basket case

Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 16 ans)
Année : 1982
Durée : 1h31

Synopsis : Un jeune homme transporte partout avec lui un grand panier en osier. À l'intérieur, se trouve son frère siamois, un monstre au visage déformé. Ensemble, ils traquent les médecins qui les ont séparés pour se venger...     

La critique :

Le nom de Frank Henenlotter rime invariablement avec les univers concomitants du cinéma indépendant et de la série B gore, impudente et horrifique. Par-là, comprenez qu'on navigue dans le cinéma impécunieux et condamné à écumer les bacs vidéo. Ça tombe bien puisque Frank Henenlotter a toujours prisé et affectionné cette plèbe clouée au pilori par cette paupérisation massive. Les thuriféraires du cinéaste citeront aisément Frankenhooker (1990), Elmer le remue-méninges, aka Brain Damage (1988), ainsi que Sex Addict (2008) parmi ces pellicules les plus populaires.
Depuis le milieu des années 2000, Frank Henenlotter s'est montré plutôt pondéré même si le metteur en scène égrillard s'est presque exclusivement consacré à la réalisation de documentaires, notamment Herschell Gordon Lewis : The Godfather of Gore (2010), ou encore That's Sexploitation ! (2013), hélas méconnus du grand public et inédits dans nos contrées hexagonales.

A priori, Frank Henenlotter s'affairerait à un nouveau documentaire sur le procès de Mike Diana, un artiste underground de bande dessinée et à maintes reprises condamné pour diverses obscénités (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mike_Diana). Frank Henenlotter n'est donc pas spécialement réputé pour sa courtoisie ni sa bienséance. L'auteur cinématographique affectionne tout particulièrement l'univers underground, les personnages hideux et protéiformes, et voue une certaine dilection pour cette société urbaine qui s'est confinée dans les trivialités et le péché de concupiscence. Impression corroborée par la sortie de Basket Case (ou Frère de Sang) en 1982.
A l'instar d'Elmer le remue-méninges, Basket Case reste sans aucun doute le film le plus proverbial de Frank Henenlotter. 

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Tourné pour la somme impécunieuse de 10 000 dollars, le métrage ne bénéficiera évidemment pas d'une exploitation dans les salles obscures. A contrario, Basket Case culminera et s'érigera sur le haut des oriflammes via le support vidéo. Grisé par ce succès inopiné, Frank Henenlotter transmutera ce premier chapitre en triptyque. Le premier volet sera donc suivi par Basket Case 2 (1990) et par Basket Case 3 : The Progeny (1991). En outre, les deux derniers épisodes ne connaîtront même pas les ferveurs d'une distribution vidéo en France.
Pourtant, Basket Case premier du nom peut s'enhardir d'appartenir à ces séries B horrifiques qui ont durablement estourbi les persistances rétiniennes en leur temps. Les férus du cinéma bis répertorient le film de Frank Henenlotter parmi les références prééminentes juste aux côtés d'Evil Dead (Sam Raimi, 1981), Street Trash (Jim Muro, 1987), The Blob (Chuck Russell, 1988), Re-Animator (Stuart Gordon, 1985), Bad Taste (Peter Jackson, 1987), Démons (Lamberto Bava, 1985), Jeu d'Enfant (Tom Holland, 1988), ou encore Le Retour des Morts-Vivants (Dan O'Bannon, 1985).

Aujourd'hui, c'est donc un véritable classique du cinéma bis qui fait l'objet d'une chronique dans nos colonnes ! Inutile de mentionner le casting de Basket Case à moins que vous connaissiez les noms de Kevin van Hentenryck, Terri Susan Smith, Beverly Bonner, Robert Vogel, Diana Brown, Lloyd Pace, Bill Freeman et Joe Clarke, mais j'en doute... Attention, SPOILERS ! (1) Duane, un jeune homme renfermé fraîchement débarqué à New York, se promène dans les bas quartiers de la 42ème Rue, un étrange panier sous les bras. Dans celui-ci se terre Belial, une boule de chair purulente tout en crocs qui se plaît à déchiqueter ses victimes. Si Duane protège cette créature informe, c’est qu’il s’agit de son frère siamois, arraché de sous son aisselle lors d’une opération chirurgicale clandestine avant d'être jeté dans un tas d'ordures. Profondément marqué par cette séparation, Duane continue à protéger son jumeau difforme et meurtrier, et la fratrie est bien décidée à se venger de ceux qui les ont séparés et notamment du praticien dont ils recherchent la trace dans les bas-fonds new-yorkais... (1).

