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Genre : péplum (interdit aux - 12 ans)
Année : 2000
Durée : 2h35

Synopsis : Le général romain Maximus est le plus fidèle soutien de l'empereur Marc Aurèle, qu'il a conduit de victoire en victoire avec une bravoure et un dévouement exemplaire. Jaloux du prestige de Maximus, et plus encore de l'amour que lui voue l'empereur, le fils de Marc Aurèle, Commode, s'arroge brutalement le pouvoir, puis ordonne l'arrestation du général et son exécution. Maximus échappe à ses assassins mais ne peut empêcher le massacre de sa famille. Capturé par un marchand d'esclaves, il devient gladiateur et prépare sa vengeance.    

La critique :

Il faut se rendre sur le site SensCritique et en particulier sur le lien suivant : https://www.senscritique.com/top/resultats/Les_meilleurs_peplums/530771 pour déceler le Top 25 des meilleurs péplums. Dans ce classement à la fois sélectif et subjectif, les thuriféraires de ce registre cinématographique ne seront pas surpris de trouver des oeuvres telles que Quo Vadis (Mervyn LeRoy, 1951), Les Dix Commandements (Cecil B. DeMille, 1956), Ben-Hur (William Wyler, 1959), Spartacus (Stanley Kubrick, 1960), La Chute de l'Empire Romain (Anthony Mann, 1964), Barrabas (Richard Fleischer, 1961), Ulysse (Mario Camerini, 1954), La Terre des Pharaons (Howard Hawks, 1955), ou encore Le Colosse de Rhodes (Sergio Leone, 1961) parmi les classiques les plus proéminents. Vient également s'agréger Gladiator, réalisé par les soins de Ridley Scott en 2000.

A cette même époque, le péplum n'est plus ce genre déifié et sacralisé depuis belle lurette alors qu'il triomphait encore dans les décennies 1950 et 1960. Pour Ridley Scott, la réalisation de Gladiator constitue une véritable gageure, d'autant plus que le public boude et ostracise les péplums depuis plusieurs décennies. En sus, les producteurs se montrent plutôt circonspects à l'idée de financer un registre en sévère déperdition depuis des lustres ; en vérité depuis la sortie de Spartacus (précédemment mentionné), une oeuvre réalisée à l'orée des années 1960 et par ailleurs reniée par son propre démiurge, en l'occurrence par un Stanley Kubrick désappointé.
En outre, Gladiator va se solder par un succès pharaonique au box-office américain et dans le monde entier. Mieux, les critiques et la presse spécialisées couvrent le long-métrage d'éloges et de plébiscites. 

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A raison, Ridley Scott exulte. Le cinéaste a toujours brillé par son éclectisme, que ce soit dans la science-fiction et l'horreur (Alien : le huitième passager en 1979), l'heroic fantasy (Legend en 1985), le polar vindicatif (Black Rain en 1989), le road movie féministe (Thelma et Louise en 1991), le registre historique (1492 : Christophe Colomb en 1992), ou encore le thriller anthropophage et transgressif (Hannibal en 2001). Les premières ébauches du scénario de Gladiator sont griffonnées par David Franzoni (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Gladiator_(film,_2000).
Le cacographe s'inspire en partie de plusieurs recueils autobiographiques d'empereurs romains et souhaite écrire une dystopie historique qui se déroulerait dans la Rome antique, une cité hégémonique qui toise le monde entier à la même époque.

Succès mirobolant oblige, les producteurs envisagent rapidement une préquelle, puis une suite qui se déroulerait quinze ans plus tard. Mais le projet, pour le moins nébuleux, est prestement évincé par Russell Crowe lui-même puisqu'il est question de ressusciter le personnage de Maximus. Une fadaise. Pourtant, à l'heure actuelle, Ridley Scott se montre plutôt enthousiaste à l'idée de tourner un second chapitre putatif. Pourvu que le projet reste en suspens ! Pour le reste, Gladiator va s'arroger plusieurs récompenses éminentes et prestigieuses, notamment plusieurs Oscars (meilleur film, meilleur acteur pour Russell Crowe, meilleurs costumes, meilleurs effets visuels et meilleur son).
Reste à savoir si Gladiator mérite de telles flagorneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique...

