La_Vie_secrete_de_Madame_Yoshino

Genre : Drame, érotique (interdit aux - 16 ans)

Année : 1976

Durée : 1h14

 

Synopsis :

Mme Yoshino est la fille d'un accessoiriste du théâtre Kabuki. Elle est belle, élégante et est passée maître dans l'art de faire des poupées de papier traditionnelles qui représentent des personnages célèbres du Kabuki. Mais elle est veuve, son mari étant décédé six mois après leur mariage. Depuis, elle vit avec sa fille Takako, adolescente en mal d'amour et jalouse de la beauté de sa mère. Un jour, Mme Yoshino et sa fille rencontrent Hideo, qui n'est autre que le fils de l'acteur qui a violé Mme Yoshino dans son adolescence. Une rivalité naît entre la mère et la fille, toutes deux désormais amoureuses de Hideo.

 

La critique :

Plus qu'aucun autre cinéma, le cinéma nippon a toujours eu un certain penchant pour la représentation du sexe dans le Septième Art. Si l'époque d'aujourd'hui est propice aux pornos classiques et aux pellicules porno-trash d'un niveau indépassable (suffisamment de films de ce genre ont été chroniqués sur ce blog), ce n'est pas sans oublier qu'avant tout cela, un mouvement typiquement japonais a su s'offrir une réelle hégémonie au sein même de son pays, alors qu'il s'exportait plus difficilement. Vous aurez compris que je veux bien sûr parler du pinku eiga, désignant une forme de cinéma érotique japonais. Les débuts de ce type particulier poursuivent les mêmes objectifs de la Nouvelle Vague japonaise : un déclin d'audience inquiétant des grandes sociétés de production dû aux foyers commençant à être équipés de téléviseurs. Alors que la Nouvelle Vague va se lancer dans une réforme complète des codes cinématographiques jugés trop classiques, la branche du pinku eiga va chercher à attirer les foules par son thème racoleur qui déclenchera irrémédiablement les foudres de la censure.
Parallèlement, les JO de 1964 furent une excellente occasion pour le gouvernement de nettoyer les milieux interlopes afin de donner une image plus présentable du pays. Les strip-teases et les films pornographiques furent interdits. Ce qui permit sans doute l'essor du pinku eiga.

Après 1971, le terme de "pinku eiga" va faire place au "roman porno" que l'on peut traduire comme érotisme soft (ce n'est pas moi qui l'invente !). Un terme utilisé par la société de production Nikkatsu. L'érotisme très tempéré était à mettre en adéquation avec une forte censure japonaise et l'impossibilité de filmer des scènes d'amour explicites (ou la présentation de pilosité ou d'organes sexuels). Tout manquement était sévèrement condamné. La caractéristique de ce mouvement "roman porno" est que ses films furent majoritairement produits durant les années 70. Ils étaient réalisés très vite avec de petits budgets et produits en grands nombres. Mais, à la différence des tâcherons actuels, ils étaient tournés par des réalisateurs professionnels et expérimentés. Ceci expliquera que la dimension artistique et les trouvailles esthétiques qui n'en étaient pas totalement exclues.
On dénombrera de nombreux réalisateurs qui ont su se construire une réputation sérieuse tels Koyu Ohara, Noboru Tanaka, Chusei Sone, Tatsumi Komashiro et Masaru Konuma qui va susciter notre intérêt aujourd'hui avec La Vie Secrète de Mme Yoshino. Réalisateur à la carrière difficile s'étant lancé dans le cinéma de sexe un peu par défaut car son objectif de réaliser des films primait sur le reste, il se rendit célèbre chez les passionnés. Ses deux films les plus connus, Fleur Secrète et Une Femme à Sacrifier, érigeront et contribueront à sa notoriété. Il fera même l'objet d'un documentaire en 2000 réalisé par Hideo Nakata du nom de Sadistic And Masochist. Tout un programme ! Qu'en est-il maintenant de ce métrage plus confidentiel ?

