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Genre : horreur, épouvante, science-fiction (interdit aux - 16 ans au moment de sa sortie, film classé tout public aujourd'hui)
Année : 1965
Durée : 1h26

Synopsis : Les vaisseaux spatiaux Argos et Galliot s’approchent d’une planète inconnue dont provient un mystérieux signal. Soudain, l’Argos est pris dans une force d’attraction magnétique faisant perdre connaissance à tous les membres de l’équipage, à l’exception du commandant Mark qui parvient à effectuer les manœuvres nécessaires à l’atterrissage. Après que le vaisseau ait touché le sol, Mark a cependant la surprise de voir ses compagnons saisis par une rage homicide, dont ils n’ont plus aucun souvenir une fois qu’ils sont revenus à leurs esprits. L’atmosphère extérieure s’avérant respirable, les astronautes se mettent en route pour rejoindre le Galliot qui s’est posé non loin, mais en arrivant, ils constatent que tous les membres de l’équipage se sont entretués. Les deux vaisseaux étant hors d’usage, les survivants se retrouvent donc coincés sur cette étrange planète, désormais convaincus qu’il s’y tapit une force invisible vouée à les mener à leur perte…    

La critique :

A la fois réalisateur, directeur de la photographie et scénariste émérite, le nom de Mario Bava rime invariablement avec le cinéma d'épouvante. Il est souvent considéré comme le maître du fantastique transalpin et comme l'un des pionniers du giallo, un genre en vogue entre les décennies 1970 et 1980. La carrière cinématographique de Mario Bava démarre vers le milieu des années 1940, mais pour le cinéaste italien, il faudra faire preuve de longanimité et patienter jusqu'au milieu des années 1950 pour connaître son tout premier succès commercial sur ses propres terres, avec Les Vampires, un long-métrage qu'il coréalise avec Riccardo Freda en 1956.
Mario Bava connaît peu ou prou la même mésaventure avec le film suivant, Caltiki - Le Monstre Immortel, toujours signé et produit avec la componction de Riccardo Freda en 1959.

C'est vraiment à partir de l'orée des années 1960 que Mario Bava va affiner et affirmer son affection pour les ambiances putrides avec Le Masque du Démon (1960). Le metteur en scène transalpin enchaîne alors avec plusieurs classiques notables et notoires qui vont même parvenir à s'expatrier à l'étranger. Les thuriféraires de Mario Bava citeront aisément des films tels que Les Mille et une Nuits (1961), Hercule contre les Vampires (1961), Les trois visages de la peur (1963), Le Corps et le Fouet (1963), Six femmes pour l'assassin (1964), Opération Peur (1966), L'île de l'épouvante (1970), Une hache pour la lune de miel (1970), La Baie Sanglante (1971), Baron Vampire (1972), La maison de l'exorcisme (1973), ou encore Les Démons de la Nuit (1977).
A tort, on caricature souvent Mario Bava à un honnête artisan du cinéma bis. Or, le cinéaste peut s'enhardir d'une filmographie de prestige.

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En outre, le metteur en scène est non seulement prolifique, mais également éclectique. Le giallo, le fantastique et l'horreur ne sont pas seulement ses principaux leitmotivs puisque Mario Bava lutinera et s'acoquinera aussi avec le péplum et le genre policier. En l'occurrence, La Planète des Vampires, réalisé en 1965, apparaît donc comme une oeuvre mineure dans les travaux de Mario Bava... Tout du moins, en apparence. Selon le propre aveu de Ridley Scott, deux longs-métrages vont largement influencer le scénario d'Alien : le huitième passager en 1979. 
Ces deux films se nomment It ! The Terror From Beyond Space (Edward L. Cahn, 1958) et bien sûr La Planète des Vampires, soit Terrore nello spazio dans la langue ritale ! Petite piqûre de rappel pour les néophytes.

Le film d'Edward L. Cahn narrait les pérégrinations d'un groupe de cosmonautes dépêchés sur la planète Mars. Alors qu'ils repartent en direction de la Terre, ils doivent affronter une menace indicible qui se tapit sournoisement dans les coursives de leur vaisseau spatial. Si ce synopsis particulièrement succinct vous rappelle l'exégèse d'Alien : le huitième passager, c'est tout à fait normal puisque Ridley Scott s'appropriera, en partie, le scénario de It ! The Terror From Beyond Space. En revanche, pour l'ambiance méphitique et anxiogène, le cinéaste américain s'inspirera davantage du climat mortifère généré par La Planète des Vampires.
A l'instar de It ! The Terror From Beyond Space, il fait partie de ces tous premiers films de genre à imbriquer l'horreur à la science-fiction, et vice versa.

