the nightmare 2015

Genre : horreur, épouvante, documentaire (interdit aux - 12 ans)
Année : 2015
Durée : 1h37

Synopsis : Et si l’on vous disait que chaque nuit, quand vous vous endormez, que vous n’êtes pas seul ? Que vous êtes entouré de forces obscures qui rodent et vous observent ? Et si l’on vous disait que vous pourriez vous réveiller paralysé, sans défense, avec ces ombres à vos côtés ? Et si l’on pouvait vous prouver que cela arrive vraiment ? C’est ce que Rodney Ascher démontre dans The Nightmare. Malgré son sujet terrifiant, ce n’est pas un film de fiction mais un documentaire présentant des événements et phénomènes réels racontés par ceux qui les ont vécus. « Ce n’est pas un cauchemar. C’est réel. Je le sais. »  

La critique :

Depuis le succès inopiné du premier Paranormal Activity (Oren Peli, 2007), les activités paranormales, les fantômes et autres élucubrations à consonance luciférienne ont signé leurs rémanences et leurs réminiscences, que ce soit dans les salles obscures ou via le support vidéo. Corrélativement, James Wan a renié et rabroué le torture porn et son thriller machiavélique (Saw en 2004) pour endosser les oripeaux du nouveau parangon de l'épouvante avec Dead Silence (2007), Insidious (2011), Insidious : chapitre 2 (2013), Conjuring : les dossiers Warren (2013) et Conjuring 2 : le cas Endfield (2016). Même William Friedkin, l'illustre réalisateur de L'Exorciste en 1973, a subrepticement décidé de revenir aux fondamentaux de l'horreur avec le récent The Devil and Father Amorth (2018), convoquant un véritable exorcisme afin de déceler la genèse et les entrailles profondes du mal.

Un concept mutin. Pourquoi inventer, imaginer ou ratiociner sur des scénarii exsangues et déjà réitérés à moult reprises quand il s'agit, tout simplement, de sonder des faits bien réels, tout du moins des témoignages relatant une souffrance intérieure et irrationnelle ? Tel est par ailleurs le paradigme de The Nightmare, réalisé par les soins de Rodney Ascher en 2015. De facto, The Nightmare n'est ni vraiment un documentaire (ce qu'il prétend être), ni un vrai film d'horreur dans la pure tradition du genre, mais plutôt une introspection philosophique sur la genèse de nos cauchemars et de nos peurs les plus reptiliennes. En outre, le long-métrage de Rodney Ascher se polarise sur un phénomène encore méconnu des sciences psychiatriques et médicales, à savoir la paralysie du sommeil.
Selon le CIRCEE (Centre d’Information, de Recherche et de Consultation sur les Expériences Exceptionnelles), la "paralysie du sommeil
est un trouble du sommeil qui advient à l’endormissement (état hypnagogique) ou au réveil (état hypnopompique).

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Caractérisée par l’impossibilité de bouger ou de parler, elle est souvent associée à une sensation de présence inquiétante et à des hallucinations. L’état de paralysie dure généralement de quelques secondes à plusieurs minutes. C’est un trouble du sommeil relativement fréquent : 20% de la population en aurait fait l’expérience, en particulier lors de l’adolescence. Ce trouble qui survient lors d’états intermédiaires entre la veille et le sommeil se produit le plus souvent au moment du réveil matinal ou à la fin d’une sieste au cours de la journée. La paralysie peut se produire quelle que soit la position du corps, mais elle a lieu plus fréquemment quand le dormeur est étendu sur le dos.
Dans cette condition, le dormeur qui se réveille se sent complètement paralysé, incapable de bouger les membres, de parler ou de crier.

Cet état désagréable peut durer de quelques secondes à plusieurs minutes. L’expérience est souvent d’autant plus mal vécue que, dans les deux tiers des cas, elle s’accompagne d’hallucinations hypnagogiques visuelles ou tactiles. Aussi elle est souvent associée à une intense sensation d’épouvante et de terreur" (Source : http://circee.org/?La-paralysie-du-sommeil). D'une façon générale, la paralysie du sommeil est plus communément appelée et connue sous les termes de terreurs nocturnes. Quant à Rodney Ascher, le metteur en scène américain s'est notamment illustré avec Room 237 (2012), un autre documentaire qui a suscité les invectives et les quolibets en son temps.
Le réalisateur peut également s'enhardir d'une participation remarquée à un segment du film The ABCs of Death 2 (2014).

