HURLEMENTS

Genre : horreur, épouvante (interdit aux - 12 ans)
Année : 1981
Durée : 1h31

Synopsis : Une série de meurtres effroyables terrorise la population de Los Angeles. Une jeune journaliste de télévision mène sa propre enquête.    

La critique :

Comme nous l'avions déjà indiqué lors de la chronique de Le Loup-Garou de Londres (John Landis, 1981), il faut se rendre sur le site SensCritique, et en particulier sur le lien suivant : https://www.senscritique.com/liste/Loup_Garou/139330, pour trouver la liste foisonnante et exhaustive des films de loup-garou. A travers ce classement abondant, les thuriféraires de ce registre fantastique et horrifique ne manqueront pas de notifier certains classiques incontournables, entre autres La Nuit du Loup-Garou (Terence Fisher, 1961), La fille du loup-garou (Henry Levin, 1944), La malédiction du loup-garou (Nathan Juran, 1973), la tétralogie Underworld, ou encore la franchise Twilight qui mélange carrément vampirisme et lycanthropie sentimentale.
Corrélativement, les laudateurs n'omettront pas de stipuler Hurlements, réalisé par les soins de Joe Dante en 1981, parmi ce bréviaire référentiel.

On oublie souvent de le dire et de le notifier. Mais avant de devenir le producteur, le cinéaste, le monteur et le scénariste émérite que l'on connaît, Joe Dante fut le jeune disciple de Roger Corman, le pape du cinéma bis. Durant les années 1970, Joe Dante est donc formé par le studio New World Pictures sous l'aval et la prodigalité de Roger Corman. Sous les précieuses instigations du producteur opportuniste, il signe ses tous premiers longs-métrages vers le milieu des années 1970, notamment The Movie Orgy (1975) avec la complicité de Jon Davison et Hollywood Boulevard (1976) avec la collaboration d'Allan Arkush. En l'occurrence, son premier succès commercial arrivera deux ans plus tard via le bien nommé Piranhas (1978), une série B en hommage à Roger Corman, son auguste mentor. Selon le propre aveu de Steven Spielberg, ce long-métrage horrifique est le seul à pouvoir rivaliser avec l'hégémonie imposée par Les Dents de la Mer, sorti en 1975.

5yfOPAbfYz5zQsYNb6RgdcvhaCd

A fortiori, tous les radars sont positifs et annoncent une carrière prolifique pour ce réalisateur talentueux. Après la sortie d'Hurlements, Joe Dante corroborera tous les espoirs placés en lui avec Gremlins (1984), son plus grand succès commercial. En outre, le metteur en scène ne réitérera plus une telle prouesse lucrative. Il enchaînera pourtant avec Explorers (1985), L'Aventure Intérieure (1987), Les Banlieusards (1989), Gremlins 2 : la nouvelle génération (1990), Panic sur Florida Beach (1993), Small Soldiers (1998), ou encore Burying the Ex (2014), son dernier film en date.
A l'instar d'autres réalisateurs du cinéma hollywoodien, Joe Dante est un cinéaste nostalgique qui affectionne tout particulièrement les vieilles pellicules du passé. Sur la forme, Hurlements est une sorte d'hommage aux films de la Hammer, notamment La Nuit du Loup-Garou (précédemment mentionné), ainsi qu'à certains classiques "lycanthropiques".

Par certaines accointances, Hurlements n'est pas sans rappeler la tonalité lugubre et méphitique de La Maison de Frankenstein (Erle C. Kenton, 1944) et de La Maison de Dracula (Erle C. Kenton, 1945). Par ailleurs, le public ne s'y trompera pas et plébiscitera le film d'épouvante de Joe Dante. Même les critiques et la presse se montrent unanimement panégyriques et louangent les prouesses visuelles du film, notamment en termes de maquillages et d'effets spéciaux. Sur ce dernier point, Hurlements s'arrogera plusieurs récompenses éminentes, entre autres le prix de la critique lors du festival international du film fantastique d'Avoriaz en 1981.
Aujourd'hui, Hurlements peut s'enorgueillir d'appartenir aux classiques de la lycanthropie au cinéma et fait donc office de film culte. 

