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Genre : drame, documentaire, shockumentary
Année : 2006
Durée : 1h38

Synopsis : L'histoire vraie de quatre jeunes Anglais partis célébrer le mariage d'un ami au Pakistan, leur pays d'origine, fin septembre 2001. Ils ne reviendront chez eux que 2 ans et demi plus tard après un séjour prolongé à la prison américaine de Guantanamo.   

La critique :

Indiscutablement, les attentats terroristes du 11 septembre 2001, fomentés et orchestrés par le groupe Al-Qaïda, ont radicalement changé la face du monde ; et pas seulement pour les Etats-Unis qui a vu les tours jumelles du Word Trade Center s'effondrer sous ses yeux ulcérés. Désormais, c'est l'ensemble du monde occidental qui est concerné par cette nouvelle guerre pernicieuse, factieuse et silencieuse. Certes, depuis les attentats du 11 septembre, Al-Qaïda s'est transmuté en une nouvelle menace obséquieuse et abominable. Son nom ? Daech, soit la conséquence d'une fusion, voire d'une coalition, entre Al-Qaïda et l'Etat Islamique irakien. Pour éradiquer ce phénomène hélas exponentiel, les Etats-Unis ont tenté d'instaurer la Terreur dans la région du Moyen-Orient.
Hélas, cette politique rigoriste a d'autant plus effarouché des factions terroristes subalternes.

L'Oncle Sam a désormais pour objectif de débusquer et de démasquer les complices, les dévots et les coupables, soit ceux qui ont ourdi les attentats du 11 septembre 2001. Toujours la même ritournelle... C'est dans ce contexte de belligérances que l'Amérique a créé le Camp de Guantànamo, une prison de haute sécurité, dans le Sud-Est de Cuba. Ce pénitencier était destiné à capturer et à claustrer des prisonniers lors d'opérations menées à l'étranger, en particulier en Irak et en Afghanistan. C'est sous la présidence de Barack Obama que les pratiques tortionnaires du Camp de Guantanamo seront dénoncées sous l'aval de plusieurs associations humanitaires et surtout par la Cour Suprême des Etats-Unis.
Mais pour les détenus en captivité, il faudra faire preuve de longanimité et patienter jusqu'à la fin du mandat de Barack Obama avant d'entrevoir une ouverture somme toute cachectique.

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Evidemment, plusieurs films et/ou documentaires seront réalisés dans la foulée et vitupéreront les conditions de détention des prisonniers. Les films et les documentaires les plus notables et notoires se nomment Survivre à Guantanamo : l'histoire vraie de Murat Kurnaz (Stefan Schaller, 2013) et The Guard (Peter Satller, 2014). Vient également s'apposer The Road to Guantànamo, réalisé par les soins de Michael Winterbottom et Mat Whitecross en 2006. Cinéaste, producteur et scénariste britannique, Michael Winterbottom a démarré sa carrière cinématographique en officiant dans le monde télévisuel. Au cinéma, on lui doit notamment Butterfly Kiss (1995), Jude (1996), Bienvenue à Sarajevo (1997), Wonderland (1999), 9 Songs (2004), Un été italien (2008), The Killer Inside Me (2010), La Stratégie du Choc (2010) et dernièrement L'affaire Jessica Fuller (2014).

Vous l'avez donc compris. On tient donc là un metteur en scène polémique et habitué aux anathèmes et aux quolibets. En ce sens, The Road to Guantanamo ne fait pas exception. Sur la forme, The Road to Guantanamo fait office de documentaire fiction, néanmoins basé sur l'histoire vraie de trois citoyens britanniques (Ruhal Ahmed, Asif Iqbal et Shafiq Rasul) originaires de la ville de Tipton. D'une façon générale, The Road to Guantanamo sera plutôt bien reçu par les critiques, les médias et les réseaux sociaux, unanimement panégyriques.
En outre, le scandale concerne surtout l'affiche du documentaire, jugé beaucoup trop virulente. La MPAA, la censure américaine, enjoint Michael Winterbottom à euphémiser ses ardeurs et à retirer prestement ces hommes affublés de lunettes noires de son affiche à priori racoleuse.

