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Genre : action, arts martiaux (interdit aux - 16 ans)
Année : 2003
Durée : 1h52

Synopsis : Au cours d'une cérémonie de mariage en plein désert, un commando fait irruption dans la chapelle et tire sur les convives. Laissée pour morte, la Mariée enceinte retrouve ses esprits après un coma de quatre ans. Celle qui a auparavant exercé les fonctions de tueuse à gages au sein du Détachement International des Vipères Assassines n'a alors plus qu'une seule idée en tête : venger la mort de ses proches en éliminant tous les membres de l'organisation criminelle, dont leur chef Bill qu'elle se réserve pour la fin. 

La critique :

Le cas de Quentin Tarantino, à la fois scénariste, producteur, réalisateur et acteur américain, mérite avant tout une analyse précautionneuse. Dès son plus jeune âge, le futur metteur en scène adoubé par Hollywood se passionne pour le noble Septième Art. Dixit les propres aveux de l'intéressé, ce sont les films Délivrance (John Boorman, 1972) et La Horde Sauvage (Sam Peckinpah, 1969) qui estourbissent durablement ses persistances rétiniennes pour leur violence et leur âpreté rédhibitoire, révélant par ailleurs les géhennes et les tourmentes de l'âme humaine.
Pendant ses jeunes années, Tarantino s'abreuve de la culture du cinéma bis en se polarisant sur la Blaxploitation, les westerns spaghettis, puis par les films de kung-fu. Corrélativement, le jeune cinéphile avisé s'énamoure également d'un cinéma un peu plus complexe et intellectuel.

Par exemple, Quentin Tarantino n'a jamais caché son extatisme ni son effervescence pour le cinéma et le style affiné de Jean-Pierre Melville, un metteur en scène qu'il sacralise, déifie et divinise. Il était donc logique que Tarantino épouse, un jour ou l'autre, une carrière cinéphilique. En outre, son premier long-métrage se nomme Reservoir Dogs (1992), une oeuvre pionnière et charnière qui érige, d'emblée, l'intrépidité du cinéaste irrévérent sur la planète Hollywood. La suite, vous la connaissez... Tarantino enchaîne les succès et assoit sa notoriété sur le cinéma américain, ainsi que sur la scène internationale. Les thuriféraires du réalisateur ne manqueront pas de stipuler des longs-métrages tels que Pulp Fiction (1994), Jackie Brown (1997), le diptyque consacré à Kill Bill (2003 et 2004), Sin City (qu'il coréalise avec l'érudition de Robert Rodriguez en 2005), Boulevard de la Mort (2007), Inglorious Basterds (2009), Django Unchained (2012) et Les Huit Salopards (2015) parmi les oeuvres les plus proverbiales.

 

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Aujourd'hui, c'est le cas de Kill Bill : Volume 1, sorti en 2003, qui fait l'objet d'une chronique dans nos colonnes. Peu ou prou de surprise au programme. Sur le fond comme sur la forme, Kill Bill : Volume 1 se veut être un hommage aux chanbara japonais et aux films d'arts martiaux hongkongais, dans la grande tradition des films de Bruce Lee et surtout de Lady Snowblood (Toshiya Fujita, 1973), un autre long-métrage qui fait office de véritable bréviaire. Certes, pour ceux qui n'ont pas eu l'heur de visionner l'oeuvre originelle de Toshiya Fujita, ils répertorieront Kill Bill : volume 1 parmi les oeuvres insolites et iconoclastes. En revanche, les autres risquent sérieusement de maronner et de taxer Tarantino au mieux d'opportunisme, au pis de véritable falsification tant les accointances sont présentes, prégnantes et éloquentes. A l'origine, la genèse du diptyque consacré à Kill Bill remonte au milieu des années 1990 lors du tournage de Pulp Fiction.

A l'époque, l'actrice Uma Thurman et Quentin Tarantino évoquent et besognent sur le scénario d'un film d'arts martiaux à consonance et à revendication féministe. L'idée serait de mettre en exergue une vengeance féminine via l'histoire tumultueuse d'une jeune mariée massacrée avec les siens pendant ses noces funèbres. Entre 1995 et 2000, Tarantino scrute à la loupe tous les films proéminents du cinéma d'arts martiaux hongkongais et décide de les exporter dans le diptyque consacré à Kill Bill. Vous l'avez donc compris. A travers cette dualité formée et coalisée par Kill Bill : vol. 1 et Kill Bill : vol. 2, Quentin Tarantino n'a rien inventé et ne fait que psalmodier les bonnes vieilles recettes éculées de jadis.
Ainsi, le sang jaillissant à profusion n'est qu'une fadaise, voire une dénaturation des nombreux classiques du cinéma d'arts martiaux asiatique.

