feast

Genre : horreur, gore (interdit aux - 16 ans)
Année : 2005
Durée : 1h35

Synopsis : Dans un bar perdu au fin fond du Texas, la soirée se déroule paisiblement quand brutalement, la nuit tourne au cauchemar. A quelques pas de là, des créatures mutantes, affamées, se sont échappées d'une base de recherche militaire... Et elles ont faim de chair humaine...          

La critique :

Il est amusant de noter cette propension du cinéma hollywoodien à exploiter le moindre concept un tant soit peu perspicace et/ou novateur, qu'il triomphe ou non au cinéma ou via le support vidéo. Dans le registre horrifique, la surprise viendra d'un torture porn, pourtant réalisé avec un budget anomique. Son nom ? Saw de James Wan en 2004, une oeuvre retorse, véhémente et putride qui permet de renouer avec les rugosités de naguère, dans la grande tradition de Massacre à la Tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974), La Colline A Des Yeux (Wes Craven, 1977), ou encore de La Dernière Maison sur la Gauche (Wes Craven, 1972) en leur temps.
A son tour, Saw va revêtir les oripeaux d'un nouveau phénomène commercial et va aussi se transmuter en une heptalogie lucrative et de qualité pour le moins sporadique.

Dépité, James Wan quitte subrepticement le navire et laisse ses assesseurs dévoyer la franchise vers d'étonnantes tortuosités. Malgré la profusion de tortures, de supplices et de pièges artificieux, les suites se révéleront au mieux ineptes et stériles. En 2006, Eli Roth connaîtra peu ou prou le même sortilège (si j'ose dire...) avec Hostel, un autre torture porn produit par Quentin Tarantino, qui réalise même quelques saynètes rutilantes pour l'occasion.
Succès commercial oblige, Hostel se transmue promptement en diptyque avec Hostel : chapitre 2, toujours réalisé par les soins d'Eli Roth en 2007. Précautionneux, le metteur en scène peaufine et affine une pellicule qu'il souhaite plus acerbe et aventureuse. Requête plutôt réussie en l'occurrence en dépit d'un sérieux manque de barbaque et de tripailles au programme. 

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Que soit. Si Hostel : chapitre 2 se solde par une rebuffade au box-office lors de sa sortie au cinéma, le film rapporte suffisamment de pécune en vidéo pour engendrer un troisième opus, Hostel : Chapitre 3 (2011). A l'instar de James Wan deux ans plus tôt, Eli Roth vaque à d'autres occupations. Il est alors suppléé par un Scott Spiegel peu sourcilleux, qui se charge de fourvoyer une saga en déliquescence. En outre, Hostel - Chapitre 3 ne bénéficiera pas d'une exploitation dans les salles obscures et devra se contenter d'écumer les bacs à dvd. Corrélativement, une autre franchise toise le haut des oriflammes via le support vidéo. Son nom ? Détour Mortel.
Cette série cupide et mercantile s'inscrit dans le continuum et le sillage de Saw et de Hostel. Peu ou prou de surprises aux commandes avec une floppée de longs-métrages (six pour le moment...) qui spolient à satiété le concept et la rhétorique de La Colline A Des Yeux (précédemment mentionné) et de Délivrance (John Boorman, 1972).

Bien conscient de ces phénomènes concomitants, John Gulager décide lui aussi de créer sa propre franchise. Celle-ci débute avec Feast, sorti en 2005. Toutefois, pas question de lutiner ni de s'acoquiner avec le torture porn ni le paranormal de bazar. En l'occurrence, John Gulager n'a jamais caché son extatisme ni son effervescence pour les films de monstre à l'ancienne, ceux qui ont vu poindre - par exemple - un xénomorphe dans un vaisseau spatial (le Nostromo) en déshérence dans Alien : le huitième passager (Ridley Scott, 1979).
Mais John Gulager n'a pas de telles velléités scénaristiques. Si Feast ne bénéficie pas d'une distribution dans les salles de cinéma, il triomphe à l'inverse via le support DTV (direct-to-video). Mieux, le métrage s'arroge prestement la couronne de film culte en remportant plusieurs illustres récompenses dans divers festivals, et notamment lors du festival du film fantastique d'Austin en 2005 (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Feast_(film,_2005).