 

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Hélas (ou heureusement, vous choisirez...), la requête de la MPAA ne sera pas ouïe par le cinéaste impertinent. The Road To Guantanamo va même s'arroger plusieurs récompenses et notamment l'Ours d'argent du meilleur réalisateur lors du festival de Berlin en 2006. Reste à savoir si ce documentaire fictionnel mérite (ou non) de telles courtisaneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... La distribution du film risque de ne pas vous évoquer grand-chose, à moins que vous connaissiez les noms de Riz Ahmed, Farhad Harun, Waqar Siddiqui et Afran Usman ; mais j'en doute...
Pour l'anecdote, la plupart des tortures mentionnées dans le long-métrage "ont été ont été édulcorées pour le bien des acteurs (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Road_to_Guantánamo). Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse du documentaire.

Attention, SPOILERS ! (1) Alors qu'ils s'offraient un road trip au Pakistan, leur terre d'origine, à l'occasion du mariage de l'un d'eux, quatre amis se sentent pousser des ailes altruistes. Ils décident d'aller juger de l'horreur de cette guerre qui fait des ravages à deux pas de leur localisation actuelle, en Afghanistan. Idée peu inspirée : il suffira de quelques malheureux concours de circonstance, du chaos infligé au pays par les bombes pour les conduire à Guantanamo, entre les mains de bourreaux à la Carrie Mathison, décidés à les entendre évoquer leur affiliation à Al-Qaida de quelque façon que ce soit (1). Nonobstant les apparences, à savoir le documentaire à caractère fictionnel, The Road To Guantànamo est un long-métrage éminemment politique, voire idéologique.
Pour réfréner les ardeurs terroristes, il faut instaurer la Terreur et inspirer la peur, quitte à arrêter et à torturer de vulgaires quidams aléatoires. 

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Conséquence : cette politique coercitive engendra encore davantage de sentiments belliqueux vis-à-vis d'une nation jugée comme un oppresseur. De facto, tous les pays en coalition avec Les Etats-Unis (la Grande-Bretagne et la France, entre autres) paieront très cher ces accointances ostensibles, voire ostentatoires. Ce n'est pas seulement l'Amérique qui doit être punie, rudoyée voire exterminée, mais l'Occident dans sa globalité. Le Camp de Guantànamo apparaît dès lors comme la rémanence et la rémiscence des camps de concentration nazis.
Si les prisonniers ne sont pas gazés, ils sont néanmoins rasés, puis claustrés dans des cages, au pire empilés comme de vulgaires animaux agonisant sur leur sort ; ou de leurs excoriations provoquées par des interrogatoires fastidieux, amphigouriques et interminables.

La violence n'est pas seulement physique. La torture est avant tout mentale et cherche à avilir les esprits les plus réfractaires. On se croirait presque dans le remake du film L'Aveu (Costa-Gavras, 1971). Quatre amis, totalement étrangers à cette nouvelle guerre, seront les victimes ingénues de ces martialités contre le terrorisme. Ce dernier doit à tout prix revêtir un visage. Peu importe lequel par ailleurs, tant qu'il est (de préférence) barbu et le teint halé. The Road To Guantànamo permet également d'introspecter sur la manipulation médiatique, mais aussi sur nos réflexes les plus archaïques. Evidemment, il serait bien aisé de penser que le terrorisme sera évincé par la "Terreur" et le retour inopiné de la peine capitale. Or, le sujet est complexe et mérite une analyse précautionneuse.
On tient donc ici un documentaire proéminent, peut-être un brin longuet et rébarbatif durant sa première partie, mais c'est juste histoire d'ergoter, voire de ratiociner...

 

Note : 15/20

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(1) Synopsis du film sur : https://www.senscritique.com/film/The_Road_to_Guantanamo/critique/36938946