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Hormis Russell Crowe déjà cité à maintes reprises, la distribution de ce péplum se compose de Connie Nielsen, Joaquin Phoenix, Oliver Reed, Richard Harris, Derek Jacobi, Djimon Hounsou, David Schofield et Tomas Arana. Pour l'anecdote morbide, l'acteur Oliver Reed décèdera au cours du tournage du film, laissant l'équipe et le cinéaste pantois. Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse du film ! Attention, SPOILERS ! Le général romain Maximus est le plus fidèle soutien de l'empereur Marc Aurèle, qu'il a conduit de victoire en victoire avec une bravoure et un dévouement exemplaire. Jaloux du prestige de Maximus, et plus encore de l'amour que lui voue l'empereur, le fils de Marc Aurèle, Commode, s'arroge brutalement le pouvoir, puis ordonne l'arrestation du général et son exécution.
Maximus échappe à ses assassins mais ne peut empêcher le massacre de sa famille. Capturé par un marchand d'esclaves, il devient gladiateur et prépare sa vengeance.

Certes, à l'aune de cette exégèse, le spectateur avisé songera inévitablement à une autre référence du péplum, j'ai nommé Spartacus. A l'instar du film de Stanley Kubrick, Gladiator - comme son intitulé l'indique - revêt les oripeaux d'un film... de... Gladiateurs ! Dès le préambule, le metteur en scène a le mérite de présenter les belligérances via une guerre ensanglantée menée de mains de maître par un Maximus commandant des armées romaines. Hélas, à son retour, Maximus doit rapidement déchanter. Marc Aurèle est désormais un empereur chenu et n'est plus cet autocrate impérialiste qui érige et édifie sa suprématie flamboyante sur la cité romaine.
Le tyran, rempli d'amertume, est assassiné par Commode, son propre fils.
Une dictature en évince une autre et vice versa. 

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Seule dissimilitude et pas des moindres, Commode ne doit pas gouverner sous peine de plonger Rome dans la pénombre. "Rome est la lumière" déclame péremptoirement un Maximus courroucé. L'ire de l'ex-général va encore se déchaîner, puis se décupler suite à l'assassinat de sa femme et de son fils. Grièvement blessé, Maximus échappe de peu à une trajectoire funeste. Il est sauvé in extremis par un marchand d'esclaves. L'entreprise de vengeance peut enfin commencer. Les apparences sont trompeuses. Tel est le diagnostic, presque dogmatique, à l'aune de ce péplum homérique qui retrouve, le temps de quelques morceaux de bravoure, la flamboyance des productions de jadis.
Gladiator n'a donc pas à rougir de la comparaison avec Ben-Hur, Quo Vadis, Spartacus et consorts. Plus qu'un péplum à consonance vindicative, Gladiator reste avant tout une ode élégiaque dédiée à la splendeur de Rome.

Nonobstant son statut de blockbuster, Gladiator revêt des assonances historiques, politiques et idéologiques. Rome est donc adoubée et érigée comme une cité idyllique qui prône les vertus du courage, de l'opiniâtreté et de la probité. En ce sens, Commode incarne la parfaite antithèse de cette sémantique en se nimbant de pusillanimité, d'acariâtreté et d'obséquiosité. Pis, l'empereur absolutiste est amoureux de sa propre soeur et menace la progéniture de cette dernière. Ridley Scott a parfaitement cerné le caractère et la psyché de ses divers protagonistes.
Le cinéaste a eu raison de gager sur Russell Crowe. L'acteur, totalement investi dans son rôle, porte ce péplum sur ses épaules larges, musculeuses et robustes, mettant sa propre vie en péril. Le reste du casting fait le job, même les rôles subalternes.
Mention spéciale à Oliver Reed et Djimon Hounsou qui apportent beaucoup de sagacité et de crédibilité à leurs protagonistes respectifs. Certes, certains contempteurs et esprits chagrins péroreront et s'atermoieront sans doute sur quelques décors réalisés en images de synthèse, hélas ostensibles à l'écran, et qui parsèment çà et là le long-métrage. Mais il faudrait se montrer particulièrement vachard pour ne pas admettre et reconnaître la virtuosité d'un tel péplum. Gladiator commet l'exploit de ressusciter un genre anémique et rien que pour cela, le film mérite largement nos bonnes grâces.

 

Note : 17/20

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