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ATTENTION SPOILERS : Mme Yoshino est la fille d'un accessoiriste du théâtre Kabuki. Elle est belle, élégante et est passée maître dans l'art de faire des poupées de papier traditionnelles qui représentent des personnages célèbres du Kabuki. Mais elle est veuve, son mari étant décédé six mois après leur mariage. Depuis, elle vit avec sa fille Takako, adolescente en mal d'amour et jalouse de la beauté de sa mère. Un jour, Mme Yoshino et sa fille rencontrent Hideo, qui n'est autre que le fils de l'acteur qui a violé Mme Yoshino dans son adolescence. Une rivalité naît entre la mère et la fille, toutes deux désormais amoureuses de Hideo.

S'il y a bien un truc que je reproche dans le cinéma coquin actuellement, c'est qu'il n'y a plus cette volonté de fournir du raffinement et du professionnalisme. L'objectif commercial n'est que de fournir les plus grosses bimbo siliconées possibles pour que le petit monsieur se masturbe devant. Aucune quelconque histoire, ni travail de personnage. C'est le néant le plus complet ! La fosse septique du Septième Art ! Si vous tenez des propos similaires, il serait bon pour vous de faire abstraction de notre époque et de revenir aux fondamentaux. Il y a eu la vague porno chic de part chez nous, et le pinku eiga secondé par le roman porno du côté nippon. Et déjà là, en démarrant le film, on sent très vite que les codes du vrai cinéma seront respectés. Le contexte est pour le moins original avec une mère nouant une relation fusionnelle avec sa fille. On soupçonne très vite ce rapprochement s'étant produit suite au décès du père. Cette minuscule famille semble couler des jours agréables mais des névroses profondes les hantent toutes les deux. Ces névroses sont bien sûr à lier au désir de la chair qu'elles ne peuvent atteindre.
D'un côté, la mère nourrit cet insidieux désir de goûter à nouveau au phallus après six mois de sevrage (vous m'excuserez de cette phrase graveleuse), de l'autre la fille, que nous soupçonnons être vierge, en mal d'amour et de reconnaissance du sexe masculin et qui plus est, jalouse de sa mère. Une crise existentielle par l'absence du dieu Eros. Un autre manifeste soulignant que le désir charnel est indispensable à (presque car il y a des exceptions) tous les humains pour leur stabilité psychologique. 

Un jour, ces deux muses feront la rencontre de Hideo, jeune homme mystérieux à la beauté hypnotisante. L'espoir semble germer en Takako ayant enfin rencontré un éphèbe de son âge avec qui elle pourra espérer fonder quelque chose de durable. Très vite, elle va s'éprendre de lui et goûtera au coït. Cependant, d'étranges sentiments vont germer chez lui et il se retrouvera vite mêlé entre l'obsession de la fille et de sa mère. Cet homme le sait que son charme fonctionne à merveille. Il va commencer à nourrir ce plaisir malsain de jongler sexuellement entre la mère et la fille pour flatter ses bas instincts. Takako remarquera que Hideo commence à se détourner de lui. 
De son côté, la mère, prise d'un accès de folie, se fait tatouer un gigantesque serpent d'Edo sur tout son corps. Takako, dans un dénouement pour le moins déroutant, apprendra ce qui se passait réellement dans son dos en voyant sa mère nue. Eprise de honte devant sa fille, elle se suicidera en s'empalant sur les bouts de verre d'un miroir cassé durant la dispute. Au fait, si vous voyiez en La Vie Secrète de Mme Yoshino une pellicule basique pour se vider une bonne fois dans un mouchoir, vous repasseriez car le film a d'autres ambitions bien plus élevées que la moyenne habituelle.

