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Genre : horreur, gore (interdit aux moins de 16 ans)
Année : 1988
Durée : 1h29

Synopsis : Suite à une série de décès étranges survenus dans une petite ville des Etats-Unis, Mike Brady, agent des services sanitaires, est envoyé sur place afin d'épauler le shérif local dans son enquête.      

La critique :

L'air de rien, les années 1980 restent l'une des décennies les plus propices et les plus prolifiques pour le cinéma horrifique, en particulier pour les séries B d'épouvante qui vont largement imposer leur hégémonie durant cette période fastueuse. Parmi toutes ces pellicules rougeoyantes, les thuriféraires du cinéma bis citeront aisément Evil Dead (Sam Raimi, 1981), Evil Dead 2 (Sam Raimi, 1987), Le Blob (Chuck Russell, 1988), The Thing (John Carpenter, 1982), Le Loup-Garou de Londres (John Landis, 1981), Re-Animator (Stuart Gordon, 1985), Simetierre (Mary Lambert, 1989), Hurlements (Joe Dante, 1981), ou encore Street Trash (James Michael Muro, 1987) parmi les références les plus proéminentes. Vient également s'agréger Slugs, soit Mutations dans nos contrées hexagonales, et réalisé par les soins de Juan Piquer Simon en 1988.

Le cinéaste et scénariste ibérique fait partie des parangons éminents du cinéma bis. Les laudateurs du metteur en scène notifieront des films tels que Le Continent Fantastique (1976), Supersonic Man (1979), Le Sadique à la Tronçonneuse (1982), Au-delà de la terreur (1980), L'éclosion des monstres (1983), ou encore L'Abîme (1990) parmi les productions qui se sont exportées au-delà de leurs frontières espagnoles. En outre, Juan Piquer Simon est souvent répertorié parmi ces petits tâcherons adeptes d'hâbleries et de "nanardises" cinématographiques.
En outre, le metteur en scène n'a jamais caché son extatisme ni son effervescence pour le cinéma d'exploitation. Il n'est donc pas surprenant de le retrouver derrière la réalisation de Slugs - Mutations. A l'instar de Le Blob (précédemment mentionné), The Stuff (Larry Cohen, 1985) et de Society (Brian Yuzna, 1989), Slugs imposera son monogramme indélébile via le support vidéo.

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Autant l'annoncer de suite, le film de Juan Piquer Simon ne brille pas vraiment par sa subtilité narrative et s'inscrit dans le cheminement de ce cinéma gore, excentrique, virulent et égrillard. En l'occurrence, Slugs peut s'enhardir d'appartenir à la catégorie "agression animale". Cette fois-ci, point de requin gargantuesque, d'araignées harangueuses ni de rats indestructibles qui prolifèrent en catimini dans des ruelles sordides et subalternes. Ici ce sont des larves carnivores et particulièrement visqueuses qui effarouchent une petite communauté sans histoire.
A la base, un concept aussi saugrenu a le mérite de provoquer quelques petits rictus imbéciles. A fortiori, Slugs - Mutations ne démarre donc pas sous les meilleurs auspices. Paradoxalement, cette série B érubescente est régulièrement citée parmi ces productions horrifiques notables et notoires des années 1980.

Autrement dit, bienvenue dans le cinéma impudent et la pure bisserie d'exploitation ! Reste à savoir si Mutations mérite ou non de telles flagorneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution du film risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Michael Garfield, Kim Terry, Philip McHale, Alicia Moro, Santiago Alvarez, John Battaglia, Emilio Linder et Kris Mann ; mais j'en doute... Attention, SPOILERS ! (1) Une petite ville des Etats-Unis est le théâtre de décès étranges. Les services sanitaires envoient sur place Mike Brady, un de leurs agents, afin d'épauler le shérif local. Ce qui ne devait être qu'une enquête de routine tourne au cauchemar, les victimes ayant été partiellement dévorées.
Au vu des analyses, Brady émet une hypothèse jugée farfelue.
Les victimes auraient été tuées par des limaces mangeuses de chair humaine... (1)

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A l'aune de cette exégèse, difficile à priori de s'enthousiasmer pour cette nouvelle bisserie impécunieuse. En résumé, des limaces carnassières sèment la panique et la terreur dans une communauté sans histoire des Etats-Unis. Le spectateur avisé se gaussera à raison d'une telle faribole. Pourtant, force est de constater que Slugs remplit largement son office et n'a pas à rougir de la comparaison avec Le Blob, Street Trash et leurs nombreux succédanés. Pour information, Slugs est également l'adaptation d'un opuscule éponyme de Shaun Hutson.
Sur la forme, Slugs s'apparente également à une pellicule protéiforme qui lutine à la fois avec l'horreur, l'agression animale et l'enquête policière. La partie "enquête policière" n'est pas forcément la section la plus éloquente.

Dès le départ, le spectateur hébété aura aisément subodoré l'habile subterfuge. Si les limaces pullulent, c'est de la faute de l'homme et de son irresponsabilité vis-à-vis de Dame Nature. Toujours la même ritournelle et les mêmes moralines écologiques... Impression corroborée par un scénario rudimentaire et des plus conventionnels. De surcroît, Juan Piquer Simon ne cherche même pas à dissimuler la raison de ces morts mystérieuses qui s'accumulent dans une petite ville des Etats-Unis. En sus, le cinéaste ibérique se contrefout de ses protagonistes humains.
Au mieux, ces derniers constituent du menu fretin pour nos chers vernaculaires friands de chair humaine. Certes, les deux acteurs principaux, Michael Garfield et Santiago Alvarez, font le job et ne déméritent pas dans leurs rôles respectifs.  

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Au moins, Slugs a le mérite de s'esclaffer de son propre concept et de ses élucubrations scénaristiques. En l'occurrence, l'agent Mike Brady passe pour un ingénu, voire un doux rêveur. Le trentenaire opiniâtre tente de convaincre les autorités locales de l'invasion de limaces anthropophages. Une hérésie... Paradoxalement, ce sont aussi tous ces menus détails qui confèrent à Slugs - Mutations une sympathie indubitable. Cependant, le long-métrage de Juan Piquer Simon n'est pas exempt de tout reproche. Nonobstant la frugalité de la trame narrative, le film souffre d'une réalisation un peu trop académique pour susciter l'adhésion sur sa courte durée (à peine une heure et demie de bobine).
D'un point de vue technique et de la mise en scène, Mutations s'apparente presque à un téléfilm. Heureusement, le rythme est suffisamment soutenu pour oublier rapidement toutes ces carences et tous ces impondérables. Dans le même genre, on lui préférera tout de même Le Blob et The Stuff, deux films déjà cités à moult reprises dans cette chronique. Toutefois, les amateurs du cinéma bis seront en terrain connu et quasiment conquis. Autrement dit, si vous prisez et affectionnez ce genre de gaudriole, précipitez-vous sur Slugs - Mutations ; d'autant plus que cette production se montre plutôt magnanime en termes de barbaque et de tripailles. Les autres clabauderont et maronneront à raison contre une pellicule joliment désuète et funambulesque. Ma note finale fera donc preuve d'une étonnante mansuétude.

Note : 12.5/20

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(1) Synopsis du film sur : http://cinemafantastique.net/Mutations-Slugs.html