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Genre : Policier, thriller 

Année : 2002

Durée : 1h58

 

Synopsis :

Will Dormer, un policier expérimenté et désabusé, est envoyé en Alaska pour enquêter sur le meurtre sordide d'une adolescente. Lui et ses hommes montent une embuscade et repèrent le tueur, mais celui-ci parvient à s'enfuir. Will le prend en chasse mais le perd de vue dans l'opaque brouillard. Il voit une ombre qui pointe une arme à feu et tire. Lorsqu'il s'approche du corps, il découvre qu'il vient de tuer Hap, son partenaire. Instinctivement, il prend le pistolet qu'a auparavant laissé tomber le tueur dans sa fuite et le place près de Hap pour dissimuler sa culpabilité. Walter Finch, le meurtrier, a vu faire Will. Il le menace de le dénoncer s'il ne ferme pas rapidement le dossier en accusant l'ancien petit ami de la victime d'être responsable des deux meurtres. Will ne peut laisser Walter s'en tirer aussi facilement. Cependant, l'absence de sommeil l'empêche d'avoir les idées claires.

 

La critique :

Actuellement, Christopher Nolan s’est hissé en quelques années parmi les parangons du cinéma hollywoodien y voyant une sorte de poule aux œufs d’or à deux facettes. Une facette capable d’apporter des rentrées financières, de l’autre une facette qui parvient à offrir de la qualité pour séduire autant le profane que le cinéphile. Comme pour Scorsese et Fincher actuellement, il est celui qui parvient à combiner intelligemment le divertissement et le film d’auteur. De fait, il se fera connaître d’emblée avec son premier long-métrage, du nom de Following qui fut acclamé et remporta de nombreuses récompenses. Ces dithyrambes permettront à Nolan de se lancer sur un terrain plus ambitieux avec le projet Memento. Là encore, l’acclamation est totale, encore plus gargantuesque vu que certaines critiques le classeront parmi les meilleurs films des années 2000.

Devenu la nouvelle coqueluche de Hollywood, il sera approché par Steven Soderbergh en personne pour la réalisation du thriller psychologique qui fera l’objet de notre intérêt aujourd’hui. J’ai nommé Insomnia, sorti en 2002. Une fois n’est pas coutume, la presse exalte, louant les qualités foisonnantes ce nouveau cru, qui, pour la petite information, est le remake du film norvégien éponyme réalisé par Erik Skjoldbjaerg (à vos souhaits !!). De fait, il remporte le London Film Critics Circle Awards pour le réalisateur britannique de l’année. Nombre de nominations suivront dans la foulée.
Cependant, Insomnia a ce syndrome du film méconnu, alors que son réalisateur est reconnu internationalement. Il est vrai que Inception, Interstellar et sa trilogie Batman seront systématiquement ressortis quand on cite les classiques. Moi-même, je dois bien avouer ne pas avoir découvert le cinéaste avec ce titre. Que peut-on-en dire de plus ?

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 ATTENTION SPOILERS : Will Dormer, un policier expérimenté et désabusé, est envoyé en Alaska pour enquêter sur le meurtre sordide d'une adolescente. Lui et ses hommes montent une embuscade et repèrent le tueur, mais celui-ci parvient à s'enfuir. Will le prend en chasse mais le perd de vue dans l'opaque brouillard. Il voit une ombre qui pointe une arme à feu et tire. Lorsqu'il s'approche du corps, il découvre qu'il vient de tuer Hap, son partenaire. Instinctivement, il prend le pistolet qu'a auparavant laissé tomber le tueur dans sa fuite et le place près de Hap pour dissimuler sa culpabilité. Walter Finch, le meurtrier, a vu faire Will. Il le menace de le dénoncer s'il ne ferme pas rapidement le dossier en accusant l'ancien petit ami de la victime d'être responsable des deux meurtres.
Will ne peut laisser Walter s'en tirer aussi facilement. Cependant, l'absence de sommeil l'empêche d'avoir les idées claires.

