burning moon 1992

 

Genre : horreur, gore, trash, extrême, underground, expérimental (interdit aux - 18 ans)
Année : 1992
Durée : 1h38

Synopsis : Peter, un délinquant aimant la violence doit garder sa petite soeur Annette mais au lieu de lui lire de belles histoires il la terrorise en lui racontant des histoires de zombies.

La critique :

Pour ceux et celles qui affectionnent le cinéma trash, underground et extrême, ils connaissent forcément le nom d'Olaf Ittenbach, un cinéaste germanique qui s'est illustré dès son tout premier long-métrage, Black Past (1989). Nanti d'un budget impécunieux, cette série B (série Z...) érubescente estourbit durablement les persistances rétiniennes en proposant un curieux maelström entre gore, affabulations psychiques et mentales, onirisme morbide et toute une litanie d'exactions et d'ignominies à base d'éviscérations, de zombies putrescents et d'une chair abondamment déversée sur la caméra rougeoyante. Mais résumer Black Past à une oeuvre exclusivement putride et sanguinolente serait particulièrement réducteur. Le premier métrage d'Olaf Ittenbach reste avant tout une oeuvre auteurisante, visiblement en irascibilité et en dissidence contre les préceptes et les dogmes ecclésiastiques.

De surcroît, le film dénote par son caractère iconoclaste et ses cajoleries ostensibles envers l'art de la pataphysique. Vous l'avez donc compris. A travers Black Past, Olaf Ittenbach réalise une oeuvre personnelle, inclassable, ésotérique et nihiliste qui côtoie à maintes reprises les rites sataniques et démonologiques. C'est sûrement pour cette raison que le film a autant déchaîné les passions et les réprobations ulcérées de la censure. Black Past écope logiquement d'une interdiction aux moins de 18 ans et ne bénéficie évidemment pas d'une exploitation dans les salles obscures. A contrario, le long-métrage s'arroge une réputation sulfureuse via le support vidéo.
Avec les années, Black Past devient cet objet rarissime, déifié, pontifié et inlassablement recherché par les thuriféraires du cinéma trash et extrême.

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A raison, Olaf Ittenbach jubile. Sa seconde réalisation, intitulée The Burning Moon et sortie en 1992, se doit de marcher, peu ou prou, dans le même continuum. A l'instar de son auguste devancier, The Burning Moon va lui aussi déclencher les invectives et les anathèmes de la censure. Olaf Ittenbach n'a cure des exhortations et des instigations de ses contempteurs et réitère les animosités méphitiques via une oeuvre eschatologique divisée en deux segments bien distincts. Derechef, The Burning Moon va s'auréoler d'une réputation harangueuse.
Durant la décennie 1980, The Burning Moon est même répertorié parmi les films les plus violents, extrêmes et barbares jamais réalisés. Reste à savoir si le métrage mérite ou non de telles objurgations. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique...

Paradoxalement, The Burning Moon est souvent considéré comme le ou l'un des films les plus aboutis d'Olaf Ittenbach. Le long-métrage est donc ponctuellement cité, adoubé, adulé et encensé par les laudateurs du cinéma trash en général et du cinéma underground germanique en particulier. Olaf Ittenbach corroborera cette dilection pour le gore et l'hémoglobine avec Premutos : the fallen angel (1997), Legion of the Dead (2001), Beyond the Limits (2003), Garden of Love (2003), Chain Reaction (2006), ou encore Dard Divorce (2007). La distribution de The Burning Moon se compose d'Olaf Ittenbach (à la fois devant et derrière la caméra), Andrea Arbter, André Stryi, Susanne Nebbe, Sonja Berg, Ivo Tischler et Alfons Siglechner. Attention, SPOILERS !
Peter, (1) un jeune délinquant, et ses amis se mesurent à une autre bande.

