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Genre : Horreur, épouvante, trash (interdit aux - 16 ans)

Année : 2006

Durée : 1h03

 

Synopsis :

Dans le Japon du XIXème siècle, un journaliste américain espérant retrouver l'amour qu'il avait laissé derrière lui, s'aventure sur une île mystérieuse où le seul refuge est une maison close. Passant la nuit avec une femme énigmatique, il apprendra à ses dépens que remuer le passé peut conduire à ses pires cauchemars.

 

La critique :

A n'en point douter, les anthologies horrifiques ont marqué à maintes reprises des générations de cinéphiles comme les profanes. Déjà en 1963, Leslie Stevens terrifia les foules avec sa série de 49 épisodes en noir et blanc nommée Au-delà du Réel. Par la suite, en 1967, Larry Cohen oblitérait, dans un contexte de guerre froide, sur une question aussi ésotérique que perturbante : Sommes-nous seuls dans l'univers ? Avec Les Envahisseurs, se distillait un climat de malaise, quand bien même la série fut classée dans le registre de la science-fiction. En 1989 arrivait la série Les Contes de la Crypte où l'horreur et le fantastique s'énamouraient d'un brin d'humour noir. De même, la série Chair de Poule, destinée aux enfants, berça leur sommeil (ou non !).
S'ajoutait aussi le concept des films à sketch avec The Theatre Bizarre et The ABCs of Death qui se lorgnaient de sympathiques critiques. Si American Horror Story est la dernière réelle anthologie d'horreur, à ma connaissance, il ne faudrait pas oublier la mythique Masters of Horror, une série télévisée américaine en 26 épisodes de 55 min chacun, créée par Mick Garris et diffusée entre 2005 et 2007 par la chaîne Showtime. 

Parallèlement, Plug RTL s'enorgueillit d'une diffusion en fin de soirée pour les amateurs d'une horreur plus transgressive que celle des blockbusters à succès. Divisée en deux saisons de 13 épisodes chacun sans aucun rapport entre eux, l'interdiction aux moins de 16 ans généralisée fut sans appel. La particularité de Masters of Horror est d'avoir été réalisée par de grands noms du cinéma d'horreur et d'épouvante à l'instar de Dario Argento, Joe Dante et John Carpenter, mais aussi par des nouveaux venus : Lucky McKee, Rob Schmidt ou Ernest Dickerson. On sera aussi ravi de retrouver l'enfant japonais turbulent dénommé Takashi Miike que nous ne présentons plus.
Le cinéaste nous l'a plus d'une fois fait savoir qu'il n'aimait pas le politiquement correct. Audition, Visitor Q et Ichi The Killer sont là pour nous le rappeler. Sollicité pour les besoins de la série, c'est un défi qui attend le nippon qui accouchera de son dernier venu de l'époque, j'ai nommé Imprint, plus connu par chez nous sous le nom de La Maison des Sévices. Si Masters of Horror ne se refusait aucune excentricité dans l'horreur décomplexée, Showtime se retrouva bel et bien dans l'embarras face au produit final jugé trop choquant et violent. L'épisode ne sera jamais diffusé aux Etats-Unis, tandis qu'il sera intégré au coffret DVD. Vous ne serez pas étonnés que ce moyen-métrage suscita l'intérêt du blog.

 

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ATTENTION SPOILERS : Dans le Japon du XIXème siècle, un journaliste américain espérant retrouver l'amour qu'il avait laissé derrière lui, s'aventure sur une île mystérieuse où le seul refuge est une maison close. Passant la nuit avec une femme énigmatique, il apprendra à ses dépens que remuer le passé peut conduire à ses pires cauchemars.

Le souci récurrent de n'importe quelle anthologie de ce genre tient dans le fait de fournir une qualité constante en essayant de dévier le moins possible dans la qualité moyenne, voire le médiocre. Ne vous attendez pas à ce que vos souhaits soient exaucés pour n'importe quelle série de ce genre. Il faudrait bien être naïf pour le penser, bien malheureusement. En ce qui me concerne, le grand gagnant des meilleurs métrages est Dario Argento avec l'effrayant Jeniferinstigateur d'anciennes terreurs nocturnes engendrées après être tombé dessus à la TV alors que je n'avais que 12 ans (que de beaux souvenirs...) et le très sanglant J'aurai leur peau, au grand dam de certains navets tels Le Cauchemar de la Sorcière et Vote ou Crève. L'oeuvre de Miike peut-elle s'inscrire dans le haut du panier ? Le visionnage fut-il une belle gageure ? A première vue, rien qui ne donne envie vu le synopsis fade, bateau, insipide. Cependant, sa réputation du métrage le plus trash de Masters of Horror n'exhortera pas à passer outre. Une histoire d'apparence simple : un américain vient retrouver la femme qu'il aime, une geisha, sur une île glauque où seuls les chefs semblent être les trafiquants humains. Une vieille marâtre dominatrice et sadique et de l'autre un freak s'identifiant à une poule.
Dans les cages, des dizaines de femmes exploitées, suppliant l'étranger de passer une nuit avec elles. Le mot d'ordre sur l'île est apparenté à celui d'une industrie fondée sur le principe de rentabilité à tout prix.

