eaux sauvages

Genre : thriller, aventure, inclassable, expérimental, slasher, horreur
Année : 1979
Durée : 1h39

Synopsis : Alors qu'ils sont partis pour une expédition en rafting dans le Grand Canyon, une bande de jeunes citadins est harcelée et massacrée par un psychopathe...

La critique :

Il faut se rendre sur le site SensCritique et en particulier sur le lien suivant : https://www.senscritique.com/liste/1_10_Les_pires_films_de_tous_les_temps/841844 pour déceler la liste impressionnante et exhaustive des pires films de tous les temps. En outre, ce classement fatidique et rédhibitoire contient, en effet, quelques pépites particulièrement ubuesques et racoleuses, parmi lesquelles on stipulera Dragon Ball : Evolution (James Wong, 2009), Conan (Marcus Nispel, 2011), Les Visiteurs en Amérique (Jean-Marie Poiré, 2001), Batman § Robin (Joel Schumacher, 1997), Cinéman (Yann Moix, 2009), Iznogoud (Patrick Braoudé, 2005), Titanic : Odyssée 2012 (Shan Van Dyke, 2010), ou encore Spartatouille (Jason Friedberg et Aaron Seltzer, 2008).
Evidemment, la simple évocation de tous ces titres indigents aura le mérite de provoquer quelques exhalaisons nauséeuses auprès du spectateur avisé...

Néanmoins, nonobstant certaines apparences matoises, on décèle également, dans le noble Septième Art, d'autres productions encore plus truculentes et d'une cancrerie insondable. Les thuriféraires du cinéma bis et de nanars décrépits ne manqueront de notifier des longs-métrages tels que Turkish Star Wars (Cetin Inanç, 1982), Dinosaur From The Deep (Norbert Moutier, 1994), Crocodile Fury (Godfrey Ho, 1998), Blood Freak (Steve Hawkes et Brad F. Grinter, 1972), Virus Cannibale (Bruno Mattei, 1980), ou encore Robo Vampire (Godfrey Ho, 1988) dans le top 25 des pires exactions déversées sur pellicule et à la face d'un cinéma encore éberlué par tant d'ignominie, de dédain et d'irrévérence de la part de cinéastes ignares et au mieux lamentables.
Dans cette liste sélective, Eaux Sauvages, réalisé par les soins de Paul W. Kener en 1979, tient une place prépondérante, caracolant aisément parmi les premières places.

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Un an auparavant, le metteur en scène avait déjà arboré toute son incompétence et son incapacité à manier une caméra avec l'inénarrable Wendigo (1978), une autre fumisterie qui a fait l'objet d'une chronique sur le site Nanarland. Pour l'anecdote pittoresque, Eaux Sauvages est répertorié parmi les 25 films les plus mauvais de toute l'histoire du noble Septième Art. Le métrage peut s'enhardir d'appartenir à la classe "privilégiée" (si j'ose dire...) des objets filmiques non identifiés (OFNI). A l'origine, Eaux Sauvages profite de la mode du survival, un genre qui a trouvé et reçu ses lettres de noblesse avec l'excellent Délivrance (John Boorman, 1972).
Hélas, et vous vous en doutez, la comparaison s'arrête bien là. En outre, Eaux Sauvages est un vrai cas d'école, presque une production à édifier dans les écoles de cinéma pour son incompétence crasse.

Inutile de mentionner la distribution du film, à moins que vous connaissiez les noms de Ron Berger, Gil Van Waggoner, Dewa DeAnne, Paul W. Kener, Bridget Agnew, Pat Comer, Gene Eubanks, Rashad Javeri, Doug Jones, Clayton King, Valerie Kittel, So Mickelson, Mike Wackor ; mais j'en doute... Par ailleurs, difficile de narrer, avec une rectitude stricte, le synopsis de Savage Water tant le script est abscons et amphigourique. Attention, SPOILERS ! Plusieurs quidams américains, particulièrement velus et moustachus, décident de partir en expédition dans le Grand Canyon pour faire du rafting.
Mais, une fois sur place, et après avoir longuement disserté sur des fariboles, notre petite troupe doit se colleter avec un mystérieux psychopathe. Ce dernier a déjà assassiné une gourgandine, ainsi qu'un autre touriste de la bande.

