un justicier dans la ville 2 film

Genre : action (interdit aux - 16 ans)
Année : 1982
Durée : 1h28

Synopsis : L'architecte Paul Kersey vit à Los Angeles avec sa nouvelle compagne, Geri. Mais sa fille est violée par des voyous et se suicide. Paul va à nouveau se faire justice lui-même...  

La critique :

Si le vigilante movie signe ses tous premiers balbutiements via la sortie de L'Inspecteur Harry (Don Siegel, 1971), ce sous-genre cinématographique acte véritablement sa naissance quelques années plus tard avec Un Justicier dans la Ville (Michael Winner, 1974). Le long-métrage de Michael Winner se polarise sur les pérégrinations criminelles de Paul Kersey, un vulgaire quidam sévèrement courroucé suite au meurtre de sa femme et au viol de sa fille. La nuit, le justicier effarouché arpente les rues sordides et étriquées de New York pour nettoyer la ville de la racaille et d'une violence inextricable.
Hélas, sa quête de vengeance reste aléatoire et finalement chimérique. Si Paul Kersey abat sommairement quelques crapules subsidiaires, il ne retrouve pas ceux qui ont rudoyé, molesté et massacré sa famille. Les fêlures sont profondes et incoercibles.

Néanmoins, cette vengeance inexpugnable et expéditive alerte immédiatement la presse et les journaux télévisés. L'arrivée inopinée de ce justicier énigmatique interroge sur l'incapacité de la justice et de la société à réfréner le crime et les ardeurs sociopathiques. Succès pharaonique oblige, Un Justicier dans la Ville engendre et inspire de nombreux épigones. Les thuriféraires du genre citeront aisément des films tels que Vigilante - Justice Sans Sommation (William Lustig, 1983), Exterminator - Le Droit de Tuer (James Glickenhaus, 1980), Death Sentence (James Wan, 2007), Justice Sauvage (John Flynn, 1991), Taxi Driver (Martin Scorsese, 1976), ou encore Légitime Violence (Serge Leroy, 1982). A son tour, Un Justicier dans la Ville se transmute en une pentalogie avec Un Justicier dans la Ville 2 (Michael Winner, 1982), Le Justicier de New York (Michael Winner, 1985), Le Justicier Braque les Dealers (J.Lee Thompson, 1987) et Le Justicier : L'Ultime Combat (Allan A. Goldstein, 1994).

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Récemment encore, Eli Roth, le réalisateur de Cabin Fever (2002) et d'Hostel (2006), s'est attelé au remake avec Death Wish (2018). Aujourd'hui, c'est le cas du deuxième chapitre - donc Un Justicier dans la Ville 2 au cas où vous n'auriez toujours pas compris - qui fait l'objet d'une chronique dans nos colonnes. A l'origine, c'est le cacographe de l'opuscule originel, Brian Garfield, qui a écrit cette suite logique et inhérente au premier épisode. Le roman s'intitule justement Death Sentence et se veut être la réponse véhémente à l'adaptation cinématographique.
Brian Garfield s'estime lésé et leurré par le film de Michael Winner. Pourtant, le metteur en scène américain rempile pour un second opus et doit se colleter avec les acrimonies et les irascibilités du scribouilleur. Après de longs atermoiements et d'interminables négociations, Yoram Globus et Menahem Golan produisent Un Justicier dans la Ville 2.

A l'origine, il était même convenu que ce soit Menahem Golan qui enfile les oripeaux de cinéaste émérite. Entre temps, Charles Bronson a hérité du sceau et du monogramme de Paul Kersey, un patriarche tuméfié et subrepticement étoilé par le cryptonyme de justicier. En sus, le comédien n'a jamais caché son extatisme ni son effervescence pour le retour de la Loi du Talion et d'une justice beaucoup plus radicale qui appliquerait, sans fard, la sentence capitale pour les renégats. Viennent également s'agréger Jill Ireland (la propre épouse de Charles Bronson à l'époque), Robin Sherwood, Vincent Gardenia, Ben Frank, Silvana Gallardo, Thomas F. Duffy et Laurence Fishburne.
Contrairement à son auguste devancier, Un Justicier dans la Ville 2 est loin de faire l'unanimité et désappointe les thuriféraires du premier chapitre. 

