predator 2018

Genre : science-fiction, action (interdit aux - 12 ans)
Année : 2018
Durée : 1h47

Synopsis : Les pires prédateurs de l'univers sont maintenant plus forts et plus intelligents que jamais, ils se sont génétiquement perfectionnés grâce à l'ADN d'autres espèces. Alors qu’un jeune garçon devient accidentellement leur cible, seul un équipage hétéroclite d'anciens soldats et un professeur de science contestataire peuvent empêcher l’extinction de la race humaine. 

La critique :

Comme une évidence, voire une lapalissade. Durant la décennie 1980, John McTiernan exhumait le survival à l'ancienne en signant Predator (1987), un remake à la fois tribal et officieux de Les Chasses du Comte Zaroff (Ernest B. Schoedsack, 1934). Si le long-métrage de John McTiernan s'apparente à une relecture (très) personnelle de celui d'Ernest B. Schoedsack, cette oeuvre d'action et science-fictionnelle se pare également d'une introspection sur la nature indicible. Sur la forme comme sur le fond, le Predator ressemble à une créature anthropomorphe et invisible qui retrouve, le temps d'une chasse à l'homme, les réflexes archaïques de l'Homme de Pierre.
Les predators et les êtres humains ne sont pas si différents. Pour vaincre cet extraterrestre belliqueux, Major Alan « Dutch » Schaefer (Arnold Schwarzenegger) devra faire montre de roublardise et affronter loyalement l'Alien en recourant à des armes et à des pièges archaïques.

Pas besoin de flingue, de bombe ni de mitrailleuses pétaradantes pour exterminer cet être venu d'ailleurs. Pour l'assaillir et le faire croupir, il faut revenir à la genèse de cet homme primitif qui domine arrogamment les firmaments de la chaîne alimentaire. Telle est la didactique reptilienne de Predator premier du nom. Succès commercial et pharaonique oblige, le premier film devait intrinsèquement se transmuter en une franchise mercantiliste. Hélas, ni Predator 2 (Stephen Hopkins, 1992), ni AVP : Alien Vs. Predator (Paul W.S. Anderson, 2004), ni Alien Vs. Predator : Requiem (Greg et Colin Strause, 2007), et ni Predators (Nimrod Antal, 2010) ne rééditeront avec cette rhétorique ancestrale ; celle déjà ânonnée par Ernest B. Schoedsack en son temps avec (encore une fois...) Les Chasses du Comte Zaroff
A l'origine, même John McTiernan n'avait donc rien inventé...

1490028602-the-predator-photo-alfie-allen-keegan-michael-key-thomas-jane-augusto-aguilera-boyd-holbrook-trevante-rhodes-979748

Pis, depuis le premier film, la saga s'était durablement enlisée dans les fariboles et les billevesées. Dès Predator 2, Stephen Hopkins tombait allègrement dans la production absconse avec sa ribambelle de Portoricains aseptisés et anesthésiés par la cocaïne. Le diptyque formé par Alien Vs. Predator et Alien Vs. Predator : Requiem corroborait cet état de déréliction. Via Predators, Nimrod Antal avait justement pour vocation de raviver cette jubilation de naguère. Une chimère. Opportuniste, le cinéaste se contentait de mimer et de paraphraser benoîtement John McTiernan, métamorphosant son reboot (?), sa séquelle (?), son remake (?) en une fumisterie adventice.
A juste titre, les fans désappointés commençaient à fulminer. Après John McTiernan, quel cinéaste était susceptible de ranimer cette flamme en sévère décrépitude ?

Pendant longtemps, Nimrod Antal et Robert Rodriguez édicteront leurs conditions rigoristes et évoqueront l'idée d'un Predators 2 heureusement putatif. Après de nombreuses tergiversations, les producteurs évinceront les deux comparses en déveine et opteront pour Shane Black pour réaliser The Predator en 2018. Le metteur en scène américain a tout d'abord débuté sa carrière cinématographique en tant que scénariste. C'est dans ce contexte qu'il griffonne les scénarii de L'Arme Fatale (Richard Donner, 1987), L'Arme Fatale 2 (Richard Donner, 1989), Le Dernier Samaritain (1991), Last Action Hero (John McTiernan, 1992) et Au revoir à jamais (1996).
Vers le milieu des années 2000, il signe sa toute première réalisation avec Kiss Kiss Bang Bang (2005). Il enchaîne alors avec Iron Man 3 (2013) et The Nice Guys (2015).

images

Pour le scénario de The Predator, Shane Black requiert la plume et l'érudition de Fred Dekker, un autre cacographe populaire à Hollywood, notamment pour avoir réalisé The Monster Squad (1987) et... hum... RoboCop 3. The Predator est donc pensé, conçu et ratiociné comme la suite logique et intrinsèque de Predator et Predator 2. Les évènements de ce cinquième film font donc volontairement fi des inepties narrées dans Predators, Alien Vs. Predator et Alien Vs. Predator : Requiem. L'objectif de Shane Black est de réitérer les animosités et les belligérances sanguinolentes du tout premier volet. Certes, The Predator est menacé de réprobation et d'une classification "R - Restricted" aux Etats-Unis. Mais le cinéaste n'en a cure et déclare péremptoirement : "Le PG-13, c'est pour les mauviettes. Les colonnes vertébrales, ça saigne. Beaucoup" (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Predator_(film,_2018).

