le parrain 3e partie

Genre : drame, policier, polar
Année : 1990
Durée : 2h40

Synopsis : Atteignant la soixantaine, Michael Corleone désire à la fois renouer avec les siens et se réhabiliter aux yeux de la société, surtout de l'Eglise. Il arrivera presque à ses fins, mais sa vie passée et ses anciens ennemis le rattraperont plus vite. Michael Corleone est fatigué. Il veut prendre ses distances avec les activités mafieuses de sa famille. Il veut convertir ces activités en affaires légales. Kay, son ex-femme, lui fait même accepter que leur fils devienne un chanteur d'opéra et ne reprenne pas les activités familiales. Pendant ce temps, la fille de Michael, Mary, et son neveu, le fils de Sonny, Vincent, nouent une idylle qui n'est pas la bienvenue dans la famille. Il décide d'aider le Vatican à renflouer ses caisses et reçoit en échange le contrôle d'une entreprise immobilière leur appartenant. Attisant la jalousie de ses pairs, Michael échappe de justesse à un attentat commis par l'un d'eux. Vincent se propose alors pour reprendre les affaires de la famille en main.          

La critique :

On omet souvent de le signaler et de le préciser. Mais avant de devenir le réalisateur, le scénariste, le producteur et le monteur orfèvre que l'on connaît, Francis Ford Coppola s'est tout d'abord aguerri aux côtés du pape du cinéma bis en la personne de Roger Corman, son premier mentor. C'est ainsi qu'il s'affaire, en tant qu'assistant-réalisateur, à ses tous premiers longs-métrages avec L'Enterré Vivant (1962), L'Halluciné (1963) et Dementia 13 (1963), un dernier métrage qui marche dans le sillage et le continuum de Psychose (Alfred Hitchcock, 1960).
Vers la fin des années 1960, Francis Ford Coppola réclame son indépendance et s'écarte de la bisserie impécunieuse et du style, parfois pantouflard, de Roger Corman. C'est dans ce contexte qu'il lutine et s'acoquine avec George Lucas.

A l'époque, les deux hommes nourrissent de grandes ambitions. Les deux comparses aspirent à exhumer le cinéma hollywoodien de son carcan mercantile et lucratif en s'accointant avec le cinéma expérimental. Francis Ford Coppola est immédiatement séduit par la dystopie amère de THX 1138 (George Lucas, 1971), un film d'anticipation qu'il produit et scénarise sous le regard avisé de George Lucas. Hélas, le métrage essuie une rebuffade commerciale et semble condamné à croupir dans les affres des oubliettes. Pour survivre et ne pas disparaître de l'oligarchie hollywoodienne, Francis Ford Coppola accepte à contrecoeur de réaliser Le Parrain en 1972.
Contre toute attente, le cinéaste se prend d'affection pour la trame narrative et sa systémique familiale diligentée par un Patriarche chenu mais opiniâtre en la personne de Don Vito Corleone. 

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Le metteur en scène accorde sa confiance à Marlon Brando, un acteur en pleine déréliction et régulièrement rabroué par l'industrie cinématographique américaine. Que soit. Après le camouflet de THX 1138, Le Parrain se solde, à contrario, par un succès pharaonique au box-office américain et à travers le monde entier. Mieux, Le Parrain s'arroge le titre de film culte, voire de classique du noble Septième Art. A juste titre, Francis Ford Coppola jubile et tient sa revanche sur la planète hollywoodienne. Grisé par ce succès, le réalisateur va relancer les inimitiés avec Le Parrain 2e Partie en 1974, une suite qui avalise le potentiel de cette saga mafieuse et aux forts accents transalpins.
Hélas, entre le milieu des années 1970 et l'orée des années 1990, Francis Ford Coppola ne parvient pas à ériger son propre empire financier, à l'instar d'un George Lucas qui triomphe avec la saga Star Wars et ses épisodes pléthoriques.

Pis, Francis Ford Coppola s'ingénie dans des productions introspectives qui n'ameutent guère le grand public.
En outre, des films tels que Peggy Sue s'est mariée (1986), Jardins de Pierre (1987) et Tucker (1988) ne déchaînent guère les passions dans les salles obscures. La firme Paramount Pictures exhorte le metteur en scène à renouer avec le succès commercial en réalisant Le Parrain, 3e Partie en 1990, un troisième et ultime chapitre qui doit conclure le triptyque en apothéose.
A l'origine, Francis Ford Coppola n'est guère enthousiaste et surtout peu convaincu par l'utilité de ce troisième opus. Pour le cinéaste, le diptyque formé par Le Parrain et Le Parrain, 2e Partie se suffisait amplement en lui-même. Suppléé par la plume affûtée de Mario Puzo, le cacographe de l'opuscule originel, Francis Ford Coppola accepte, sans barguigner, de s'atteler à la tâche. 