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Si encore aujourd'hui, La Planète des Vampires reste tapie dans la pénombre et dans les affres de l'anonymat, il n'en demeure pas moins une oeuvre proéminente pour plusieurs générations de cinéastes. Ridley Scott n'est pas le seul à plébisciter La Planète des Vampires. Nicolas Winding Refn cite régulièrement le métrage de Mario Bava parmi ses films de science-fiction et d'horreur favoris. Mais le long-métrage pâtira d'une mauvaise publicité au moment de sa sortie et écopera carrément d'une interdiction aux mineurs, ce qui équivaut à une interdiction aux moins de 16 ans.
Toutefois, n'ayez crainte... Le film est classé tout public aujourd'hui et ne mérite pas de telles réprobations. La Planète des Vampires est aussi l'adaptation d'une nouvelle, Una notte di 21 ore, de Renato Pestriniero. La distribution du film se compose de Barry Sullivan, Norma Bengell, Angel Aranda, Evi Marandi, Franco Andrei, Federico Boido et Stelio Candelli.

Attention, SPOILERS ! Les vaisseaux spatiaux Argos et Galliot s’approchent d’une planète inconnue dont provient un mystérieux signal. Soudain, l’Argos est pris dans une force d’attraction magnétique faisant perdre connaissance à tous les membres de l’équipage, à l’exception du commandant Mark qui parvient à effectuer les manœuvres nécessaires à l’atterrissage. Après que le vaisseau ait touché le sol, Mark a cependant la surprise de voir ses compagnons saisis par une rage homicide, dont ils n’ont plus aucun souvenir une fois qu’ils sont revenus à leurs esprits.
L’atmosphère extérieure s’avérant respirable, les astronautes se mettent en route pour rejoindre le Galliot qui s’est posé non loin, mais en arrivant, ils constatent que tous les membres de l’équipage se sont entretués. 

 

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Les deux vaisseaux étant hors d’usage, les survivants se retrouvent donc coincés sur cette étrange planète, désormais convaincus qu’il s’y tapit une force invisible vouée à les mener à leur perte… Autant l'annoncer de suite. La Planète des Vampires se segmente en deux parties bien distinctes. La première, la moins passionnante par ailleurs, se polarise sur le périple spatial de notre petit équipage. Durant cette section lénifiante et fastidieuse, La Planète des Vampires s'apparente à un petit film de science-fiction sans envergure et de facture conventionnelle.
En revanche, lorsque nos astronautes débarquent sur une planète à priori esseulée, le film arbore de nouvelles aspérités narratives. Difficile de ne pas songer à Planète Interdite (Fred M. Wilcox, 1956) via cette impression de morcellement qui tuméfie un paysage mortuaire, digne des limbes de l'enfer.

Un gros effort a donc été déployé au niveau des effets spéciaux et visuels, absolument bluffants pour l'époque. On comprend mieux pourquoi Ridley Scott cite La Planète des Vampires comme principal bréviaire référentiel. Parcimonieux, Mario Bava opte pour ce sentiment de folie et de paranoïa qui s'empare de la psyché de chaque protagoniste. Ainsi, chaque membre de l'équipage disparaît sans sourciller, mais réapparaît quelques instants après avec tout un autre visage, celui d'un démon qui se nourrit des fêlures de notre esprit primitif et archaïque.
Notre intelligence reptilienne se doit de ciller sous la seule force de l'hypnose ou d'une autre source d'énergie à caractère ineffable. A l'instar de Fred Wilcox avec Planète Interdite, Mario Bava avait déjà compris et cerné toutes les rugosités d'un univers épars et recelant de secrets insondables.

A travers La Planète des Vampires, Mario Bava réalise la parfaite antithèse de Le Voyage dans la Lune (Georges Méliès, 1902) via un agrégat de paysages cauchemardesques, de brumes elles aussi titanesques et l'apparition de morts-vivants claudicants. Néanmoins, le film de Mario Bava n'est pas exempt de tout reproche. A juste titre, les contempteurs pourront pester et clabauder après une interprétation indigente, ce qui est hélas fortement préjudiciable à la qualité du film. Flanqué de comédiens médiocres, La Planète des Vampires souffre inévitablement de la comparaison avec d'autres classiques proverbiaux. On en revient toujours et encore à Alien : le huitième passager...
Cependant, La Planète des Vampires mérite largement qu'on s'y attarde, ne serait-ce que pour ses thématiques sagaces, ses innovations techniques et son atmosphère "délicieusement" putrescente. Comprenez bien : si l'interprétation n'était pas aussi apathique, la note finale aurait aisément plafonné à deux, voire trois points supplémentaires...

Note : 15/20

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