come out and play

Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 16 ans)
Année : 2012
Durée : 1h27

Synopsis : Beth et Francis prennent quelques jours de congés avant la naissance de leur futur enfant. Malgré les réticences de Beth, Francis insiste pour s'arrêter sur une petite île respirant la tranquillité. Ils découvrent peu de temps après leur arrivée que les lieux semblent habités uniquement par des enfants. Beth et Francis réalisent rapidement que les raisons de ces disparitions d'adultes sont bien sinistres. Le couple va devoir affronter l'horreur pour quitter l'île sain et sauf.            

La critique :

Les enfants tueurs au cinéma, une thématique spinescente, voire eschatologique, qui revient ponctuellement dans le cinéma horrifique. Petite piqûre de rappel. Pour trouver les tous premiers reliquats de ce registre cinématographique sur fond de meurtre et de parricide, il faut sans doute remonter à l'orée des années 1960 avec Le Village des Damnés (Wolf Rilla, 1960). A l'époque, la sortie de ce long-métrage d'épouvante marque une rupture fatidique et rédhibitoire.
Pour la première fois depuis plusieurs décennies, la Hammer, une firme émérite et spécialisée dans les contes macabres sous les versants de Frankenstein ou de Dracula (entre autres), doit se colleter avec une horreur beaucoup plus séditieuse et contemporaine. Des enfants, coiffés de cheveux blancs et arborant des yeux luminescents, assaillent une petite communauté et développent une intelligence hors du commun grâce à leurs pouvoir télesthésiques.

A travers cette histoire épouvantable, Wolf Rilla se pare d'une allégorie sur le retour de la dictature et/ou de l'autocratie version communiste ou "nazillarde". A cette parabole, voire hyperbole sur les réminiscences de la "Terreur", Le Village des Damnés préfigure déjà la révolution culturelle, sociétale et sexuelle à venir. Cette dissidence politique et idéologique sera nimbée, entre autres, par ce schisme parental, le déclin du patriarcat et une profonde césure familiale durant les années 1970. Désormais, la jeune progéniture revendique le droit de se regimber contre l'autorité parentale.
Une dialectique incoercible qui n'échappe pas aux yeux médusés de Narciso Ibanez Serrador avec la sortie de Les Révoltés de l'An 2000 en 1976. En outre, Quién puede matar a un nino ? (titre original du film...) reprend la même didactique que le chef d'oeuvre horrifique de Wolf Rilla.

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Seule dissimilitude, le film choc et polémique de Narciso Ibanez Serrador ne se déroule plus dans une communauté en déshérence, mais dans une île claustrée et étrangement vidée de sa population. Pour une raison inconnue, tous les adultes ont disparu sans raison apparente. A contrario, une poignée d'enfants particulièrement véhéments subsistent et attaquent un couple de touristes britanniques. Au fil des années, Les Révoltés de l'An 2000 va s'arroger le statut de film culte.
Bien qu'encore méconnu du grand public, il reste, à contrario, une référence prééminente pour toute une génération de cinéastes. Par exemple, Paco Plaza et Jaume Balaguero, les démiurges et les créateurs de la saga Rec, citent régulièrement le film de Serrador comme une sommité, voire comme un classique du cinéma trash et horrifique.

Auréolé d'une sulfureuse réputation, Les Révoltés de l'An 2000 est pourtant semoncé, gourmandé et anathématisé par la censure au moment de sa sortie. Le long-métrage ibérique est même interdit et banni en Finlande et en Islande pour sa violence âpre et rédhibitoire. Pour la première fois au cinéma, les spectateurs ébaubis assistent à des exactions perpétrées par des enfant sur des adultes, et même sur une jeune parturiente ; une saynète qui ne manquera pas d'effaroucher certains contempteurs, et qui expliquera - en partie - l'interdiction ultime (donc, une interdiction aux moins de 18 ans à l'époque). En l'occurrence, Les Révoltés de l'An 2000 va influencer et engendrer de nombreux épigones, notamment Les Démons du Maïs (Fritz Kiersch, 1984), The Children (Tom Shankland, 2008), Citadel (Ciaran Foy, 2012), Eden Lake (James Watkins, 2008), Vinyan (Fabrice Du Welz, 2008), Joshua (George Ratliff, 2008), ou encore Ils (Xavier Palud et David Moreau, 2006).

