga Fast and Furious. Joy Ride 2 opte alors vers le torture porn puisque le sociopathe euphorique kidnappe désormais ses contempteurs et les mutile avec une frénésie jubilatoire. Le film parvient donc à maintenir un simulacre d'intérêt par son rythme effréné. A contrario, Joy Ride 2 ne renouvelle aucunement son sujet ni ses aspérités. Certes, l'interprétation est correcte, la mise en scène aussi, à condition d'oblitérer certaines saynètes futiles. C'est par exemple le cas lorsque l'un des quatre comparses se grime en femme pour satisfaire les pulsions libidineuses de "Vieux Clou".
Pour le reste, Joy Ride 2 se suit avec un ennui poli, ni plus ni moins. Seule petite consolation, la bande originale rock et hargneuse (Queens of the Stone Age, entre autres) permet de fermer les mirettes sur l'inanité et la vacuité de ce deuxième opus.

Note : 08.5/20

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