scanners

Genre : horreur, épouvante, fantastique (interdit aux - 16 ans)
Année : 1981
Durée : 1h43

Synopsis : Une société cherche à regrouper les Scanners, des médiums aux pouvoirs surnaturels. Elle recrute un jeune médium pour détecter tous les Scanners qui lui sont opposés. Il va découvrir les aspects cachés de cette périlleuse mission.            

La critique :

Le cinéma de David Cronenberg reste avant tout un cinéma exigeant et intellectuel puisqu'il sonde et analyse notre psychisme aux multiples collatéraux, ainsi que les nombreuses anfractuosités de notre inconscience. Ce n'est pas un hasard si le cinéma de David Cronenberg affectionne tout particulièrement la psychanalyse et explore nos angoisses les plus primitives, celles en parties dévoyées par la sexualité, l'anthropophagie, le rapport qu'entretient notre propre corps avec la technologie, ainsi que la dégénérescence de l'individu dans une société hédoniste et consumériste.
Promis de prime abord à une carrière scientifique, David Cronenberg oblique prestement vers une trajectoire artistique et se passionne pour le noble Septième Art. C'est dans ce contexte qu'il réalise ses tous premiers courts-métrages, Transfer (1966) et From The Drain (1967), deux essais impécunieux et financés par la prodigalité de l'industrie pornographique.

Ca tombe bien... Sans se fourvoyer dans les métrages scabreux et libidineux, David Cronenberg arbore déjà à l'époque une certaine irrévérence, ainsi qu'une fascination archaïque pour la sexualité humaine. Il enchaîne avec un tout premier long-métrage, Stereo (1969), qui corrobore sa dilection pour l'expérimental et cette médecine qui cherche à tout prix à atteindre le Complexe d'Icare. David Cronenberg commence à asseoir sa notoriété dans le milieu cinématographique indépendant.
Frissons (1975), Rage (1977), Fast Company (1979) et Chromosome 3 (1979) avalisent ce tropisme pour l'aspect médical et chirurgical, ainsi que pour les envolées gore et les diverses érubescences. Toutes ces oeuvres outrecuidantes ne manquent pas de courroucer une censure pour le moins dubitative. Par exemple, Rage écope d'une interdiction aux moins de 18 ans et est considéré comme un long-métrage pornographique au moment de sa sortie.

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Pas de quoi faire ciller l'opiniâtreté de David Cronenberg ! En outre, le metteur en scène, jugé impudent, va connaître son tout premier succès commercial avec son film suivant, Scanners, sorti en 1981. Nanti d'un budget famélique (à peine 2.5 millions de dollars), Scanners semble lui aussi condamné à disparaître subrepticement des écrans-radars. Pourtant, contre toute attente, cette production iconoclaste se solde par un succès commercial. Euphoriques, la presse et les critiques spécialisées adoubent et sacralisent une oeuvre qu'elles jugent à la fois passionnante et amphigourique.
Corrélativement, le métrage s'octroie le prix du meilleur film lors de l'International Fantasy Awards (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Scanners). Mieux, Scanners va même s'arroger le statut de film culte, voire de classique incontournable, au fil des années.

A juste titre, Scanners est souvent répertorié parmi les oeuvres les plus éloquentes de David Cronenberg juste à côté de La Mouche (1986) et de Chromosome 3 (précédemment mentionné). Reste à savoir si Scanners mérite de telles flagorneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Selon les thuriféraires du cinéaste, Scanners contient et coalise à lui tout seul toutes les obsessions de David Cronenberg. En outre, les transformations physiques et psychiques restent ses principaux apanages. Tel est le leitmotiv, sans surprise, de Scanners...
Succès oblige, le premier chapitre va se transmuter en trilogie lucrative avec Scanners 2 : la nouvelle génération (Christian Duguay, 1991) et Scanners 3 : Puissance Maximum (Christian Duguay, 1992). Le film de David Cronenberg va même connaître deux autres produits dérivés avec Scanner Cop (Pierre David, 1994) et Scanners : The Showdown (Steve Barnett, 1995).