Pour ce thriller, Nolan a de réelles ambitions et cherche à se démarquer du polar classique en optant pour une approche différente. Pourtant, on ne peut pas dire que le schéma narratif est riche d’originalité. Un inspecteur se rendant dans une petite bourgade frappée d’un meurtre sauvage et dont le meurtrier reste insaisissable. On a vu mieux dans l’absolu mais, néanmoins, l’appréciation se fait très vite sentir lorsque nous voyons cet hélicoptère survolant ces superbes paysages enneigés. A défaut de choisir des grandes cités, le réalisateur va préférer l’Alaska. Un lieu pour les amoureux de la nature où la tranquillité, le contact avec les animaux et les éléments sont palpables, et, à côté, la pollution tant visuelle que respiratoire et auditive semblent n’avoir jamais existé. Sans vouloir dériver la chronique dans une atmosphère typée Ushuaïa Nature, choisir un tel cadre fut judicieux. 
Le calme apparent n’est qu’une façade. Là où la mégapole créait l’oppression et l’obscurité par ses ruelles propices aux pires choses possibles, l’Alaska symbolise l’ouverture et l’évasion. En brisant ce ressenti inconscient, Nolan bouscule d’emblée les codes établis. Mieux encore, il met en scène un inspecteur à la personnalité torturée, hanté par un passé pas très intègre, si je puis dire. Renfermé sur lui-même, froid comme le blizzard, il a bien du mal à susciter une certaine sympathie de notre part.

Il est le personnage rêvé pour servir de cobaye face à l’un des éléments censés être le plus rassurant : la lumière. Vous devez sans doute déjà avoir entendu parler du fameux soleil de minuit. Un phénomène se produisant aux alentours du solstice d’été aux hautes latitudes situées au-delà des cercles polaires arctique et antarctique. Ceci dit, la ville de Nightmuteen, où se déroule l’histoire, est située plus de 6 degrés au-dessous du cercle polaire arctique. Donc si le soleil de minuit n’est pas d’actualité à cet endroit du globe, la nuit blanche est bien réelle. Le soleil disparaît sous l’horizon mais laisse subsister une lumière crépusculaire durant toute la nuit.
Dans ces conditions, il ne faut pas avoir un QI de plus de 200 pour se douter qu’un événement aussi majestueux soit il peut avoir des conséquences très dérangeantes pour un être humain non habitué à cela. Vecteur d’insomnies, ce soleil omniprésent déstabilise mentalement Will Dormer. Les idées vacillantes, le caractère de plus en plus irritable font qu’une inévitable plongée mentale sera à craindre. Celle-ci ne mettra d’ailleurs pas longtemps avant de se produire lorsque Will commettra l’irréparable en tuant son coéquipier accidentellement dans une brume opaque. Désappointé par un tel acte qui, à coup sûr, compromettra une carrière déjà empreinte de polémique, il maquillera la scène pour faire croire qu’il a été tué par ce mystérieux tueur de l’ombre. Egoïsme primaire et déshumanisation totale, Will s’éloigne de toute intégrité possible et semble bien loin de la notion même des forces de l’ordre régie sous la bannière de l’honneur.

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Mettre à jour la vérité, promouvoir la justice et démêler le vrai du faux, autant d’éthique balayée d’un revers de main juste par pur but opportuniste. Après coup, Will se montre de plus en plus perturbé. Hanté par le spectre de son acolyte, désormais macchabée, ses nuits n’en seront que plus cauchemardesques, amplifiant l’insomnie. Will refuse de voir la vérité en face. Il refuse de se dire qu’il a bafoué la mémoire de Hap en mentant. Il mettra tout sur le compte de Walter Finch et décidera de se lancer dans une vendetta pour tenter de se racheter un ersatz de conscience qu’il ne retrouvera plus jamais.
Walter, lui, l’a vu et est motivé par le fait de devenir le chat et Will la petite souris qu’il torturera mentalement. Ravagé par tant de malheurs tombant sur sa tête, il se rend bien compte qu’il n’a plus aucune carte en main. Quant à l’assassin en question, il est une sorte de double de Will puisque lui aussi est incapable de vouloir faire face à ces actes. Sous couvert d’une intrigue policière qui aurait pu être, à première vue, bancale, Nolan développe une dimension philosophique sur la condition humaine malmenée et finalement peureuse, lâche quand il s’agit de répondre de ses actes.