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Pour l'anecdote, la trame narrative de Le Parrain, 3e Partie s'inspire d'une histoire vraie et donc de faits bien réels, largement romancés pour l'occasion. Ainsi, plusieurs personnages du film sont directement inspirés par les figures hiératiques et hégémoniques du Vatican ou de la mafia ritale au début des années 1980. Nominé dans sept catégories lors de la cérémonie des Oscars, Le Parrain, 3e Partie repart finalement bredouille. A contrario, le long-métrage rapporte suffisamment de pécune et de bénéfices pour relancer la carrière erratique de Francis Ford Coppola.
Paradoxalement, Le Parrain, 3e Partie est loin de faire l'unanimité auprès des critiques et de la presse spécialisée. Contrairement à ses augustes devanciers, le métrage recueille les anathèmes et les quolibets. A fortiori, le film ne serait pas à la hauteur d'une saga autrefois somptueuse et cérémonieuse.

En l'occurrence, Sofia Coppola, la fille du réalisateur, est même nommée aux Razzie Awards dans la catégorie "pire nouvelle star et pire second rôle féminin" (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Parrain_3). Reste à savoir si Le Parrain, 3e Partie mérite de telles acrimonies. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Hormis Sofia Coppola (précédemment mentionnée), la distribution de ce troisième épisode se compose d'Al Pacino, Andy Garcia, Talia Shire, Diane Keaton, John Savage, Eli Wallach, Joe Mantegna, George Hamilton, Bridget Fonda, Raf Vallone et Hemut Berger.
Attention, SPOILERS ! Atteignant la soixantaine, Michael Corleone désire à la fois renouer avec les siens et se réhabiliter aux yeux de la société, surtout de l'Eglise.
Il arrivera presque à ses fins, mais sa vie passée et ses anciens ennemis le rattraperont plus vite.  

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Michael Corleone est fatigué. Il veut prendre ses distances avec les activités mafieuses de sa famille. Il veut convertir ces activités en affaires légales. Kay, son ex-femme, lui fait même accepter que leur fils devienne un chanteur d'opéra et ne reprenne pas les activités familiales. Pendant ce temps, la fille de Michael, Mary, et son neveu, le fils de Sonny, Vincent, nouent une idylle qui n'est pas la bienvenue dans la famille. Il décide d'aider le Vatican à renflouer ses caisses et reçoit en échange le contrôle d'une entreprise immobilière leur appartenant.
Attisant la jalousie de ses pairs, Michael échappe de justesse à un attentat commis par l'un d'eux. Vincent se propose alors pour reprendre les affaires de la famille en main. Seize ans se sont écoulés depuis la sortie de Le Parrain, 2e Partie.

A juste titre, on aurait pu croire Francis Ford Coppola sévèrement émoussé, d'autant plus que le réalisateur s'est perdu dans des chimères depuis la sortie du premier chapitre. Il n'en est rien. A travers Le Parrain, 3e Partie, Francis Ford Coppola prouve une nouvelle fois qu'il n'a rien perdu de sa verve ni de sa condescendance. En l'occurrence, ce troisième volet se démarque allègrement de ses illustres homologues. Pas question ici de faire la guerre ou de signer un énième chapitre aux velléités martiales. Sommé par les studios Paramount de signer un inévitable troisième volet, Coppola a toujours la main mise sur la franchise qu'il diligente avec beaucoup de sagacité.
On a même du mal à comprendre pourquoi ce troisième opus a déclenché de telles fadaises et billevesées au moment de sa sortie. 

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Après avoir mené bien des guerres contre ses propres congénères et même avoir orchestré l'assassinat de son propre frère, Michael Corleone aspire à davantage de sérénité. Désormais sexagénaire, le chef absolutiste n'est plus cet autocrate de jadis. Il accepte même de voir son propre fils embrasser une carrière musicale et artistique. L'orgueil, la fierté, la cuistrerie et la vanité sont donc mis de côté pour aspirer à davantage de sobriété. "Dans toutes les familles, il y a plein de mauvais souvenirs", déclame solennellement un Michael Corleone contristé.
Le Parrain, 3e Partie brosse donc le portrait d'un chef en désuétude qui attend sa propre mort tout en étant rongé par sa solitude, sa résipiscence et sa culpabilité. Sur ce dernier point, cet ultime chapitre repose sur l'expiation de ses propres péchés.

En contrition, Michael Corleone pleure et confesse ses fautes apoplectiques sous l'oreille désabusée d'un Archevêque appelé à de plus hautes responsabilités. Impossible également de nier les accointances politiques reliées ici à une dimension catholique. Pour mener ses affaires commerciales et bancaires, le Vatican lui-même doit négocier avec la mafia et ses fidèles subordonnés. Tout a un prix, même les dogmes ecclésiastiques, pourtant affublés des lourds fardeaux de la misère et de l'impécuniosité. Indubitablement, l'ombre pontifiante de Marlon Brando plane sur Le Parrain, 3e Partie, à tel point qu'Al Pacino mime son modèle tout en arborant un visage décrépit, harassé par le chagrin et une vie nimbée par le crime, les forfaitures et les ténèbres.
C'est sûrement pour cette raison que Michael Corleone confie son organisation spécieuse à un certain Vincent Mancini, le cousin pugnace et téméraire de la famille. In fine, comment ne pas mentionner la vénusté et la présence voluptueuse de Sofia Coppola, destinée à embrasser elle aussi la carrière fulgurante de son paternel ? Sans atteindre la flamboyance du premier chapitre, Le Parrain, 3e Partie conclut la saga de façon abrupte et en phase quasiment terminale corroborant, de facto, la tragédie familiale annoncée dès l'amorce de la franchise. Un coup de maître.

 

Note : 17/20

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