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A l'aune de cette exégèse, le cinéphile avisé aura aisément subodoré le film Freaks, la monstrueuse Parade (Tod Browning, 1932) comme principal bréviaire. Frank Henenlotter n'a jamais tari d'éloges ni caché son extatisme pour le chef d'oeuvre lyrique mais scandaleux de Tod Browning. Le personnage central de Basket Case ne se nomme pas Duane, mais Belial, une excroissance expérimentale et inhérente à la nature humaine, qui s'est peu à peu transmuée en une anomalie génétique, et surtout comme une tare envahissante avec laquelle doit composer son frère "siamois".
Ainsi, le jeune adulescent se promène avec son frangin qu'il cache et transporte dans un panier dans les rues sordides de quartiers désaffectés. Gare à ne pas ouvrir la mallette au risque de se faire dilacérer par ce monstre polymorphique !

De prime abord, Frank Henenlotter se polarise sur le quotidien de ce binôme atypique. Claustrés dans la chambre miteuse d'un hôtel subalterne, Duane et Belial tentent, bon gré mal gré, d'échapper à la suspicion de voisins félons et pusillanimes. Hélas, l'appétit pantagruélique et la scopophilie mentale de Belial ne tardent pas à éveiller les soupçons de visiteurs d'infortune. C'est la seconde partie de Basket Case. Plusieurs individus en déveine subiront le courroux de la créature dolichocéphale... Et Belial ne fait pas de prisonnier. Sur le fond comme la forme, cette nouvelle forme d'excroissance préfigure notre appétence sexuelle, ainsi que notre soif de pouvoir que nous ne pouvons réprimer.
En ce sens, on pourrait légitimement considérer Belial comme la quintessence pulsionnelle de notre cerveau reptilien. 

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En l'occurrence, chez Belial, ce sont les pulsions archaïques qui restent prédominantes, au grand dam de son frangin. Par ailleurs, ce dernier ne peut mener une vie "normale". Lorsque Duane s'acoquine et s'énamoure d'une jolie blondinette, la "belle" est assaillie par un Belial irascible lors d'une saynète qui tourne à la dramaturgie et par ce que l'on imagine être un viol physique et mental. Certes, par d'habiles subterfuges, Frank Henenlotter tente d'euphémiser la noirceur viscérale de sa pellicule via des gaudrioles et des rodomontades. Pourtant, en dépit de son côté hâbleur et goguenard, Basket Case reste une oeuvre profondément mélancolique.
Le film justifie presque à lui seul son visionnage pour cette longue séquence familiale qui sonde et analyse cette fameuse énigme : qui est Belial ?

A quoi correspond cette tare de la nature ? En filigrane, Basket Case se pare d'une allégorie sur cette systémique familiale. Duane et Belial ne sont, in fine, que les corolaires d'une expérience scientifique et médicale dérivant vers le meurtre, le rejet puis le sadisme d'une société véhémente dans son intégralité. En résumé, personne ne trouve grâce aux yeux de Frank Henenlotter. En résulte une oeuvre profondément misanthrope qui symbolise, in fine, cette déshumanisation totale. Impression corroborée par un prologue mélancolique et à couteaux tirés.
Evidemment, Frère de Sang n'est pas exempt de tout reproche. A juste titre, les contempteurs pesteront et grommelleront à raison contre des effets spéciaux joliment surannés. D'autres encore se gausseront devant la complexion erratique et anthropomorphique de la créature. La réalisation reste, elle aussi, très rudimentaire (pour être gentil...). Pourtant, les laudateurs du cinéma bis feront aisément fi de toutes ces lacunes et de tous ces impondérables pour apprécier Basket Case à sa juste valeur, à savoir une oeuvre véhémente, irrévérencieuse et iconoclaste.
En quelques mots : un incontournable du cinéma bis.

Note : 15/20

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(1) Synopsis du film sur : http://www.dvdclassik.com/critique/frere-de-sang-henenlotter