l'au-delà

Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 18 ans à sa sortie, interdit aux - 16 ans aujourd'hui)
Année : 1981
Durée : 1h27

Synopsis : Une jeune femme hérite d'un hôtel dans la Nouvelle Orléans. Alors qu'elle entreprend des travaux de rénovation, des phénomènes étranges font de sa vie un véritable enfer.           

La critique :

A l'origine, rien ne prédestinait Lucio Fulci à embrasser une carrière cinématographique prestigieuse. Tout d'abord promis à des études médicales pour revêtir les oripeaux d'un médicastre émérite, Lucio Fulci se regimbe contre l'autorité patriarcale pour se tourner vers le noble Septième Art. Jeune apprenti, il s'aguerrit derrière la caméra grâce à l'érudition et à la prodigalité de Marcel L'Herbier, le réalisateur de Les Derniers Jours de Pompéi (1950). Tout d'abord rétif, Lucio Fulci tergiverse entre divers registres cinématographiques (entre autres, les westerns de série B...) et signe plusieurs pellicules en tant que scénariste ou assistant-réalisateur.
Pour le metteur en scène transalpin, il faudra faire preuve de longanimité et patienter jusqu'à la fin des années 1960 avant de déceler son style de prédilection, à savoir ce goût immodéré pour la violence, le scandale et la provocation.

Perversion Story - La Machination (1969) permet à Lucio Fulci d'affirmer son irrévérence sur le cinéma italien. Ses films suivants corroborent ce fort penchant pour l'outrecuidance. Les thuriféraires du cinéaste citeront aisément Liens d'amour et de sang (1969), Le Venin de la peur (1971), La longue nuit de l'exorcisme (1972), Obsédé malgré lui (1972), ou encore L'Emmurée Vivante (1977) parmi les longs-métrages les plus notables et notoires. Le succès commercial surviendra tardivement avec L'Enfer des Zombies (1979), ou Zombi 2, souvent considéré à tort comme la suite inhérente de Zombie (George A. Romero, 1978), ce que Lucio Fulci a toujours démenti.
Grisé par ce succès inopiné, le metteur en scène transalpin avalisera cette dilection pour l'horreur et les érubescences avec Frayeurs (1980) et L'Eventreur de New York (1982).

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Vient également s'agréger L'Au-Delà, E tu vivrai nel terrore - L'aldilà de son titre original, et sorti en 1981. A raison, le métrage est souvent considéré comme la quintessence du cinéma de Lucio Fulci. L'Au-Delà symbolise malicieusement toutes les obsessions récurrentes du réalisateur italien, à savoir cette affection irréfragable pour l'eschatologie, les pulsions sexuelles, la mort, cette acerbité contre la religion et bien évidemment cette impudence ostentatoire.
Sur ce dernier point, L'Au-Delà est aussi répertorié parmi les sommités et les grands monuments du cinéma gore, juste aux côtés de Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980), Massacre à la Tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974), ou encore La Dernière Maison sur la Gauche (Wes Craven, 1972), pour ne citer que ces classiques référentiels.

Pourtant, L'Au-Delà est littéralement honni, admonesté et voué aux gémonies lors de son exploitation furtive dans les salles de cinéma. Irascible, la censure y voit une oeuvre trash, dédaigneuse et pornographique qui expose allègrement des cadavres en putréfaction et de l'hémoglobine ad nauseam, le tout corseté par plusieurs saynètes de crucifixion. C'est la raison pour laquelle L'Au-Delà écope d'une interdiction aux moins de 18 ans au moment de sa sortie. A l'époque, le style harangueur de Lucio Fulci reste encore incompris par les critiques dubitatives.
Au mieux, Lucio Fulci est considéré comme une sorte de "bisseux", un peu tâcheron sur les bords, qui profite de cette nouvelle vague gore et horrifique pour lutiner et s'acoquiner avec les ambiances méphitiques et les zombies sévèrement décrépits. 

