enfants du paradis

Genre : drame
Année : 1945
Durée : 3h02

Synopsis : Paris, 1828. Baptiste, mime au théâtre du Funambule, tombe amoureux fou de Garance, une femme belle et mystérieuse. Un soir, par maladresse et timidité, Baptiste laisse celle-ci le quitter. Garance trouve alors le réconfort auprès de Frédéric Lemaître, un apprenti comédien. Quelques années plus tard, les choses ont bien changé. Baptiste se retrouve marié et père de famille tandis que Garance est devenue la maitresse du riche Comte de Montray. Cependant, lorsqu'ils se revoient à nouveau, ils se rendent compte qu'ils n'ont jamais cessé de s'aimer.

La critique :

C'est dans ces moments-là que l'on se sent peu de chose. En effet, on n'a pas tous les jours l'occasion de chroniquer le plus beau film français de tous les temps. Aussi je vous demanderai de pardonner à l'avance la médiocrité de ce billet que ce film monumental ne mérite sûrement pas. Plus grand film français ? Ce n'est pas moi qui le dis mais les experts, les critiques du Septième Art et tous les classements établis depuis la dernière guerre. Le fait est incontestable : Les Enfants du Paradis reste, à ce jour, le sommet absolu du cinéma hexagonal et l'un des plus grands films de l'histoire du cinéma mondial.
Pourquoi ? Peut-être d'abord par la grâce d'un réalisateur, Marcel Carné, alors à l'apogée de sa création artistique. En 1945, il a déjà à son actif quelques chefs d'oeuvres tels Hôtel du Nord et Quai des Brumes en 1938, Le jour se lève en 1939, et surtout Les Visiteurs du Soir en 1942. Le désespoir de Gabin, la folie de Jules Berry, la gouaille d'Arletty et les yeux mélancoliques de Morgan restent à jamais dans nos souvenirs.

Pour l'accompagner aux dialogues, Carné reste fidèle à Jacques Prévert. Pour l'occasion, le poète se sublime et nous offre des répliques qui s'inscriront dans la mémoire collective. Encore aujourd'hui, personne n'a oublié le "T'as d'beaux yeux tu sais" de Gabin ou le fameux "Atmosphère, atmosphère" d'Arletty. Enfin, ce qui a fait la légende de ces films et en particulier de Les Enfants du Paradis, ce sont des acteurs mythiques. On y retrouve donc Arletty, actrice emblématique du réalisateur, mais aussi l'immense Pierre Brasseur, les "théâtraux" Jean-Louis Barrault, Marcel Herrand et Louis Salou, Maria Casarès ainsi que Pierre Renoir, frère aîné de Jean, le réalisateur de La Grande Illusion entre autres.
Avec de tels auteurs et une pareille distribution, Les Enfants du Paradis avait tout ce qu'il fallait pour devenir un sommet du Septième Art. Et il le fût. Le film est composé de deux époques et chaque époque se voit débuter par un levé de rideau, comme au théâtre.

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Attention spoilers : Première époque : Le boulevard du crime - Dans les années 1830 à Paris, le théâtre du Funambule se produit sur le boulevard du crime. Parmi les attractions, le mime Baptiste Debureau (J-L. Barrault) rencontre un vif succès malgrè le continuel dénigrement de son propre père. Tandis qu'il est sur scène, il aperçoit une femme mystérieuse, Garance (Arletty), qui le subjugue par sa beauté. A la suite d'une confusion, celle-ci se fait accuser à tort d'un vol. C'est alors que Baptiste, par son seul jeu de pantomime, parvient à la faire innocenter tout en provoquant les rires de la foule. Par la suite, le mime fait la connaissance de Frédéric Lemaître (P. Brasseur), un jeune acteur plein d'enthousiasme. Ils sympathisent et Baptiste lui propose de venir loger à la pension de Madame Hermine qui fait crédit aux artistes désargentés.
Une nuit, alors qu'il boit dans une taverne, Baptiste revois Garance et l'invite à danser. C'est alors qu'il est pris dans une rixe, confronté aux hommes de main de Lacenaire (M. Herrand), un criminel patenté mais seul ami de Garance.

