bronson film

Genre : drame, biopic (interdit aux - 12 ans)
Année : 2008
Durée : 1h32

Synopsis : 1974. Livré à lui-même, Michael Peterson, 19 ans, cherche à faire la Une des journaux : rêvant de devenir célèbre, il tente de braquer un bureau de poste avec un fusil à canon scié qu'il a lui-même bricolé. Rapidement interpellé, il est d'abord condamné à 7 ans de prison. A ce jour, il a passé 34 années en prison, dont 30 en isolement cellulaire. La métamorphose de Mickey Peterson en Charles Bronson, devenu le détenu le plus dangereux d'Angleterre.  

La critique :

En l'espace d'une dizaine d'années, le réalisateur, scénariste et producteur danois, Nicolas Winding Refn, est devenu la nouvelle "égérie" (si j'ose dire...) du cinéma hollywoodien, une couronne hiératique qu'il partage, entre autres, avec Christopher Nolan. Pour le cinéaste émérite, il faudra faire preuve de longanimité et patienter jusqu'au milieu des années 2000 avant de se distinguer aux yeux avisés des producteurs américains. C'est sur ses terres danoises que Nicolas Winding Refn connaît son tout premier succès commercial avec Pusher (1996), sa toute première réalisation par ailleurs. Il enchaîne alors avec Bleeder (1999) et Inside Job (2003), deux métrages qui corroborent derechef sa notoriété naissante. Entre temps, Pusher premier du nom s'est même exporté à l'étranger et sur le sol européen. Grisé par ce succès inopiné, Nicolas Winding Refn décide de signer une trilogie.

Pusher 2 : du sang sur les mains (2004) et Pusher 3 : l'ange de la mort (2005) assoient non seulement leur popularité, mais attisent désormais les convoitises de l'Oncle Sam. C'est dans ce contexte que Nicolas Winding Refn réalise Bronson en 2008. Non seulement, le film se solde par un succès commercial, mais recueille également les satisfécits et les plébiscites d'une presse et de critiques unanimement panégyriques. Par sa mise en scène tonitruante, ses facéties et ses relents de claustration forcée, le long-métrage n'est pas sans rappeler, par certaines accointances, les saynètes d'enfermement dans Orange Mécanique (Stanley Kubrick, 1971).
Certains thuriféraires évoquent même le nouvel Orange Mécanique du 21e siècle. Reste à savoir si Bronson mérite de telles flagorneries. 

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Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Toujours est-il que le métrage va aussi s'illustrer dans divers festivals. En outre, Bronson s'octroie le Grand Prix du festival du film de Sydney (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Bronson_(film) et érige le talent de Nicolas Winding Refn sur la scène internationale. Le metteur en scène orfèvre avalisera ce nouveau statut via ses films suivants, notamment Valhalla Rising - Le Guerrier Silencieux (2010), Drive (2011), Only God Forgives (2013), ou encore The Neon Demon (2016).
A l'origine, Bronson s'inspire de l'histoire vraie de Michael Gordon Peterson et de ses longues années carcérales, soit 38 années au total, dont 35 en isolement cellulaire. Dès lors, le spectateur médusé est en droit de suspecter le criminel de terrorisme, voire de crime contre l'Humanité tant la peine est rustre.

A contrario, Michael Gordon Peterson, également connu sous le cryptonyme de Charles Bronson (en déférence pour le célèbre acteur) n'a commis aucun acte déviant. En outre, ledit forcené a "juste" (façon de parler) tenté de braquer une banque. Mais ses multiples assauts contre les surveillants pénitenciers, son refus acharné à obtempérer et/ou à suivre la discipline carcérale auront pour conséquence de renchérir sa peine originelle (soit sept années de prison prononcées par le juge). En sus, le prisonnier échevelé organisera plus d'une dizaine de prises d'otages et ne cédera jamais d'un iota à ses géôliers sévèrement courroucés. Corrélativement, lors de ses 38 années confinées dans sa cellule, Michael Gordon Peterson griffonnera plusieurs ouvrages et mémoires.
C'est dans ce contexte houleux qu'il va s'arroger le titre peu glorieux du "détenu le plus violent d'Angleterre". 