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Dans le cas de L'Au-Delà, il faudra de nombreuses années, voire même plusieurs décennies, pour que cette oeuvre morbide soit reconnue à sa juste valeur. La réprobation sera également minorée par la suite pour se solder par une interdiction aux moins de 16 ans. Aujourd'hui, on peut légitimement évoquer un film culte, voire un classique proéminent du cinéma gore. Le long-métrage va inspirer toute une pléthore de cinéastes, notamment Paco Plaza et Jaume Balaguero pour la tétralogie Rec.
Les deux cinéastes ibériques n'ont jamais caché leur effervescence ni leur extatisme pour cette oeuvre majeure et prédominante de Lucio Fulci.
Reste à savoir si The Beyond (soit l'intitulé anglicisé du film) mérite de telles flagorneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution de L'Au-Delà se compose de Catriona McColl, David Warbeck, Cinzia Monreale, Antoine Saint-John, Veronica Lazar et Anthony Flees.

Pour le rôle principal, celui de Liza Merril, Lucio Fulci avait tout d'abord songer à engager l'actrice Tisa Farrow, mais cette dernière cessera toute activité cinématographique après le tournage d'Anthropophagous (Joe d'Amato, 1980 - Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Au-delà). Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse de L'Au-Delà ! Attention, SPOILERS ! Liza Merril est une jeune femme trentenaire qui hérite d'un hôtel dans la Nouvelle Orléans. Alors qu'elle entreprend des travaux de rénovation dans cet endroit vétuste, des phénomènes étranges se produisent, entraînant la mort de plusieurs ouvriers. Cette suite d'événements va précipiter la jeune femme au sein même de l'enfer.
Indubitablement, on mésestime encore aujourd'hui l'impact et l'impertinence de L'Au-Delà sur le cinéma d'épouvante. 

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Cette oeuvre ténébreuse et comminatoire a sans aucun doute inspiré la trilogie de l'Apocalypse amorcée par John Carpenter en 1982 avec The Thing, et poursuivie avec Prince des Ténèbres (1987) et L'Antre de la Folie (1995). A travers L'Au-Delà, Lucio Fulci confédère toutes ses thématiques de prédilection, à savoir la sorcellerie, le réveil impromptu de morts en décomposition, l'Apocalypse, une religion qui dérive prestement vers les rites sacrificiels et une folie inextinguible qui se transmute à son tour en hallucinations visuelles, fantasmagoriques et cénesthésiques.
Certes, le scénario est plutôt lapidaire et ne manquera pas de faire tiquer certains contempteurs dubitatifs. Mais la grande force de L'Au-Delà ne se situe pas vraiment dans ses scansions narratives, mais davantage dans sa mise en scène affûtée qui emprunte au gothique et à l'eschatologie pour avaliser son climat mortifère.

Dès le préambule qui nous entraîne en 1927, le film a le mérite de présenter les animosités via une crucifixion extrêmement sanguinolente. Indiscutablement, Lucio Fulci ne badine pas avec la marchandise et nous gratifie de plusieurs énucléations et dilacérations d'organes, dans la grande tradition du cinéma gore. Le spectateur ébaubi sera même convié à une séance carnassière via cette jeune femme amblyope tortorée par d'hideuses arachnides. Voilà pour l'ensemble des inimitiés ! Toutefois, résumer L'Au-Delà à une série de bacchanales, d'agapes et de priapées serait une grave erreur.
Par exemple, la dernière demi-heure, en apothéose, s'apparente à une sorte de cauchemar cinématographique se déroulant dans des plaines embrumées, esseulées et envahies par des spectres comminatoires.
Sur la forme, L'Au-Delà se pare d'une introspection sur cette frontière ténue qui sépare l'activité onirique de la mort et de l'aliénation mentale. Derrière cette métaphore funeste, se tapit une interrogation dubitative sur les fondements d'une vie après la mort. Pour Fulci, ce sont les ténèbres et l'expiation qui attendent patiemment notre âme après notre dernier trépas. "Un jour, les portes de l'enfer s'ouvriront sur notre monde" s'écrie un vulgaire quidam de passage.
Vous l'avez donc compris.
L'Au-Delà n'a pas usurpé sa couronne hiératique de film culte et se révèle encore supérieur à Frayeurs, réalisé un an auparavant.

Note : 17/20

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