Dans un jeu malsain s’opérant entre nos deux protagonistes, les événements sont admirablement bien jugulés. Aucun des deux n’est à sauver, si ce n’est que l’un a la police derrière lui. Insomnia ne choisit pas la carte de la révélation finale mais révèle vite le vrai visage du tueur. Un choix pour le moins judicieux, à l’instar de I Saw The Devil qui fonctionnait, dans l’absolu, selon le même principe. Ceci n'empêche aucunement le suspense et l'attraction de s'installer pour ne quitter le spectateur qu'au générique de fin. Un générique de fin loin des traditionnels happy-end à deux sous que beaucoup de cul-bénis ont l'habitude de nous sortir pour ne pas "choquer" un public trop habitué aux trames mielleuses. Sans monter dans des rythmes furieux, la brume opaque perturbe et la chute mentale opérée par celle-ci n'en sera que plus plaisante à y assister.
Clairement, aucun des deux n'en sortira totalement indemne. Là est toute la conséquence du mensonge et de la lâcheté. Tôt ou tard, le karma vous rattrape et vous fait payer durement ce que vous avez causé. Encore une fois, difficile de ne pas y voir un point de vue presque biblique.

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Nolan a su soigner son visuel avec érudition. Le territoire de l'Alaska, aussi majestueux que froid, ne nous a jamais paru aussi sombre. Le travail sur les lumières joue, bien sûr, beaucoup et on en déduira vite une image quelque peu obscure, loin de toute forme de chaleureux. Insomnia ne lésine pas sur les plans très aérés de toutes ces forêts et montagnes s'étendant à perte de vue. La bande sonore aux tonalités glaciales apporte de la consistance à un récit torturé. Pour terminer sur l'interprétation des personnages, Al Pacino crève sans sourciller l'écran dans le rôle de ce policier dépassé par la situation. Sa détérioration mentale s'accompagne d'une altération physique. Cernes, teint du visage très blanc, yeux vitreux auxquels s'ajoutent confusion, angoisse et paranoïa. Rarement un tel résultat n'aura été aussi époustouflant à l'écran. Un grand bravo aux maquilleurs d'avoir fait un boulot de titan !
On sera comblé de la présence de la belle tête d'ange de Robin Williams dans la peau de ce tueur psychopathique et vicieux. Ayant tout sauf l'aspect physique d'un serial-killer, il bouscule les conventions par le biais d'une interprétation géniale. Si je n'ai pas tout vu de sa filmographie, je me risque à dire qu'il trouve son rôle le plus noir. Enfin, Hilary Swank se débrouille correctement sans toutefois arriver à la maestria des deux principaux acteurs. 

Si Christopher Nolan est très fréquemment cité par les cinéphiles en devenir ou simplement les profanes, on en est bien à avouer qu'Insomnia n'est pas celui dont on parlera le plus, à défaut de ses productions récentes. Pourtant, autant dire que ce long-métrage remplit toutes les conditions pour se hisser parmi ses oeuvres les plus probantes. Eloigné d'une forme de divertissement qu'il acquerra dans le futur, le réalisateur accouche d'un récit bien plus mature, plus profond, plus lugubre, même plus pervers dans sa finalité. Il est vrai que si les dernières productions du cinéaste sont tout ce qu'il y a de plus recommandable, peu peuvent prétendre à atteindre un niveau d'intelligence que Insomnia possède.
Nombre de thématiques bénéficient d'une excellente analyse (insomnies, lâcheté, justice personnelle sous fond de cas de conscience, égoïsme, déshumanisation et j'en passe) qui passionnera à n'en point douter l'amateur de thrillers. Un cru on ne peut plus plaisant qui vous fera poser un regard neuf sur cet élément météorologique qui est la brume. Qui pourrait croire qu'un tel désastre découlera d'une simple brume ? 

 

Note : 17/20

 

 

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