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La distribution de Scanners premier du nom se compose de Stephen Lack, Michael Ironside, Jennifer O'Neill, Patrick McGoohan, Lawrence Dane, Robert A. Silverman et Mavor Moore. Attention, SPOILERS ! (1) Cameron Vale est un télépathe rendu inapte au fonctionnement dans la vie civile par son don. Il est pris en charge par un scientifique, le Docteur Ruth qui après l’avoir libéré de ses visions par des injections le forme en tant qu’agent à la solde de ConSec, sa firme, pour retrouver d’autres médiums lâchés dans la nature. C’est à ce moment qu’une démonstration de télépathie tourne au carnage suite à l’intrusion dans la séance de Darryl Revok, télépathe décidé à faire l’usage le plus malfaisant de ses facultés (1). Autant l'annoncer de suite. Scanners est une oeuvre expérimentale et ésotérique, donc difficile d'accès dans la mesure où ce long-métrage aborde des thématiques à la fois complexes et spinescentes.

Pour David Cronenberg, plus question de signer des séries B désargentées dans la grande tradition de Rage et de Frissons en leur temps. Le cinéaste orfèvre avait déjà accrédité cette impression avec son film précédent, Chromosome 3. En ce sens, Scanners pourrait être considéré comme une suite logique et alternative au même Chromosome 3 puisque le film se focalise, derechef, sur les écueils et les corolaires d'expériences médicales qui ont abouti à la création de monstres humains. Certes, en apparence, ces cobayes, désormais lâchés dans la nature, paraissent plutôt inoffensifs.
Mais dès le préambule, l'aphorisme de David Cronenberg est rédhibitoire. Ces individus télépathiques sont avidement recherchés par le Docteur Ruth et son étrange organisation, mais aussi par un certain Revok. En l'occurrence, ce dernier est un Scanner, donc un être doué de pouvoirs sensoriels et télesthésiques.

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Son but ? Renverser notre oligarchie harangueuse et principalement composée de savants, de scientifiques et de vils capitalistes pour les suppléer par une nouvelle race d'humains belligérants. Scanners revêt donc une rhétorique darwinienne. Notre espèce est appelée à péricliter pour laisser place à une nouvelle forme de mutation particulièrement effrayante. Les Scanners ne sont pas seulement capables de sonder et de malmener notre esprit, ils peuvent également faire imploser notre cerveau en déliquescence. Pis, leurs facultés mentales leur permettent de s'immiscer à l'intérieur des rouages complexes et mécaniques de notre technologique exponentielle.
Pour David Cronenberg, l'avenir de l'être humain est intrinsèquement relié à la machine, au pouvoir de l'information et à notre capacité à régir les communications transversales.

Evidemment, un tel pouvoir se doit d'être surveillé, scruté, épié et contenu jusqu'à l'extrême. Ainsi, Scanners oppose deux théories antagonistes, celle invoquée par Revok qui réclame la fin de notre espèce et celle ânonnée par le Docteur Ruth. Malicieux, ce dernier emploie un autre Scanner, Cameron Vale, chargé de mettre un terme à la folie destructrice de Revok. A ce sujet, la conclusion finale, en apothéose, ne manquera de diviser et d'effaroucher les esprits les plus dubitatifs.
Ingénieux, David Cronenberg aborde les thématiques de la duplicité et de la métempsychose comme des moyens alternatifs de survivre pour des esprits omniscients et désormais capables de s'adapter à leur nouvel environnement. En l'état, difficile d'en dire davantage si ce n'est que Scanners a une forte connotation identitaire.
Face à un monde en mutation permanente, l'individu doit être lui aussi malléable, quitte à perdre sa personnalité et à sombrer dans une paranoïa infrangible.
C'est par ailleurs le cas de Revok, lui-même dépassé par ses pouvoirs pharaoniques. Donc désolé pour la frugalité de cette chronique. J'ai bien conscience qu'une telle oeuvre mériterait et nécessiterait une analyse beaucoup plus précautionneuse.

Note : 16.5/20

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(1) Synopsis du film sur : http://www.dvdclassik.com/critique/scanners-cronenberg