blob Danger_planetaire

Genre : horreur, épouvante, science-fiction 
Année : 1958
Durée : 1h26

Synopsis : Steve et Anne, un couple d'adolescents, sont témoins de la chute d'une météorite. La chose informe venue de l'espace s'accroche au bras d'un vieil homme et n'aura, dès lors, de cesse de se transmuer en masse visqueuse qui dévore tout sur son passage. Steve et ses amis vont tout faire pour avertir la ville que la vie de ses habitants est en danger

La critique :

Durant les années 1950, la science-fiction et l'horreur s'allient, se coalisent et se conjuguent pour mieux se polariser une menace exponentielle et à priori irréfragable. Son nom ? L'arrivée inopinée de l'ère atomique dans une société de plus en plus obnubilée par les technologies et ses diverses martialités. A la sortie de la Seconde Guerre mondiale et après la défaite de l'Allemagne d'Hitler, les belligérances ne sont pas terminées, loin de là. Russes et Américains se disputent la couronne de la nation la plus hégémonique dans un monde encore tuméfié par le nazisme et sa peste concentrationnaire.
C'est le début d'une lutte interminable entre le capitalisme et le communisme. Deux idéologies antagonistes s'opposent, inexorablement. Deux dictatures différentes s'empoignent pour le devenir d'une humanité en déréliction.

Evidemment, cette animosité acharnée inspire le noble Septième Art, ainsi qu'une quantité apoplectique d'oeuvres horrifiques et science-fictionnelles. Dès 1951, Robert Wise lance les inimitiés avec Le Jour où la Terre s'Arrêta. Désormais, ce n'est plus seulement notre planète qui est menacée par l'avènement du nucléaire, mais la cosmogénèse dans sa globalité. Corrélativement, d'autres productions se transmutent en des métaphores sur la menace communiste via l'arrivée impromptue d'extraterrestres aux intentions belliqueuses. C'est par exemple le cas de La Guerre des Mondes (Byron Haskin, 1953), La chose d'un autre monde (Christian Nyby, 1951), Les Envahisseurs de la Planète Rouge (William Cameron Menzies, 1953), ou encore de Les Soucoupes Volantes Attaquent (Fred F. Sears, 1956). En sus, l'humanité se nimbe de pulsions archaïque et primitives quitte à se métamorphoser en une société séditieuse et exsangue de la primauté de son âme. 

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Impression corroborée par L'Invasion de Profanateurs de Sépultures (Don Siegel, 1956). Il était donc logique que cette allégorie d'une humanité en désuétude se transmue, un jour ou l'autre, en une masse visqueuse, disgracieuse et difforme via Le Blob - Danger Planétaire, un film d'horreur et de science-fiction réalisé par les soins d'Irvin S. Yeaworth Jr. en 1958. A noter que le film est parfois sorti sous les noms de The Blob, Fluide Mortel, Blob - Terreur sans nom, ou de Danger Planétaire. A l'origine, cette bisserie diffusée dans les drive-in devait s'intituler The Molten Meteor.
Les scénaristes envisagent leur créature comme une création issue d'un météore, tout du moins d'un monstre à consonance cosmologique, voire militaire pour les besoins d'une Troisième Guerre Mondiale. Or, les cacographes optent, in fine, pour l'invasion extraterrestre.

Le supputations scientifiques et expérimentales deviendront les principaux leitmotivs du remake de 1988, Le Blob (Chuck Russell, 1988). A l'époque, Irvin Yeaworth fait presque office de réalisateur noviciat dans le petit monde étriqué du cinéma bis. Avant Le Blob - Danger Planétaire, le cinéaste a surtout officié derrière des séries B impécunieuses, entre autres Dinosaurus ! (1960) et 4D Man (1959). Après Le Blob, le metteur en scène d'origine germanique disparaîtra subrepticement des écrans radars. Certes, à l'instar de La Guerre des Mondes et de ses nombreux succédanés, Danger Planétaire fait souvent office de pellicule propagandiste qui s'inquiète d'une invasion communiste aux relents putatifs.
En outre, cette peur infrangible des bolcheviks et de leurs scansions pernicieuses se métamorphose en une masse immonde, comminatoire et glutineuse. 

