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Genre : science-fiction, animation (interdit aux - 16 ans)
Année : 1988
Durée : 2h04

Synopsis : Mise en images pour le cinéma d'une bande dessinée apocalyptique sur les débuts du XXIe siècle dans la mégapole de Neo-Tokyo au Japon. Tetsuo, un adolescent ayant vécu une enfance difficile, est la victime d'expériences visant à développer les capacités psychiques qui dorment en chacun de nous. Ainsi doté d'une puissance que lui-même ne peut imaginer, Tetsuo décide de partir en guerre contre le monde qui l'a opprimé. Dès lors, Il se retrouve au coeur d'une légende populaire qui annonce le retour prochain d'Akira, un enfant aux pouvoirs extraordinaires censé délivrer Tokyo du chaos...             

La critique :

Le nom de Katsuhiro Otomo rime invariablement avec l'univers du manga. Sa carrière de dessinateur émérite débute vers le milieu des années 1970. Ainsi, dès 1973 et à l'âge de 19 ans, Katsuhiro Otomo s'expatrie dans la capitale nippone, donc Tokyo. Il publie sa première bande dessinée dans la magazine Action Comics. Durant six longues années, le jeune impétueux s'affaire à la tâche et réalise de nombreuses histoires courtes pour le magazine proverbial. Le premier succès populaire viendra en 1977 via un manga, Sayonara Nippon, qui conte les tribulations d'un expert en karaté.
Mais en dépit de ce succès inopiné, Katsuhiro Otomo devra faire preuve de longanimité et patienter jusqu'à l'orée des années 1980 pour réellement s'imposer dans la profession. En outre, Katsuhiro Otomo n'a jamais caché son extatisme ni son effervescence pour l'univers cinématographique.

C'est dans ce contexte qu'il commence à griffonner plusieurs planches relatant les aventures d'un motard dans un neo-Tokyo post-atomique. L'univers d'Akira est né. Il ne reste plus qu'à déployer cet univers épars et eschatologique via un manga en plusieurs volumes. Corrélativement, Katsuhiro peaufine et affine une bande dessinée à la fois influencée par le cyberpunk et la peur du nucléaire. Même au début des années 1980, le Japon reste inlassablement poursuivi par les vieux démons d'Hiroshima et de Nagasaki. Le manga Akira alimente largement cette anxiété rédhibitoire qui a frappé tout un pays vers la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pour Katsuhiro Otomo, le succès est immédiat puisque le premier volume atteint des scores astronomiques avec plus de 700 000 exemplaires vendus dans le pays du Soleil Levant (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Katsuhiro_Ōtomo). 

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Mieux, Akira fait partie de ces tous premiers mangas à s'exporter en dehors de ses frontières nippones et à flagorner un public occidental. Par certaines accointances, l'univers d'Akira n'est pas sans rappeler celui de Mad Max (George Miller, 1979) en son temps. A l'instar du film de George Miller, le manga préfigure des temps funestes pour une société hédoniste condamnée à péricliter sous le poids du consumérisme et d'une science atteinte par le Complexe d'Icare.
Toujours la même antienne... En ce sens, Akira peut être considéré comme une dystopie à la fois militaire et scientifique puisque des cobayes humains, en particulier des enfants, servent d'expérience pour appréhender les arcanes d'une mystérieuse source d'énergie. Ainsi, la publication des différents tomes d'Akira s'échelonne de 1982 à 1990. 

Les critiques et la presse culturelle sont unanimement panégyriques envers ce manga aux allures cinématographiques. Corrélativement, Katsuhiro Otomo n'a jamais caché son appétence pour réaliser une adaptation animée. Akira le film sort en 1988 et engrange plus de 80 millions de dollars de recettes à travers le monde entier (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Akira_(manga). A l'instar du matériel originel, le long-métrage d'animation est unanimement salué, déifié voire adoubé, par les thuriféraires. Reste à savoir si Akira (le film...) mérite de telles flagorneries.
Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Toujours est-il qu'un tel matériel inspire le cinéma hollywoodien. Plusieurs artistes éminents manifestent leur engouement pour une adaptation cinématographique live, dont Jaume Collet-Serra, Leonardo DiCaprio, Garrett Hedlund ou encore Christopher Nolan.