the-howling-werewolf-joe-dante

Succès pharaonique oblige, ce premier chapitre se transmutera en une franchise fastidieuse et interminable composée de huit longs-métrages (une octalogie). Reste à savoir si ce tout premier film de la série mérite de telles flagorneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution du film se compose de Dee Wallace, Patrick MacNee, Dennis Dugan, Christopher Stone, Belinda Balaski, Kevin McCarthy, John Carradine, Slim Plickens et Dick Miller. A noter aussi l'apparition élusive de Roger Corman : qui s'en étonnera ? Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse du film !
Attention, SPOILERS ! (1) Los Angeles.
Karen White est une journaliste qui se retrouve traquée par un tueur en série nommé Eddie Quist. En coopération avec la police, elle prend part à un piège pour capturer Eddie en acceptant de le rencontrer dans un cinéma porno.

Alors que Quist force la journaliste à regarder une vidéo de viol, il est tué par les forces de l'ordre. Karen est traumatisée et souffre d'amnésie. Son thérapeute, le docteur George Waggner, décide de l'envoyer avec son mari Bill dans un centre isolé à la campagne où ses patients prennent du repos, "La Colonie". L'endroit est rempli de personnes étranges, dont une nymphomane sensuelle nommée Marsha qui tente de séduire Bill. Ce dernier, résistant aux avances de la jeune femme, est bientôt attaqué et mordu par un loup-garou sur un chemin. Changé, Bill revient vers Marsha et accepte d'avoir une relation sexuelle avec elle. Durant leur étreinte, leurs corps se métamorphosent.
Bientôt, Karen est confrontée au secret du docteur Waggner : "La Colonie" est le repaire de loups-garous pouvant se métamorphoser à volonté sans pleine Lune... (1) 

sans-titre

Certes, Hurlements doit en grande partie sa réputation d'oeuvre proéminente grâce à la componction de ses concepteurs, notamment Rob Bottin qui agence les effets spéciaux du film. A l'instar de Le Loup-Garou de Londres à la même époque, Hurlements peut s'enhardir de plusieurs saynètes de transformation majeures qui ne manqueront d'estourbir durablement les persistances rétiniennes. Toutefois, que ce soit sur la forme ou sur le fond, Hurlements se révèle largement supérieur au métrage putride et ténébreux de John Landis. Il serait particulièrement réducteur de résumer Hurlements à un agrégat de références que le film cite néanmoins avec une certaine rectitude.
Tout le mérite provient d'un script perspicace qui renouvelle un genre souvent rébarbatif et se résumant, la plupart du temps, à une chasse aux lycanthropes et/ou à un homme affublé d'une terrible malédiction.

A l'époque, Hurlements se pare d'une allégorie sur les dérives sectaires qui s'emparent des phénomènes médiatiques. Ainsi, tout commence par une enquête sur un tueur en série tristement notoire. Mais les choses s'accélèrent lorsque Karen White est subrepticement éprise de pudibonderie, au grand dam de son époux, Bill, qui lutine et s'acoquine avec une belle sauvageonne. Cet adultère éphémère lui coûtera cher, condamnant le mari volage à se métamorphoser lui aussi en une créature carnassière. Ainsi, la tension monte crescendo jusqu'à une conclusion finale en apothéose.
Jusqu'ici, la transformation en lycanthrope était perçue comme une malédiction. Ici, elle correspond à l'avènement d'une oligarchie irréfragable et composée d'éminents personnages, qu'ils soient des policiers ou encore des édiles politiques.
Hurlements signe également les rémanences et les réminiscences de cet instinct primitif. Alors que Bill est victime d'une nouvelle forme de métempsychose, le transformant en redoutable chasseur et prédateur, sa femme se claustre dans une pruderie expiatoire. Vous l'avez donc compris. Hurlements se nimbe d'une forte tension sexuelle via l'allitération de nos pulsions libidineuses. Seul petit bémol, pour le spectateur avisé, il faudra faire preuve de longanimité et patienter une petite heure avant que le film n'adopte son rythme de croisière.
Toutefois, rien de grave.
On tient probablement ici le ou l'un des tous meilleurs films de genre. De surcroît, Hurlements n'a pas trop pâti de cette obsolescence, souvent inhérente aux productions estampillées "années 1980".

 

Note : 16.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Hurlements_(film)