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Au moment de sa sortie, Le Blob - Danger Planétaire défie tous les pronostics et devient la nouvelle égérie du cinéma bis. Mieux, le film s'inscrit carrément dans la culture populaire américaine. Trois décennies plus tard, le réalisateur Chuck Russell signera un remake, Le Blob (précédemment mentionné). Mais le film de Sean Yeaworth connaîtra une suite, Attention au Blob ! (Larry Hagman, 1972), ainsi qu'un remake grec, L'Attaque de la Moussaka Géante (Panos H. Koutros, 1999). Avec le temps, le monstre protéiforme et gélatineux et donc envisagé sous l'angle de la truculence et du pittoresque. A contrario, tous ces éléments témoignent de la prégnance de la version de 1958 sur la scène américaine, puis internationale. Le Blob permet également d'apprécier la toute première apparition de Steve McQueen au cinéma. A l'époque, le comédien n'est pas encore la star proverbiale qu'il deviendra par la suite.

Viennent également s'agréger, au niveau du casting, Aneta Corsaut, Earl Rowe, Olin Howland, Elbert Smith, Hugh Graham, Anthony Franke et George Karas. Attention, SPOILERS ! (1) Steve et Anne sont deux adolescents amoureux, en plein rendez-vous romantique. Alors qu’ils regardent le ciel à la recherche d’étoiles filantes, ils voient tout à coup une météorite s’écraser sur la ville de Downingtown. Curieux, ils décident d’aller voir de plus près de quoi il retourne. La météorite, qui porte en son sein le Blob, s’est écrasée non loin de la maison d’un vieil homme.
Celui-ci s’approche de la chose et, intrigué, la pousse à l’aide d’un bâton. Elle s’ouvre alors en deux, révélant une masse visqueuse, gélatineuse et informe qui s’accroche au bout du bâton. Le Blob est lâché. Il s’accroche à la main du vieillard qui, terrifié, se met à courir sur la route. Il rencontre alors Steve et Anne, qui arrivent à ce moment-là. 

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Les deux adolescents tentent d’aider le vieil homme à se débarrasser du Blob. Mais n’y arrivant pas, ils décident de le conduire chez le docteur Hallen. Lorsque ce dernier l’examine, le Blob a grandi, emprisonnant tout le bras de la victime. Steve et Anne retournent alors sur place, pour tenter de trouver des indices et essayer de comprendre ce qui s’est passé, laissant le vieil homme seul avec le médecin (1). A l'aune de cette exégèse, difficile de ne pas se gausser d'un scénario aussi prosaïque ! Paradoxalement, Le Blob - Danger Planétaire est une production joliment surannée qui flagornera, sans sourciller, les thuriféraires de cette horreur et de cette science-fiction de jadis.
Indubitablement, le manque de budget se fait furieusement sentir. Pas question de débuter le film en fanfare ni d'arborer des extraterrestres dolichocéphales, ou encore des effets spéciaux pharaoniques !

En outre, le Blob s'apparente presque à un monceau de chewing-gum qui écume les cités urbaines et les communautés champêtres pour mieux appâter ses victimes. Certes, l'affiche de Danger Planétaire montre un Steve McQueen aux oripeaux lacérés et déguenillés... L'acteur est appelé à devenir à posteriori cette tête de gondole, ainsi que cette figure hiératique et adoubée par la gente féminine... Une chimère... La star se nomme évidemment le Blob et vient chiper la vedette au reste du casting famélique. En l'occurrence, les gaucheries et le manque de direction d'acteur sont hélas ostentatoires dans cette petite production réalisée par un cinéaste manchot et tâcheron sur les bords.
De facto, merci de fermer les mirettes sur la caducité de la mise en scène. On préférera aussi phagocyter le jeu timoré des acteurs, Steve McQueen en tête, ainsi que l'inanité de certaines conversations sibyllines.

En revanche, Le Blob - Danger Planétaire se rattrape lorsqu'il se polarise sur sa masse visqueuse et nantie d'une taille proportionnelle à son nombre pléthorique de victimes. Voilà que le Blob s'en prend à une salle de cinéma et à son armada de spectateurs éberlués ! Pour une fois, le remake se montrera beaucoup plus cérémonieux que son auguste épigone. Pour le reste, on éludera de qualifier cette version pionnière de "nanar" nonobstant son aspect désargenté et la frugalité de sa trame narrative. Le spectateur avisé verra dans cette oeuvre eschatologique une parabole, voire une hyperbole, sur le maccarthysme, alors très prégnant dans les années 1950.
Non, contre toute attente, Le Blob - Danger Planétaire n'est pas aussi ingénu qu'il en a l'air. Toutefois, ma note finale fera preuve toute de même d'une certaine mansuétude...

 

Note : 11/20

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Danger_planétaire