Conjointement, certains thuriféraires évoquent déjà la nouvelle référence du cinéma bis, un peu comme Tremors (Ron Underwood, 1990) en son temps. Reste à savoir si Feast mérite de telles flagorneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... En raison de son succès inopiné, ce premier film va évidemment se décliner en trilogie avec Feast 2 : No Limit (John Gulager, 2008) et Feast 3 : The Happy Finish (John Gulager, 2009). D'une façon générale, la trilogie Feast n'est pas spécialement réputée pour sa courtoisie ni pour sa bienséance.
La franchise aime s'accointer avec les érubescences et l'abondance d'hémoglobine. A ce sujet, Feast premier du nom a écopé d'une interdiction aux moins de 16 ans. Derrière la production de cette bisserie impécunieuse, on trouve le nom de Marcus Dunstan, un autre parangon du cinéma gore à qui l'on doit le diptyque The Collector (2009) / The Collection (2011), ainsi que le film d'horreur The Neighbor (2016). 

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En revanche, on pourra être surpris par les présences concomitantes de Matt Damon, Wes Craven et de Ben Affleck qui viennent prodiguer leur érudition à la conception de Feast. L'air de rien, on retrouve donc une partie du gratin hollywoodien derrière cette bisserie surgie de nulle part, si ce n'est de l'imagination fertile de son propre démiurge. La distribution du film se compose d'Eric Dane, Navi Rawat, Krista Allen, Balthazar Getty, Josh Zuckerman, Clu Gulager, Henry Rollins et Judah Friedlander. Attention, SPOILERS ! Dans un bar perdu au fin fond du Texas, la soirée se déroule paisiblement quand brutalement, la nuit tourne au cauchemar. A quelques pas de là, des créatures mutantes, affamées, se sont échappées d'une base de recherche militaire...
Et elles ont faim de chair humaine... A l'aune de cette exégèse, difficile, à fortiori, de s'enthousiasmer pour les lignées narratives de Feast.

Autant l'annoncer de suite. La force du film ne repose pas vraiment... du tout... sur ses phrasés scénaristiques, pour le moins anémiques, mais davantage sur sa mise en scène originale et cérémonieuse. Finalement, le scénario de Feast repose sur une seule et unique ligne : "Les monstres sont rapides, méchants et affamés". Tel est par ailleurs l'aphorisme comminatoire proclamé par l'un des protagonistes désarçonnés. Sur la forme, Feast s'apparente quasiment à une bande dessinée télévisuelle. Dès le préambule, les divers personnages sont présentés via quelques phrases lapidaires et une bande son hargneuse et rock'n'roll.
Après une courte introduction et quelques conversations oiseuses, Clu Gulager annonce d'emblée les animosités via un premier assaut particulièrement meurtrier.

Une femme anonyme gît sur le sol, la jambe amputée par un monstre protéiforme. Un autre gusse se tord de douleur après avoir subi la morsure d'une créature dolichocéphale. Dès lors, Feast prend la forme d'un huis clos âpre et rédhibitoire. A aucun moment, John Gulager ne relâche jamais la pression et happe littéralement le spectateur à la gorge sur une durée académique d'une heure et 35 minutes de bobine, ni plus ni moins. Indubitablement, on sent le style et l'irrévérence conjugués de Marcus Dunstan et de Wes Craven derrière cette pellicule harangueuse.
Par certaines accointances, Feast premier du nom n'est pas sans rappeler les outrecuidances de Tremors (déjà précité) en son temps. Clairement, le film de John Gulager n'a rien à envier à ses augustes devanciers. Seul petit bémol, on pourra légitimement clabauder et grommeler après quelques effets de caméra un peu trop appuyés. Par exemple, il n'est pas toujours aisé de discerner la complexion polymorphique des créatures carnassières. Mais ne soyons pas trop vachards. Dans l'ensemble, Feast reste une série B probe et largement supérieure à la moyenne habituelle.

Note : 14.5/20

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