Les_Tommyknockers

Genre : horreur, épouvante, fantastique 
Année : 1993
Durée : 2h51

Synopsis : Lors d'une promenade en forêt, une jeune femme fait une étrange découverte. Elle trébuche sur ce qu'elle croit être un simple morceau de métal, mais qui se révèle être un vaisseau spatial enseveli. Une trouvaille va provoquer certains changements dans son entourage...       

La critique :

Il serait presque malséant de procéder à l'exégèse de la carrière littéraire de Stephen King, un auteur populaire et surtout connu pour ses opuscules, ses nouvelles et ses recueils horrifiques, mais pas seulement. Le célèbre grimaud affectionne également les univers du fantastique, de l'heroic fantasy, de la science-fiction, de la dramaturgie et même le registre policier. En outre, Stephen King connaîtra le succès rapidement, dès son tout premier roman, Carrie, en 1974.
Pendant longtemps, le cacographe sera répudié, ostracisé, voire anathématisé par des critiques qui pestifèrent après un style un tantinet gouailleur. Corrélativement, Stephen King n'a jamais caché son extatisme et son effervescence pour le gore et la profusion de saynètes sanguinaires. A contrario, c'est aussi ce tropisme outrancier qui va ériger sa notoriété à travers le monde entier.

Il était donc logique que ses livres inspirent le noble Septième Art dans les plus brefs délais. Plusieurs réalisateurs proéminents s'affaireront à la tâche et à des adaptations de qualité erratique. Les thuriféraires de Stephen King citeront aisément Carrie au bal du Diable (Brian de Palma, 1976), Christine (John Carpenter, 1983), Les vampires de Salem (Tobe Hooper, 1980), Shining (Stanley Kubrick, 1980), Le Cobaye (Brett Leonard, 1992), Dead Zone (David Cronenberg, 1983), Running Man (Paul Michael Glaser, 1987), Creepshow (George A. Romero, 1982), Stand By Me (Rob Reiner, 1986), The Mist (Frank Darabont, 2007), ou encore Les Evadés (Frank Darabont, 1994) parmi les références les plus proverbiales. Vient également s'agréger Les Tommyknockers, réalisé par les soins de John Power en 1993. A l'instar de Ca - Il est revenu (Tommy Lee Wallace, 1990), Les Tommyknockers est une mini-série destinée au circuit télévisuel.

images

Ainsi, le format agencé par John Power se segmente en deux parties de 85 minutes environ pour une durée académique de presque trois heures (171 minutes pour être précis) de bobine. Quant à John Power, il s'agit d'un cinéaste et producteur gallois qui a presque exclusivement oeuvré pour le format télévisuel. En outre, Les Tommyknockers reste sans aucun doute sa réalisation la plus notable et notoire. Pour Stephen King, une telle adaptation se doit de respecter l'essence du roman originel.
Publié en 1987, l'opuscule aux relents horrifiques, fantastiques et science-fictionnels se veut être une métaphore de l'accoutumance du scribouilleur aux substances illicites, en particulier à la cocaïne et à l'héroïne. Mais le roman est aussi une allégorie de la guerre froide et d'une menace nucléaire bien réelle. Reste à savoir si l'adaptation télévisuelle fait montre (ou non) de componction et de déférence.

Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... A priori, James Wan et Stephen King seraient sur le point de se coaliser pour produire et réaliser une adaptation cinématographique. Mais pour le moment, le projet n'a pas encore été avalisé. La distribution de Les Tommyknockers version 1993 se compose de Jimmy Smits, Marg Helgenberger, John Ashton, Allyce Beasley, Robert Carradine, Joanna Cassidy, Annie Corley, Cliff de Young, Traci Lords et E.G. Marshall.
Attention, SPOILERS ! (1) Bobbi Anderson, une romancière, et son petit ami Jim Gardner, un poète, vivent avec leur chien, Petey, près de la petite ville de Haven, dans le Maine. Anderson souffre du blocage de l'écrivain alors que Gardner cherche à se guérir de son alcoolisme.
Un jour, alors qu'elle se promène dans les bois, Bobbi trébuche sur une étrange pierre lumineuse. 