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Roublard, Tarantino profite de sa présidence au festival de Cannes 2003 pour présenter Kill Bill : volume 1 en hors compétition. Via une telle édification, le long-métrage se solde évidemment par un succès pharaonique au box-office. En sus, le film s'arroge de nombreuses récompenses proéminentes lors de sa présentation dans divers festivals, entre autres plusieurs Saturn Awars et MTV Movie Awards. Hormis Uma Thurman, déjà mentionnée dans cette chronique, la distribution du premier chapitre se compose de Lucy Liu, Michael Madsen, Vivica A. Fox, Daryl Hannah, David Carradine, Julie Dreyfus, Chuki Kuriyama, Sonny Chiba et Gordon Liu. Attention, SPOILERS !
(1) Dans la petite chapelle de Two Pines perdue au milieu du désert, à El Paso, alors que se déroule la répétition d'une cérémonie de mariage, des assassins surgissent et tirent impitoyablement et sans raison apparente sur toutes les personnes présentes. 

La Mariée, qui est enceinte, survit à ses blessures mais sombre dans le coma. Toutefois, la Mariée n'est pas une personne ordinaire. Autrefois tueuse à gages dans une organisation secrète, Détachement International des Vipères Assassines, elle est une combattante hors pair. Sortant du coma quatre années plus tard, elle n'a plus qu'un seul but, se venger de ses anciens complices, dans lesquels elle a reconnu les assassins de Two Pines, et surtout, tuer Bill, leur chef, qui est également le père de l'enfant qu'elle portait et qu'elle croit avoir perdu à la suite de l'attaque dans la chapelle (1).
Le cas de Kill Bill (volume 1 et volume 2 inclus) résume à lui seul le style et le cas si particulier de Tarantino. Enfin... Si particulier... Pas tant que ça puisque le cinéaste n'a jamais caché sa dilection, ainsi que sa vénération, pour les autres pans du cinéma dans sa globalité.

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L'accoutrement soyeux et jaunâtre d'Uma Thurman en guerrière effarouchée est évidemment une allusion espiègle à l'accoutrement de Bruce Lee dans Le Jeu de la Mort (Robert Clouse, 1978). La mariée ensanglantée (c'est même le titre de l'un des segments du film) est une nouvelle métaphore de La Mariée Etait en Noir (François Truffaut, 1968), un autre classique belliqueux et vindicatif que Tarantino sanctifie. Mais la référence la plus prédominante reste, derechef, le superbe Lady Snowblood que Tarantino spolie ou mythifie (vous choisirez...) à satiété...
Uma Thurman n'est, in fine, qu'un clone avarié de cette mariée pugnace, atrabilaire et batailleuse qui prend le sabre pour estourbir et supplicier ses tortionnaires et ses agresseurs. En ce sens, on peut aussi répertorier Kill Bill parmi les rape and revenge peu ou prou analogues, puisqu'il reproduit, photocopie et réédite son schéma à la fois simplissime et rudimentaire.

Certes, Quentin Tarantino se montre plutôt philanthrope en termes d'exécutions sadiques et autres forfaitures sanguinolentes. Rien à redire sur les chorégraphies martiales ni sur l'hommage savamment... pardon... sévèrement appuyé aux films de sabres japonais. Il serait tout de même un peu malséant de ne pas reconnaître la méticulosité et la somptuosité de la mise en scène même si, sur la forme, Kill Bill (volume 1 et volume 2) s'apparente à un agrégat de références que Tarantino copie, duplique, retranscrit, dérobe, pille et contrefait avec une euphorie à peine dissimulée.
De facto, Kill Bill : Volume 1 (mais il en sera de même pour le second chapitre) apparaît comme un curieux objet filmique, presque non identifié s'il ne dépouillait pas autant tous ces classiques proverbiaux, hélas oubliés par la populace, souvent peu exigeante en termes de qualités cinéphiliques. 
Ce public appréciera sans doute les soubresauts et les érubescences magnanimes d'un Tarantino toujours aussi enthousiaste. Au moins, le metteur en scène s'amuse comme un gosse et ensanglante plutôt brillamment sa caméra via toute une pléthore de décapitations et de démembrements... dans la grande tradition (toujours...) du cinéma d'arts martiaux japonais de naguère.
Les autres risqueront sans doute de grommeler et de clabauder après cette série de conjonctions éparses et disparates entre les chambara, les films d'arts martiaux hongkongais et même les clins d'oeil évasifs aux westerns spaghettis... Toujours la même antienne... Ma note finale désarçonnera donc les laudateurs du cinéma de Tarantino, mais désolé, je ne peux pas attribuer davantage à ce premier volet certes jubilatoire, mais d'une vanité rarement égalée...

 

Note : 14/20

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