Baptiste recueille alors la jeune femme et lui avoue maladroitement son amour. Mais alors qu'elle va s'offrir à lui, il quitte la chambre précipitamment. Frédéric, qui logeait dans la chambre voisine, en profite pour rejoindre Garance et ils deviennent amants. Tandis que le théâtre du Funambule prospère, les trois artistes se produisent chaque soir avec plus de succès. Cependant bien qu'il soit aimé par Nathalie (M. Casarès), la fille du directeur du Funambule, et qu'il voit l'idylle entre Garance et Frédéric s'étioler peu à peu, Baptiste se renferme dans le désespoir.
Garance, pour sa part, fait la connaissance du riche Comte de Montray qui lui offre sa protection. Cette aide lui sera précieuse lorsque soupçonnée comme complice d'une agression commise par son ami Lacenaire, elle tend aux policiers la carte du Comte. Deuxième époque : L'homme blanc - Plusieurs années ont passé et Frédéric qui a quitté le Funambule, est devenu le plus grand acteur du monde. Il passe toutefois le plus clair de son temps à contracter des dettes qu'il n'honore pas, ce qui lui vaut d'être fréquemment provoqué en duel.

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Baptiste, lui, resté fidèle au théâtre de ses débuts, triomphe sur scène dans ses pantomimes. Pour oublier Garance, il s'est marié avec Nathalie avec qui il a eu un fils. Cependant, Garance, devenue la maîtresse du Comte de Montray, est de retour à Paris après une très longue absence. Chaque soir, discrètement, elle va le voir jouer. Par l'intermédiaire de Frédéric qui saura surmonter sa jalousie, Garance et Baptiste se retrouveront pour leur seule et unique nuit d'amour. Au matin, surpris par Nathalie, les deux amants se sépareront à nouveau et se perdront à jamais dans les sarabandes d'une foule euphorique, un jour de carnaval. Avec Les Enfants du Paradis, Marcel Carné atteint le summum du réalisme poétique et de sa carrière par la même occasion. Plus jamais par la suite, il ne retrouvera un tel niveau de mise en scène. Pourtant réaliser ce film ne fût pas une sinécure, loin de là.
Commencé fin 1942 entre Paris et la Côte d'Azur, le tournage ne s'achèvera qu'en août 1944, quelques jours avant la libération. Entre un incendie qui ravagea les studios de la Victorine à Nice, les descentes de la Gestapo venue arrêter plusieurs techniciens résistants ou encore la fuite de Robert Le Vigan, collaborateur notoire et pressenti pour le rôle de Jéricho, le marchand d'habits (remplacé au pied levé par Pierre Renoir), le film prit un retard considérable.

Pourtant, Carné qui voulait faire de la sortie de Les Enfants du Paradis le premier évènement culturel de l'après-guerre, fit retarder le montage du film jusqu'au début de 1945. Au soir de la première, on remarquera l'absence d'Arletty placée en résidence surveillée en représailles d'une liaison entretenue avec un officier allemand. Lors de son arrestation, l'actrice lâchera cette phrase : "Mon coeur est toujours resté français mais mon cul est international !". Malgré ce, le film connaîtra un immense succès et sera porté aux nues par tous les observateurs. Il faut dire que cette oeuvre est tenue à bout de bras par des comédiens sensationnels avec une mention spéciale à Pierre Brasseur qui y fait un prodigieux numéro. Les Enfants du Paradis, c'est aussi et avant tout une immense déclaration d'amour au théâtre et à ceux qui le font vivre. La passion des planches transpire littéralement à l'écran.
D'ailleurs, dans la réalité, les grands acteurs de l'époque tels Jouvet ou Brasseur, ne considéraient le cinéma que comme un complément bassement "alimentaire". Seul le théâtre leur permettait, à leurs yeux, de véritablement exprimer tout leur art. 


Mais Les Enfants du Paradis est un film bien plus complexe qu'il n'y paraît. A travers le personnage du Comte de Montray, qu'il se plaît à ridiculiser, Carné fait une violente critique de la bourgeoisie, de ses hypocrisies et ses faux semblants. De ce fait, il prend clairement le parti des miséreux, ces petites gens qui remplissent les gradins hauts perchés du Funambule, le Paradis. Le film aborde aussi de manière sous-jacente le thème de l'homosexualité par le biais du personnage de Baptiste dont le côté féminin crée une troublante ambiguïté tout au long du film.
A ceci, on peut ajouter d'autres thèmes universels tels que l'amour bien sûr, mais aussi la jalousie, la trahison, l'abandon etc... Ils sont ici abordés avec une telle poésie, une telle puissance, qu'il faudrait encore bien d'autres chroniques pour en faire le tour. Exceptionnel à tous les niveaux, Les Enfants du Paradis se place tout en haut sur l'échelle de valeur cinématographique. Personnellement, je le classerai sans problème parmi les dix grands films de tous les temps. En conclusion, je ne peux qu'encourager ceux (s'il en reste) qui ne l'ont pas encore vu, à découvrir d'urgence ce chef d'oeuvre absolu. Tout simplement la perfection et même peut6être un peu mieux...

Note : 20,5/20

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