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En l'occurrence, The Nightmare n'a pas bénéficié d'une sortie au cinéma et a dû se contenter d'une sortie élusive en DTV (direct-to-video). A contrario, le métrage s'est distingué dans plusieurs festivals, entre autres lors du festival de Sundance, durant lequel il a provoqué quelques cris d'orfraie. En sus, The Nightmare s'est taillé une solide réputation sur la Toile et les réseaux sociaux, surtout auprès des thuriféraires du paranormal et autres activités méphistophéliques. Même les critiques se montrent plutôt flatteuses et panégyriques envers ce documentaire fictionnel.
Pour l'anecdote digressive, j'ai volontairement mentionné les noms de Heather Langenkamp et de Johnny Depp dans les tags puisque les deux acteurs apparaissent dans le film via un extrait élusif de Les Griffes de la Nuit (Wes Craven, 1984).

Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse de The Nightmare ! Attention, SPOILERS ! Et si l’on vous disait que chaque nuit, quand vous vous endormez, que vous n’êtes pas seul ? Que vous êtes entouré de forces obscures qui rodent et vous observent ? Et si l’on vous disait que vous pourriez vous réveiller paralysé, sans défense, avec ces ombres à vos côtés ? Et si l’on pouvait vous prouver que cela arrive vraiment ? C’est ce que Rodney Ascher démontre dans The Nightmare. Malgré son sujet terrifiant, ce n’est pas un film de fiction mais un documentaire présentant des événements et phénomènes réels racontés par ceux qui les ont vécus. « Ce n’est pas un cauchemar. C’est réel. Je le sais. ».
A l'aune de ce synopsis, difficile de ne pas s'enthousiasmer, voire de s'égayer devant les rhétoriques fantasmagoriques de The Nightmare

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Malicieux, Rodney Ascher interroge plusieurs personnes (huit au total) pour décrypter des cauchemars d'une terreur insondable. Ainsi, chaque témoin relève des apparitions récurrentes lors de rêves épouvantables. La plupart de ces apparitions correspondent à des ombres énigmatiques et malfaisantes qui viennent tarabuster les personnes impuissantes et gisant dans leur lit. La parapsychologie se heurte ici à toute explication rationnelle, pragmatique et/ou médicale. Pour nos sciences modernes, la paralysie du sommeil ne serait qu'une conséquence de nos anxiétés majorées par des troubles remontant à la période juvénile. Une théorie évidemment vilipendée hargneusement par les victimes de terreurs nocturnes.
Pour ces mêmes témoins, la paralysie du sommeil serait en corrélation avec des univers parallèles et se télescoperait avec la théorie des multivers.

Par conséquent, ces ombres malaisantes seraient les écueils et les corolaires d'une porte pluridimensionnelle. Certes, de telles scansions apparaissent comme de belles affabulations, tout du moins, en apparence. Toutefois, n'oublions pas que des films tels que Les Griffes de la Nuit et Insidious évoquent soit l'existence d'une créature qui se nourrit de nos peurs ancestrales et de nos cauchemars (c'est le cas de A Nightmare on Elm Street), soit du voyage astral (donc Insidious de James Wan). Dans le dernier cas, certains individus posséderaient la faculté de se téléporter la nuit dans une autre dimension ou réalité, soit une dimension onirique nimbée par les ténèbres et des monstres dolichocéphales qu'il est préférable d'esquiver. Certes, The Nightmare n'apporte pas vraiment d'explication sur le phénomène de la paralysie du sommeil, mais il parvient à imposer l'effet recherché, à savoir provoquer quelques tressaillements inopinés auprès du spectateur effarouché.
Sur ce dernier point, le film de Rodney Ascher remplit parfaitement son office et se révèle plutôt captivant sur la durée.
Cependant, The Nightmare n'est pas exempt de tout reproche. Le métrage défend ostensiblement les victimes de paralysie du sommeil et opte pour la théorie fantasmagorique. A aucun moment, Rodney Ascher ne confronte les positions des victimes de terreurs nocturnes à des spécialistes médicaux et émérites de la question. En résulte un documentaire fiction assez partial, mais paradoxalement bien plus terrifiant que la grande majorité des productions d'épouvante qui sortent directement en vidéo.


Note : 13.5/20

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