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Konuma va se focaliser énormément sur ces rapports mère-fille se désagrégeant de plus en plus. Bien que liées par le sang, elles semblent sombrer dans la folie du dieu Eros pour flatter leurs bas instincts. Mme Yoshino en est bien sûr la plus grande fautive car elle sera la responsable de la trahison et de la destruction de la relation entre Takako et Hideo. Les liens, autrefois si forts, volent en éclats pour laisser place à la rivalité la plus primaire. Deux semblants de nymphomanes vouées à s'entretuer pour l'homme les excitant. Dans cette optique, Konuma n'a pas pour objectif premier d'exciter le spectateur mais de lui conter une histoire de drame familial sous fond d'érotisme.
La dimension dramatique est maîtresse des lieux avant l'érotisme, semblant être paré d'une profonde souffrance liée à un manque et des regrets. La Vie Secrète de Mme Yoshino n'est pas sans s'apparenter à une illustration de l'obsession du désir dénaturant le comportement de ceux qui y ont sombrés. Le film est assez novateur de ce point de vue car il illustre l'acte phallique non pas de manière excitante mais de manière désenchantée. Ce qui est un point très intéressant et d'une belle charge émotionnelle. Plus que de l'amour, c'est la haine qui s'y imprègne. 

Tout au long de ce moyen-métrage, nous pouvons scruter avec aisance cette politique cinématographique si plaisante qui voulait que le roman porno fût réalisé par des professionnels. A l'heure actuelle, n'importe qui peut faire un porno, du moment qu'il a une salope de service et un mastard bien membré. Le visuel est explicite concernant une recherche esthétique de tout premier plan avec cette dimension théâtrale du kabuki dont les acteurs n'en sont, finalement, pas si éloignés que ça dans leur rôle. L'interprétation est dans une optique théâtrale qui fonctionne et nous pouvons saluer Naomi Tani et Takako Kitagawa pour leur très belle prestation de femmes mélancoliques.
Shin Nakamaru se montrera, par contre, plus absent. Les rares autres ne présenteront strictement aucun intérêt. Tout ceci s'imbrique dans des décors raffinés, bien filmés où la bande sonore fait des petites merveilles. La dimension érotique n'est jamais racoleuse mais est respectueuse du corps féminin et est d'une grande sensibilité. Pas de rapports sexuels trash au programme ! Que des actes sexuels classiques, d'une remarquable beauté nonobstant. Alors que les bimbos d'aujourd'hui n'ont d'intérêt que d'ouvrir leur vagin, la famille Yoshino dresse un grand portrait humain. Le niveau n'est clairement pas le même.

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S'il ne m'a pas été assez donné de visionner davantage d'oeuvres "roman porno", je ne peux cacher une grande curiosité envers ce genre qui a beaucoup plus de choses qu'on ne pourrait le croire à nous offrir. Déjà, parce qu'il parvient à formater notre vision actuelle du cinéma érotique, où celui-ci peut être réalisé comme n'importe quel genre avec une histoire propre, un travail de personnages, une esthétique travaillée. Certes, on ne peut se placer dans le contexte social nippon à l'apogée du pinku eiga et du roman porno. Etaient -ls vus comme des excitants sur pellicule ou des véritables films ? Difficile à définir. En attendant, on ne peut nier que c'est face à un film d'auteur que nous nous trouvons. Après avoir chroniqué sur le blog La Maison des Perversités, La Vie Secrète de Mme Yoshino confirme mes attentes en se montrant un poil plus plaisant à mes yeux.
Plus que de simples femmes nues, Konuma nous délivre un magnifique et très dur portrait de la désintégration familiale d'une mère et de sa fille obnubilées par le plaisir des sens. C'est un parfum amer de regrets, de déceptions, d'espoirs perdus, de douloureuses cicatrices qui semblent faire corps avec elles et on en arrive presque à être touché par ce périple existentiel dont elles n'en sortiront jamais. Alors que Takako se retrouvera à la case départ en perdant toute confiance en Hideo, Michiyo rencontrera Thanatos l'emportant vers un autre univers où, qui sait, son plein épanouissement charnel pourra être exaucé.

 

Note : 14,5/20

 

 

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