sans-titre3

Intriguée, elle décide de la déterrer. C'est ainsi, à sa grande surprise, qu'elle met au jour une sorte d'immense sanctuaire en marbre. Une énergie d'un type inconnu semble émaner de ce curieux lieu. Bobbi constate que son chien, presque aveugle, recouvre la vue. Elle-même se sent pleine d'un extraordinaire optimisme qui la pousse à réparer sa chaudière et à laisser ses romans s'écrire tout seuls. Des changements commencent aussi à s'opérer chez les habitants de la communauté de Haven. Jim est le seul à ne pas vouloir approcher du sanctuaire... (1).
Certes, le roman Les Tommyknockers a connu un succès pharaonique en son temps. Pourtant, force est de constater que l'opuscule s'est peu à peu oblitéré avec le temps en raison du nombre prolifique d'ouvrages publiés par Stephen King tout au long de sa carrière exhaustive. 

De surcroît, le livre n'a pas encore connu de véritable adaptation cinématographique ; ce qui explique sans doute sa léthargie, assez relative tout de même. In fine, les adulateurs les plus invétérés du maître de l'épouvante sont assez mitigés concernant les réelles qualités du roman. Pour certains laudateurs, l'ouvrage serait un cru assez mineur de Stephen King. Certes, Les Tommyknockers est conçu ici sous la forme d'une mini-série. Pourtant, il serait plus convenable d'évoquer un téléfilm pensé et ratiociné pour flagorner et appâter un large public.
Les fans du roman originel sont évincés en partie du programme et donc sommés de phagocyter la genèse de l'opuscule initial. Ici, point de réflexion ni d'introspection sur la guerre froide, encore moins sur une menace nucléaire putative.  

sans-titre1

Quant à l'accoutumance de John Smits, elle est prestement évacuée même si le poète taiseux et taciturne est décrit comme un alcoolique impénitent. De facto, cette adaptation télévisuelle ne part pas sous les meilleurs auspices. Les Tommyknockers débute comme un thriller fantastique qui se polarise, de prime abord, sur une petite communauté à fortiori sans histoire. Une étrange substance verdoyante change subrepticement les habitants de la ville en de vils sociopathes et réveillent leurs instincts les plus inavouables. Un enfant d'une dizaine d'années se transmute en un prestidigitateur émérite. Hélas, lors d'un tour d'illusionnisme, ce dernier fait disparaître malencontreusement son petit frère.
Une jeune femme libidineuse se transmue à son tour en une redresseuse de torts. Les autres habitants de la communauté se métamorphosent eux aussi en illustres thaumaturges et assujettis à une nouvelle forme d'énergie extraterrestre hypnotique.

Curieusement, Jim Gardner échappe à cette accoutumance énigmatique en raison d'un vieil accident et d'une plaque de fer disséminée quelque part dans son crâne. Mais la situation évolue vers des rites sectaires dans la seconde partie du téléfilm. Cette nouvelle forme de menace alien enjôle nos pulsions archaïques et reptiliennes. De facto, cette version télévisuelle du roman de Stephen King s'apparente à une parabole, voire à une hyperbole, de nos réflexes hédonistes et consuméristes. Si cette thématique apparaît factuellement et en filigrane tout au long des trois heures de programme, la critique reste beaucoup trop évasive pour susciter l'adhésion sur la durée.
En sus, les effets spéciaux et visuels paraissent joliment désuets. Viennent également s'apposer certaines saynètes funambulesques, notamment lorsqu'une gourgandine transforme son rouge à lèvres en une arme de destruction massive.
Ensuite, l'interprétation est plutôt indigente en raison d'une réalisation bancale et rudimentaire. Seul le pauvre John Smits parvient à tirer son épingle du jeu. On comprend mieux pourquoi James Wan et Stephen King ont décidé de fomenter et de diligenter un projet cinématographique un peu plus cérémonieux que cette mini-série télévisée subsidiaire que l'on aura vite fait de phagocyter.

Note : 09/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis de la mini-série sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Tommyknockers_(mini-série)