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Pour le moment, le projet n'a pas encore été confirmé et Katsuhiro Otomo semble peu enthousiaste à l'idée de dénaturer l'oeuvre originelle. Toujours est-il que la version animée de 1988 impressionne (même encore aujourd'hui) par la qualité, la fluidité et la somptuosité de son animation, ainsi que par sa musique dantesque et pharaonique. Evidemment, certains laudateurs du manga originel pesteront et ergoteront sur certains menus détails et sur quelques changements impromptus avec la version animée. Toutefois, l'histoire et les thématiques restent peu ou prou analogiques.
Attention, SPOILERS ! (1)
Le 16 juillet 1988, Tokyo est détruit. Trente-et-un ans plus tard, après la Troisième Guerre mondiale, en 2019, Neo-Tokyo est une mégalopole corrompue et sillonnée par des bandes de jeunes motards désœuvrés et drogués.

Une nuit, l'un d'eux, Tetsuo, a un accident en essayant d'éviter ce qui semble être d'abord un jeune garçon mais qui a un visage de vieillard. Il est capturé par l'armée et fait l'objet de nombreux tests dans le cadre d'un projet militaire secret visant à repérer et à former des êtres possédant des prédispositions à des pouvoirs psychiques. Tetsuo finit par s'enfuir. Mais lorsque ses amis, dont leur chef Kaneda, le découvrent, il est devenu violent et imprévisible. En parallèle, se nouent des intrigues politiques. Dans la rue et dans les alcôves du pouvoir, le nom d'Akira circule.
Sauveur messianique pour certains groupes religieux, il est de toute évidence lié au projet militaire auquel Tetsuo a été mêlé malgré lui.
L'armée essaye par tous les moyens de continuer le projet en espérant percer le secret de la puissance d'Akira et de la maîtriser pour s'en servir par la suite (1). 

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Indubitablement, Akira (le film) contient déjà tous les ingrédients ineffables de la culture cyberpunk. En l'occurrence, le métrage de Katsuhiro Otomo influencera de nombreux adulateurs, dont un certain Shinya Tsukamoto pour le fameux Tetsuo en 1988. Sur le fond comme sur la forme, Akira s'apparente à une allégorie post-atomique avec pour objectif de vilipender et vitupérer toute la folie des hommes de notre temps. Pour Katsuhiro Otomo, rien n'a changé depuis la catastrophe de Nagasaki et d'Hiroshima. Politiques, militaires et scientifiques se disputent la couronne de l'énergie pure pour percer les arcanes insondables d'une nature capricieuse et indicible.
Et peu importe s'il faut sacrifier la jeunesse et nantir quelques bambins ingénus de pouvoirs télesthésiques. En ce sens, cette énergie pure pourrait être considérée comme un avatar de l'énergie noire.

Dommage que Katsuhiro Otomo se montre aussi élusif sur ce sujet. Akira aborde également cette scission incoercible qui s'est peu à peu imbriquée entre un monde adulte à l'agonie et de jeunes éphèbes insouciants qui se sont fourvoyés dans la drogue et la déréliction. Indiscutablement, Akira est une oeuvre riche, foisonnante et exhaustive, un peu trop peut-être... Pour les néophytes, prière de passer leur route et de retourner gentiment dans leurs pénates. En résumé, seuls les initiés seront à même de comprendre une intrigue nébuleuse et amphigourique sur fond de pouvoirs télékinésiques et d'un enfant prodige et produit de l'énergie pure (Akira) capable de freiner la vengeance frénétique de Tetsuo, un jouvenceau rudoyé et rabroué par ses subordonnés.
Cependant, il faudrait être particulièrement vachard pour ne pas reconnaître les qualités pléthoriques de cette oeuvre protéiforme et syncrétique, à la fois violente, poétique, lyrique et eschatologique.
En soi, Akira (le film) est un parfait condensé de l'univers cyberpunk avec ses personnages charismatiques, une intrigue alambiquée et des enjeux politiques, militaires et idéologiques qui seront curieusement oblitérés lors du prologue final, laissant le spectateur un peu sur sa faim.

 

Note : 16/20

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