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En vérité, il est difficile de définir, avec parcimonie, une oeuvre telle qu'Eaux Sauvages puisque le film, sur la forme, se veut être un curieux maelström entre Délivrance (précédemment mentionné) et la mode du slasher, très en vogue entre la fin des années 1970 et l'orée des années 1980. En l'occurrence, Eaux Sauvages revêt d'autres oripeaux miséreux. Le métrage fait donc preuve d'opportunisme en lutinant tantôt avec le thriller, tantôt le survival, tantôt l'aventure et tantôt le film logorrhéique. C'est tout le paradoxe d'Eaux Sauvages.
Pour ceux et celles qui attendent impatiemment un grand film d'action, ils risquent sérieusement d'être désappointés par la structure narrative en mode anomique de Savage Water.
Autant l'annoncer sans ambages.

Dans Eaux Sauvages, il ne passe rien, strictement rien, mais alors absolument RIEN !!! A contrario, c'est cette même oisiveté qui confère à Eaux Sauvages le statut peu flatteur du nanar le plus fascinant du monde ! Rien que ça ! En mode catatonique, le film peut déjà s'enorgueillir d'une jaquette outrancière et étrangement irisée par des couleurs hideuses, criardes et ordurières. Le long-métrage de Paul W. Kener est à la mesure de son affiche licencieuse. Ainsi, la première partie du film se résume à toute une litanie de déclamations sibyllines.
Le spectateur médusé devra donc se départir avec de longues facondes fuligineuses sur la façon d'enfiler un gilet de sauvetage. 
Certes, la méthode est décrite avec minutie, mais s'étale allègrement sur une durée académique de plus de cinq minutes de bobine (chronomètre en main) ! 

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Eaux Sauvages, c'est aussi la quintessence du néant et du vide abyssal sur pellicule. De surcroît, le film est évidemment victime des atermoiements des tergiversations de son réalisateur. Paul W. Kener fait montre d'une incompétence pingre. On ne compte même plus les erreurs de raccord, les carences cinéphiliques, ainsi que les effets de lumière qui rendent certaines saynètes illisibles. Mais Eaux Sauvages ne posséderait pas ce charme ineffable sans ses doublages assourdissants ! A priori, le doublage français est prodigué par des techniciens visiblement avinés.
A ces carences filmiques, viennent également s'agréger une xénophobie latente et de nombreuses répliques misogynes. Ainsi, les Afro-Américains et les Arabes en prennent pour leur grade et passent simultanément pour des peuples barbares, arriérés et nantis de satyriasis. 

Les femmes ? Elles aussi sont des êtres libidineux qu'il faut rabrouer, stigmatiser et réprimer. Mais Eaux Sauvages se pare aussi d'introspections philosophiques sur les effets délétères de la drogue. A l'aune de cette fumisterie filmique, difficile de ne pas subodorer la consommation de substances illicites durant le tournage ! Indubitablement, Eaux Sauvages s'apparente à un hommage à la culture hippie. C'est par exemple le cas lorsqu'un protagoniste entame une longue homélie sur la définition du karma : "Disons que vous vous êtes trouvé à la porte de chez vous, alors vous allez à votre boîte aux lettres prendre la clef. Quand vous y arrivez, vous vous apercevez que votre clef n’est pas là, vous ne l’avez pas remise la dernière fois. Alors, vous tapez sur la boîte aux lettres, ce qui fait sortir les chiens, et un chien vient vers vous et commence à aboyer... 

Alors vous frappez le chien, et le chien s’en va en hurlant et passe devant la maison du voisin, et le voisin appelle la police, et quand la police arrive pour enquêter, elle vous arrête pour avoir essayé de rentrer chez vous, dans votre propre maison. C’est cela le karma" (Source : http://www.nanarland.com/Chroniques/chronique-eauxsauvages-.html). Alors que l'aventure s'accélère (enfin... "S'accélère"... c'est un bien grand mot...), un autre hippie, nanti de longues bacchantes, se crame les poils du nez (véridique !).
C'est alors que son comparse s'écrie : "Tant que ce ne sont pas les poils du cul !" (là aussi, véridique !).
Et clairement, je n'en finirais pas de vous citer des dialogues et des séquences "nazebroques" de ce genre ! J'ai bien conscience que cette chronique vous a sans doute paru surréaliste. C'est sans doute l'idiome qui sied le mieux à cette production alambiquée et finalement indescriptible en raison de son insondable imbécilité. Donc, attention pour les néophytes et même pour les thuriféraires de nanars, Eaux Sauvages estourbit durablement les persistances rétiniennes !

Côte : Nanar

sparklehorse2 Alice In Oliver