Plus tard, en rentrant chez lui, il se querelle avec ses parents qui veulent qu'il s'occupe de sa petite soeur. Après leur départ, Peter se drogue puis va raconter deux histoires à sa soeur pour l'endormir. La première histoire raconte la fuite d'un serial killer amoureux d'une jeune fille. Classique, il cherche l'amour. Une jeune fille qui l'aimerait entièrement. Malheureusement, il est un peu trop possessif et expressif... Il massacre toute la famille de la pauvre fille, effrayée par ses actes passés. Dans la seconde histoire, un prêtre passionné de magie noire viole et sacrifie des jeunes filles en dehors de ses heures d'office. Les habitants du bourg ne se doutent pas qu'il puisse être le coupable et soupçonnent "l'idiot" du village, qui est d'ailleurs protégé par le prêtre. Mais lorsque le prêtre se suicide pour "rejoindre" son maître Satan, les villageois se défoulent sur le pauvre bougre et payent l'un des leurs pour le tuer. 

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La nuit venue, le prêtre rappelle son protégé d'entre les morts afin qu'il se venge de son meurtrier pour ensuite envoyer ce dernier brûler en Enfer. Les deux histoires n'ayant apparemment pas plu à la petite soeur qui ne s'est pas endormie, le jeune homme la poignarde avant de se mettre une balle dans la tête (1). Indubitablement, via The Burning Moon, Olaf Ittenbach se pare de nouvelles ambitions narratives et aspire à réaliser le film gore qui l'érigera vers des sommets de gloire et de reconnaissance. Encore une fois, ce n'est pas aléatoire si The Burning Moon est considéré comme la quintessence du style condescendant d'Ittenbach. Pourtant, sur le fond comme sur la forme, le métrage s'apparente à la suite logique de Black Past puisqu'il épouse peu ou prou les mêmes thématiques anticléricales.
Seule la première partie, par ailleurs antagoniste à la seconde, fait figure d'exception puisqu'elle suit les pérégrinations meurtrières d'un serial killer.

Après un préambule un brin longuet et faconde, le premier segment fait honneur au cinéma du réalisateur germanique. Que les amateurs de sensations fortes se rassérènent ! Olaf Ittenbach se montre toujours aussi magnanime en termes de tripailles et de viscères abondamment versées sur l'écran ensanglanté. Les thuriféraires du cinéma trash et underground seront donc en terrain connu et quasiment conquis. Surtout, The Burning Moon peut s'enhardir de trucages et de maquillages cérémonieux... Tout du moins, pour une oeuvre des années 1980...
A certains moments, on décèlera quelques carences et subterfuges matois, notamment ce mannequin en mousse laborieusement écrabouillé par un véhicule de passage...
En sus, on se demande pourquoi la victime du tueur en série, une fois de retour chez elle, n'alerte pas immédiatement les autorités policières...

On fermera également les esgourdes sur les nombreuses conversations sibyllines. En ce sens, le second segment est un peu plus surprenant que son devancier. Olaf Ittenbach propose une sorte de remake de Black Past en raillant et en admonestant le catholicisme qu'il juge ignare, fallacieux, pernicieux et finalement aux prises avec des forces satanistes et inexpugnables. Pis, les prêtres seraient même flagornés par la tentation d'embrasser le meurtre et le péché. Telle est la scansion dogmatique d'un Olaf Ittenbach courroucé : "L'âme est de bonne volonté, mais la chair est faible". Dès lors, bienvenue dans un festival d'agapes et de priapées particulièrement rutilantes !
Au menu des tristes réjouissances, le spectateur éberlué assistera béatement à plusieurs saynètes d'anthropophagie, d'énucléation et d'intestins dilacérés par des zombies carnassiers. Tout un programme ! Certes, avec The Burning Moon, Olaf Ittenbach a considérablement gagné en narration et en technicité. Paradoxalement, nonobstant ses nombreuses fulgurances gore, The Burning Moon se révèle, à nos yeux, inférieur à Black Past. Sur la forme, ce deuxième long-métrage ne fait donc que rééditer les exploits mortifères de son illustre homologue.

 

Note : 11/20

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(1) Synopsis du film sur : http://www.sueursfroides.fr/critique/burning-moon-the-137 (chronique de The Burning Moon par André Quintaine, 22/12/2009)