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Son cas atypique va évidemment inspirer le noble Septième Art via un drame déguisé en biopic, donc Bronson (au cas où vous n'auriez pas suivi...). Le long-métrage de Nicolas Winding Refn va également permettre d'édifier la stature imposante et musculeuse de Tom Hardy, encore méconnu à l'époque... Le film va littéralement propulser sa carrière. Pour l'anecdote, le comédien va même lutiner et s'acoquiner avec le véritable "Bronson" en prison. Tout un programme ! Leur rencontre va lui permettre de mieux cerner et appréhender ce personnage révolté, atypique, tour à tour violent, lyrique et parfois même pathétique. Au niveau de la distribution du film, viennent également s'agréger Matt King, James Lance, Juliet Oldfield, Hugh Ross, Edward Bennett-Coles et Kelly Adams. 
Attention, SPOILERS !

(1) Né dans une famille de classe moyenne respectable, Peterson, dit Charles Bronson, est connu pour avoir passé la majeure partie de sa vie dans des lieux de privation de liberté, prison et asile psychiatrique. Il a passé 34 ans en internement carcéral et psychiatrique, dont trente en isolement. Il est devenu l'un des plus dangereux détenus d'Angleterre. L'homme a une susceptibilité qui anime en lui une force et une violence difficilement égalables et possède un sens artistique marqué d'humour et d'une folle quête de célébrité. La prison lui apparaît être son lieu d'expression artistique.
Il lui semble que son art est dans une vaine résistance à une oppression dont il provoque le jusqu'au-boutisme, dans un esprit quasi-suicidaire. En prison, il rencontre un professeur d'art qui lui promet sa liberté et sa célébrité s'il fait profil bas. 

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Il le prend en otage et demande en échange à écouter de la musique (1). Dès le préambule, Nicolas Winding Refn montre qu'il a parfaitement saisi la quintessence de son personnage tortueux et retors. Le héros, prisonnier de son état, se présente sous les feux des projecteurs et via une théâtralisation excessive, presque en mode histrionique. Dès lors, le film, tout comme son protagoniste, n'auront de cesse de naviguer entre un état maniaque sévère et de nombreux larmoiements, comme si cette robustesse de façade devait être minorée par une sensibilité artistique.
Le bagnard fougueux ne badine pas, encore moins avec ses gardes-chiourmes qu'il rudoie, admoneste et agonise d'injures. Prière de ne pas irriter le détenu particulièrement atrabilaire sous peine de virevolter dans tous les sens et d'atterrir dare-dare la tête la première sur les gravats !

A l'instar d'Alex DeLarge dans Orange Mécanique (toujours la même antienne...), Peterson est irrécupérable aux yeux de ses géôliers, du directeur du pénitencier et même de la société toute entière. Même sa psychiatrisation forcée n'aura pas raison de lui. Le bonhomme rutilant réclame benoîtement sa liberté, rêve d'émancipation et d'embrasser une carrière artistique. Une chimère. Indubitablement, l'homme est un saltimbanque né. Mais une telle opportunité a un prix : se racheter une certaine quiétude morale et mentale. Or, Peterson abhorre et vilipende une société codifiée et engoncée par ses dogmes, ses doctrines et ses certitudes.
Dommage que Nicolas Winding Refn n'ait pas davantage étayé ses diverses thématiques, optant continûment sur la psychanalyse de son prisonnier insubordonné ; d'où cette vague impression de tournicoter après une petite heure de bobine.
Heureusement, le réalisateur peut escompter sur la précellence de son interprète principal, Tom Hardy, qui magnifie ce taulard à la fois homérique, tragique et mélancolique.

 

Note : 15/20

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Bronson_(film)