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Mais jusqu'ici, personne n'avait encore osé s'attaquer au remake de Les Révoltés de l'An 2000. Pas un certain Makinov, un cinéaste biélorusse. Opportuniste, le metteur en scène décide de relever une telle gageure et donc de signer le remake officiel de Quién Puede matar a un nino ?. Son nom ? Come Out and Play, sorti furtivement en 2012 et condamné, semble-t-il, à écumer les bacs à dvd. L'intitulé américanisé de ce remake a le mérite de présenter les inimitiés. Visiblement, cette nouvelle version a pour vocation de lutiner et de s'acoquiner avec la scène internationale, notamment en flagornant le territoire américain. Reste à savoir si Come out and play va pouvoir rivaliser, voire détrôner, son auguste devancier. Autant dire que le pari paraît extrêmement ardu...
Mais sait-on jamais...

Contrairement à Les Révoltés de l'An 2000, Come out and play ne déclenchera ni les anathèmes ni les acrimonies de la censure. Cette fois-ci, point de scandale, de polémique ou d'admonestations, si ce n'est une interdiction aux moins de 16 ans. La distribution du film se compose de Vinessa Shaw, Ebon Moss-Bachrach, Daniel Gimenez Cacho, Gerardo Taracena et Alejandra Alvarez. Attention, SPOILERS ! Beth et Francis prennent quelques jours de congés avant la naissance de leur futur enfant. Malgré les réticences de Beth, Francis insiste pour s'arrêter sur une petite île respirant la tranquillité.
Ils découvrent peu de temps après leur arrivée que les lieux semblent habités uniquement par des enfants.
Beth et Francis réalisent rapidement que les raisons de ces disparitions d'adultes sont bien sinistres. Le couple va devoir affronter l'horreur pour quitter l'île sain et sauf. 

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A l'aune de cette exégèse, difficile à fortiori de s'extasier pour Come out and Play, surtout pour les nostalgiques qui déifieront à raison la version originale. Certes, pour un tout premier long-métrage, Makinov fait montre de déférence et de componction en respectant les codes et les lignes, à la virgule près, du matériel originel. Pour ceux et celles qui n'ont pas vu Les Révoltés de l'An 2000, ils apprécieront peut-être la vision de Come out and play. Hélas, le film de Makinov doit aussi se rudoyer avec une concurrence apoplectique en la matière.
Depuis la sortie du métrage de Narciso Ibanez Serrador, le cinéma horrifique a vu poindre toute une pléthore d'enfants diaboliques et maniaques de l'opinel. De facto, Come out and Play semble justement condamné à ne pas réitérer le même impact.

Certes, le film réédite certaines érubescences fulgurantes, comme le supplice d'un vieillard décrépit battu et supplicié par des enfants euphoriques, ou encore cette jeune parturiente décimée de l'intérieur par sa future progéniture. Presque quarante ans après la sortie de Les Révoltés de l'An 2000, cette séquence rougeoyante produit toujours le même malaise chez le spectateur hébété. Seul bémol et pas des moindres, Come out and play se contente d'ânonner benoîtement la recette de son illustre homologue. Comme une évidence, au détour d'un dialogue élusif, c'est un adulte tuméfié qui s'interroge sur le cas de ces enfants sociopathiques et sur la réponse martiale à adopter : "Quién puede matar a un nino ?" argue péremptoirement la victime.
Hélas, cette introspection évasive ne débouchera pas plus loin, si ce n'est sur une série de belligérances inopportunes. De surcroît, le métrage ne réitère aucunement les saillies sociologiques et sociétales du chef d'oeuvre de Serrador. In fine, Come out and play s'apparente à n'importe quelle production horrifique hollywoodienne qui tente de mimer maladroitement son modèle. Certes, dans le même genre, on a vu pire par le passé. Mais les laudateurs du film originel clabauderont et grommelleront à raison contre la vacuité et l'inanité de cette nouvelle version.

 

Note : 09/20

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