Les geishas sont tenues de ramener un certain nombre de clients pour pouvoir être nourries. La traite de ces esclaves considérées comme des vagins sur pattes est totale. Véritable allégorie du capitalisme réduisant à quia des humains rabaissés dans leur être et leur humanité, Miike apporte un propos pour le moins inattendu en terme de second niveau de lecture. Bien sûr, on ne sera pas là pour ça et ce qui nous intéresse est l'histoire en elle-même. Après avoir choisi la plus énigmatique des geishas, une jeune fille réservée au visage déformé à la naissance, celle-ci lui apprend, dans la chambre réservée, que sa dulcinée est morte pendue. C'est le début de la plongée en enfer pour Christopher, exigeant de connaître toute l'histoire. Seulement, certains secrets ne doivent pas être révélés et celui-ci l'apprendra à ses dépens. Avant toute chose, il est inutile de voir en La Maison des Sévices une éventuelle pellicule racoleuse, même si le titre pourrait le laisser penser. Contre toute attente, Miike va se lancer dans la réalisation d'un véritable conte, à la fois mystique et jusqu'au-boutiste.
Un conte pour adultes bien préparés aux cruautés auxquelles ils devront faire face, bien malgré eux. Deux récits vont alors suivre : un premier récit mensonger que Christopher refusera de croire et le deuxième récit correspondant à la réalité. Si ces deux histoires restent sensiblement les mêmes, la finalité se fera dans le destin de la bague de jade de la maquerelle, ayant mystérieusement disparu.

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La cruauté va alors se profiler face à nos yeux ébahis, confirmant le pourquoi de son interdiction de diffusion. Dans une atmosphère macabre, Komomo va subir les affres de geishas sadiques et tortionnaires. Par l'entremise d'un bourreau, elle sera ligotée et suspendue pour avoir la peau brûlée à vif et être transpercée par de longues aiguilles plantées en-dessous des ongles et dans les gencives, faisant apparaître un visage cauchemardesque. L'affiche a le mérite de vous dire qu'il n'y a pas tromperie sur la marchandise. Mais si la seconde histoire suit le même fil conducteur, l'environnement dans lequel la prostituée défigurée est pour le moins morbide.
Fruit d'un inceste entre frère et soeur, l'un alcoolique, l'une sage-femme psychopathe arrachant les foetus du corps des femmes enceintes pour les balancer dans la rivière. Sympathique n'est-il pas ? Et visiblement de l'inceste naquit une irrémédiable malédiction. Une seconde tête au centre d'une main cachée dans ses cheveux qu'elle considère comme sa petite soeur, lui ordonnant de perpétrer des actes impardonnables. Face à cet événement inattendu, Christopher perd tout contrôle de lui-même. Le final s'achevant dans la plus grande neurasthénie. 

Définitivement, le concept de conte japonais en ressort avec une dextérité étrangement crédible dans l'emploi du surréalisme. Jamais trop prononcé dans ses événements, ni invraisemblable dans le déroulement du récit, Imprint suscite l'adhésion du spectateur par l'entremise d'une très belle photographie riche en panel de couleurs, renforçant toujours plus ce cachet de fable morbide. La mise en scène sobre, calme, sans rythme poussif prend le temps de présenter les décors avec une grande érudition. On pourra pester sur une trame sonore faiblarde mais le gros point négatif sera à attribuer à la prestation catastrophique de Billy Drago cabotinant avec une débilité malaisante.
Ses scènes de tragédie font, disons-
le clairement, pitié. Fort heureusement, les personnages secondaires rehausseront le niveau. Yuki Kudo, Toshie Negishi et Michie Ito seront de la partie.

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Ayant pu m'enorgueillir des deux saisons de cette franchise globalement satisfaisante, en dépit d'une troisième saison massacrée par Lionsgate depuis son rachat, nous sommes en droit d'affirmer que Imprint est une réussite on ne peut plus probante confirmant le talent et l'absence totale de retenue de son géniteur à la réputation indiscutable au niveau international. A des kilomètres de la stupidité, Miike, sous l'apparat de la torture et de l'inhumanité, exploite un concept sous-jacent avec grande habileté sur la question de la traite des femmes de jadis soumises aux desiderata d'un patriarcat psychopathique tout puissant. Ce fait a son importance car il apporte une intelligence non négligeable à une série qui n'est pas, dans l'inconscient collectif, prompte à faire réfléchir.
Malheureusement, et ce n'est pas étonnant, certaines critiques viendront vilipender Imprint l'accusant de privilégier la torture et la souffrance à l'horreur pure et dure. Mais cette horreur pure ne réside-t-elle pas avant tout dans la condition humaine de l'époque où ces marchandises humaines voient leur dignité supprimée par des détraqués mentaux les massacrant sans preuve apparente ? On tient donc là une oeuvre vicieuse, jusqu'au-boutiste, onirique, esthétiquement fascinante, dépaysante visuellement et narrativement, en dépit d'un humiliant et embarrassant jeu d'acteur de Billy Drago. Un pur film d'auteur sans prostitution sur l'autel du politiquement correct. Et ça c'est ce que Cinéma Choc aime par dessus tout !

 

Note : 14/20

 

 

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