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Même les critiques et la presse spécialisée semonce et chapitre un deuxième volet qui prône, sans sourciller, le recours à des méthodes martiales pour punir les voyous. A contrario, d'autres critiques se montrent un peu plus pondérées et considèrent Un Justicier dans la Ville 2 comme le dernier opus valable d'une franchise atone et en désuétude. Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse du film. Attention, SPOILERS ! (1) Après avoir été le justicier de New York, Paul Kersey s’est installé à Los Angeles, où il a noué une relation avec une journaliste et où il a repris une vie d’architecte à succès.
Du coup, il espère que sa fille Carol va sortir du mutisme dans lequel elle est tombée après avoir été violée et après avoir vu sa mère assassinée. Hélas, au cours d’une sortie familiale, Paul se fait voler son portefeuille et prend les salopards en chasse.

Il réussit à en choper un, mais ce n’est pas celui qui lui a volé ses papiers. Tant pis, se dit-il, sans savoir que les bandits sont déjà chez lui en train de violer sa femme de ménage. Ils n’attendent plus que Paul pour lui faire sa fête. Plus costaud qu’ils ne l’imaginaient, ils parviennent malgré tout à l’assommer et à kidnapper sa fille. Après avoir été (encore) violée, la jeune muette s’enfuit en sautant par la fenêtre et s’empale sur une barrière. Paul Kersey va devoir renouer avec son passé de justicier (1). Certes, les années se sont égrenées depuis Un Justicier dans la Ville premier du nom, mais rien n'a changé pour Paul Kersey, désormais exilé dans la cité urbaine de Los Angeles.
Certes, l'homme, désormais chenu, s'est acoquiné avec une jolie blondinette.
Hélas, sa fille, Carol, reste encore traumatisée et dans un état de catatonie sévère suite au viol subi dans le premier volet. 

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Si le premier Death Wish se distinguait par son introspection matoise sur la violence, Death Wish 2 se débarrasse arbitrairement de toutes ces moralines sur la Loi du Talion. Même les criminels se nimbent de velléités sociopathiques et se révèlent finalement irrécupérables aux yeux d'une société retorse et pusillanime. De facto, autant les exterminer sans barguigner. Telle est la rhétorique partiale et rédhibitoire d'Un Justicier dans la Ville 2 qui scande solennellement le crime et le châtiment à l'américaine - selon le propre aveu de Paul Kersey - comme son principal leitmotiv.
Avant de se venger et de sillonner les rues atrophiées de New York dans le premier chapitre, Paul Kersey se questionnait, ergotait et ratiocinait sur son nouveau statut de bourreau atrabilaire. Un Justicier dans la Ville 2 omet ostensiblement toute réflexion sur l'application de la peine capitale.

Derechef, Carol est violée et se suicide sous les yeux ébaubis de ses nouveaux tortionnaires. Entre temps, ces derniers ont également assailli, outragé et supplicié Maria, la maîtresse de maison de Paul Kersey. Dans le cas de Carol, le viol est presque "accepté". En revanche, la seconde agression phallique est d'une violence inouïe et justifie l'interdiction aux moins de 16 ans du film. Indubitablement, les deux viols collectifs provoquent cette sensation de malaise et poursuivent le spectateur médusé tout au long de ce second chapitre. Pour le reste, Un Justicier dans la Ville 2 s'apparente à un vigilante movie de facture conventionnelle qui respecte à la lettre les codes et les dogmes intrinsèques de ce registre cinématographique.
En résumé, on "baigne" (si j'ose dire...) dans le pur produit du cinéma d'exploitation. En l'occurrence, Death Wish 2 flagornera sans doute un public peu exigeant en termes de qualités cinéphiliques. Opportuniste, Michael Winner applique la recette déjà éculée du premier épisode. Pourtant, la déception provient de Charles Bronson, curieusement monolithique et peu concerné par les nouvelles tribulations de son héros d'infortune.
Le pauvre comédien n'est cependant par aidé par le reste du casting. Par exemple, on pestiférera à raison contre la piètre performance de Jill Ireland, elle aussi en mode aboulique. Maigre consolation, Un Justicier dans la Ville 2 se montre suffisamment magnanime en termes d'action et de violence pour faire avaler le triste subterfuge, celui d'une saga désincarnée.
En outre, les chapitres suivants confineront définitivement la franchise dans les affres de la cancrerie et de la fastidiosité.

Note : 10/20

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(1) Synopsis du film sur : http://tortillapolis.com/critique-film-un-justicier-dans-la-ville-2-michael-winner-1982/