A fortiori, The Predator part donc sous les meilleurs auspices pour flagorner la populace. La distribution du film se compose de Boyd Holbrook, Olivia Munn, Trevante Rhodes, Sterling K. Brown, Thomas Jane, Jacob Tremblay, Keegan-Michael Key, Alfie Allen et Jake Busey. A l'origine, c'est Benicio del Toro qui devait incarner le rôle principal, celui de Quinn McKenna. Hélas, le comédien se désistera à la dernière minute. Quant aux critiques de The Predator, elles sont pour le moins dubitatives. D'un côté, certaines saillies rédhibitoires fustigent et gourmandent une production exsangue qui ne réédite aucunement les fulgurances du film de John McTiernan.
De l'autre, certaines critiques un peu plus extatiques reconnaissent l'aspect régressif de ce blockbuster grimé en série B.

téléchargement (4)

Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse du film. Attention, SPOILERS ! (1) Quinn McKenna, membre d'un commando des Forces Spéciales, est témoin du crash d'un vaisseau spatial lors d'une mission de sauvetage d’otages. Il est le seul survivant. Il découvre le casque et l'arme d'un Predator. Poursuivi, il décide de les envoyer par la poste à son domicile, où vit sa femme et son fils autiste, Rory. Ce dernier parvient à utiliser le masque et l'arme du Predator. Il active par ailleurs une balise qui permet à d'autres Predators de le localiser.
De son côté, Quinn a été arrêté par de mystérieux mercenaires, aux ordres Will Traeger et pour le Projet Stargazer. Ce dernier fait par ailleurs appel au docteur Casey Bracket, une spécialiste des extraterrestres. Elle est accueillie dans un immense complexe dans lequel est conservé un Predator.

Quand à Quinn, il se retrouve dans un bus avec d'anciens soldats ayant commis de graves délits et dont la plupart souffrent de troubles psychologiques : « Nebraska » Williams, Baxley, Coyle, Lynch et Nettles. Quinn va rapidement comprendre qu'un autre Predator va s'en prendre à son fils pour récupérer un précieux objet. Avec ses compagnons d'infortune, il va tout faire pour le sauver tout en essayant de survivre aux Predators (1). A l'aune de ce synopsis, on se croirait devant un scénario scribouillé par un gosse de neuf ou dix ans (tout au plus).
De facto, tout au long de sa durée académique d'une heure et 47 minutes de bobine, The Predator s'apparente à une sorte de fadaise filmique qui tente de marcher dans le sillage et le continuum du métrage de John McTiernan, l'espièglerie et le talent en moins.

téléchargement (5)

Certes, contrairement à Alien Vs. Predator et à Alien Vs. Predator : Requiem, The Predator se montre beaucoup plus philanthrope en termes de saynètes d'action et de conflagrations ad nauseamCertes, au moins, Shane Black n'est pas un bonimenteur et s'ébaudit de ces soldats en fanfare et massacrés par des aliens bellicistes. Certes, l'hémoglobine se déploie allègrement sur l'écran rougeoyant... Tout du moins via des CGI intrusifs et hélas un peu trop ostensibles... Un comble pour une production aussi dispendieuse... Finalement, The Predator signe les rémanences et les réminiscences des séries B d'action et de science-fiction des années 1980.
Il ne manque plus qu'un Steven Seagal, qu'un Chuck Norris ou qu'un Jean-Claude Van Damme pour donner la réplique à un Boyd Holbrook en mode sardonique.

Au moins, le comédien euphorique a l'air de beaucoup s'amuser avec la complicité béate d'un casting de bras cassés. C'est déjà ça... Dès lors, prière de fermer les mirettes et les esgourdes sur l'inanité et la vacuité de cette production invariablement stérile. Prière également de ne pas s'esclaffer devant ce gosse omniscient responsable à lui tout seul de l'arrivée inopinée de Predators courroucés. Une question se pose néanmoins en filigrane : pourquoi les gamins, dans ce genre de production putassière, sont-ils fatalement toujours nantis de troubles autistiques pour expliquer leur étonnante perspicacité ? 
A priori, ce repliement maladif semble être la source d'une sagacité hors du commun, au grand dam du spectateur médusé. En sus, Olivia Munn revêt les oripeaux d'une scientifique éminente (Mais enfin, qui peut y croire ?) et se métamorphose, sans fard, en une sorte de militaire effarouchée maniant la mitraillette avec une rare dextérité.

"Pas vraiment une gueule de porte-bonheur" s'écrie la scientifique... pardon... s'écrie la comédienne devant le visage hideux de l'extraterrestre dolichocéphale. Une telle tirade aurait pu également s'appliquer au film de Shane Black. Vient aussi s'agréger un humour potache qui finira de parachever cet impression d'inanité et d'assister à une pellicule étrangement atone. Autre tare et pas des moindres, des canidés extraterrestres nous rappellent les fondements ubuesques et crépitants de ce chapitre racoleur. A l'instar de Predators, The Predator réactive à son tour des canins féroces, obsolètes et nantis d'une coiffure hirsute, pour le plus grand désarroi du spectateur hébété...
Vous l'avez donc compris. Pour éventuellement se délecter de The Predator, il faudra donc visionner ce blockbuster pour ce qu'il est, à savoir une production rustre et renouant avec les bisseries de naguère. C'est même la condition sine qua non pour affectionner ce genre de vilenie funambulesque. Pour les autres, merci d'omettre et de phagocyter les finauderies de Predator premier du nom au profit d'une pellicule au mieux indigente. Sur ce dernier point, les producteurs seraient suffisamment avisés de stopper le carnage dans les plus brefs délais ; ou alors sous la contrainte budgétaire et du capital, d'itérer - encore et impunément - la même recette famélique.
Sinon, c'est tout ? Oui, c'est tout...

 

Note : 07/20

sparklehorse2 Alice In Oliver

(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Predator_(film,_2018)