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Genre : Drame, policier (interdit aux - 12 ans)

Année : 1984

Durée : 3h49 (4h11 en version intégrale)

 

Synopsis :

Il était une fois deux truands juifs, Max et Noodles, liés par un pacte d'éternelle amitié. Débutant au début du siècle par de fructueux trafics dans le ghetto de New York, ils voient leurs chemins se séparer, lorsque Noodles se retrouve durant quelques années derrière les barreaux, puis se recouper en pleine période de prohibition, dans les années vingt. Jusqu'au jour où la trahison les sépare à nouveau.

 

La critique :

Jusqu'à présent, un grand nombre de réalisateurs émérites de l'histoire du Septième Art ont pu s'enorgueillir de l'intérêt de ce modeste blog leur offrant l'honneur qu'ils méritent à juste titre. Cependant, à mon grand étonnement, j'ai pu remarquer qu'aucun film de Sergio Leone n'avait encore eu les faveurs de Cinéma Choc. Leone, un nom de famille résonnant dans le coeur des cinéphiles comme l'un des piliers majeurs du cinéma et comme l'un des plus grands réalisateurs italiens de l'histoire. Son nom fait écho dans notre inconscient collectif en renvoyant directement au très célèbre western spaghetti dont il en est quelque part le père spirituel en le popularisant, tandis que le western américain était en période de déclin. Et pourtant, s'il est adulé à notre époque, le passé en fut tout autre.
Si la réception du public est tout à fait honorable, il n'en sera pas de même pour la critique qui le snobera, le tançant par moment avec des diatribes profondément injustes. Ainsi, à la sortie de Pour Une Poignée de Dollars, un critique le criblera de balles en le nommant "réalisateur le plus surfait du siècle". Un autre lui lancera ce joli dithyrambe comme quoi son influence fut catastrophique sur l'histoire du cinéma. Je pense que nous pourrons nous arrêter là. Toujours est-il que son importance dans le Septième Art sera par la suite reconnue. Plusieurs réalisateurs importants le reconnaîtront comme ayant eu une influence indiscutable sur leur travail. Parmi les thuriféraires, on citera au premier rang le fameux Quentin Tarantino.

Comme quoi ses oeuvres élevées au rang de grand classique du cinéma tels Il était une fois dans l'Ouest et Le Bon, la Brute et le Truand ne récoltèrent pas les éloges qu'elles étaient en droit d'attendre. Pour une première sur le blog, je me retrouve à chroniquer son film testamentaire : Il était une fois en Amérique. Dernière pellicule qui vit mourir 5 ans plus tard son géniteur d'une crise cardiaque. S'il a lui aussi été propulsé au rang de film culte avec le temps, les démons n'ont fait que le poursuivre jusqu'à la fin de sa carrière. Accueil critique mitigé, déception cinglante au box-office, sortie pour le moins désastreuse aux USA et comble de tout, des protestations initiées par les mouvements féministes pour interdire le film, voyant d'un mauvais oeil les violences commises sur les femmes.
Comme quoi les polémiques ridicules ne datent pas d'hier. Réputé pour ses très long-métrages, Il était une fois en Amérique représente l'aboutissement d'un long travail étalé sur près de 12 ans, le chantier étant initié dès 1972. De plus, l'origine de ce projet se fit à travers le roman The Hoods de Harry Gray : une semi-autobiographie inspirée de la vie des truands Bugsy Siegel et Meyer Lansky. Vraisemblablement, sa fascination pour l'enfance des protagonistes lui rappelait sa propre enfance où lui aussi faisait les 400 coups avec ses camarades. Deuxième Sergio Leone qu'il m'ait été donné de voir après le superbe Il était une fois dans l'Ouest, c'est un énième défi de taille que je compte relever avec, je l'espère, brio.

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ATTENTION SPOILERS : Il était une fois deux truands juifs, Max et Noodles, liés par un pacte d'éternelle amitié. Débutant au début du siècle par de fructueux trafics dans le ghetto de New York, ils voient leurs chemins se séparer, lorsque Noodles se retrouve durant quelques années derrière les barreaux, puis se recouper en pleine période de prohibition, dans les années vingt. Jusqu'au jour où la trahison les sépare à nouveau.

Autant dire que Leone n'a pas hésité une seconde pour mettre les petits plats dans les grands en cette année 1984. Douze ans de préparation pour la première production américaine du réalisateur s'éloignant du western pour s'immiscer dans le pur film de gangsters. Le but étant de retracer l'essentiel de la vie d'un jeune des bas-fonds new-yorkais, au beau milieu du quartier juif, tentant de se trouver une place dans ce monde. D'emblée de jeu, le cinéaste ne va aucunement opter pour une approche linéaire de son épopée. Il va se plaire à déstructurer les diverses dimensions temporelles, à adopter un point de vue antichronologique. Les repères spatio-temporels ne semblent plus suivre une ligne droite. Il était une fois en Amérique ne démarrera pas à la naissance du petit Noodles mais bien en 1933 quand celui-ci, s'extasiant dans une fumerie d'opium, a derrière lui des truands visiblement décidés à l'abattre. Après moult péripéties, un saut de 35 ans se fera en pleine gare pour aboutir en 1968 alors que Noodles a atteint le délicat âge de la vieillesse. Et puis, un troisième saut pour, cette fois-ci, 1922 où notre gangster découvre la vie sordide d'un quartier délabré. C'est une époque bien différente de celle que l'on connaît, dans le sens où l'instruction n'était pas obligatoire. Ceci fait que les enfants pouvaient vagabonder comme bon leur semblait. Pour l'exemple, un jeune rouquin sera cantonné à un rôle d'employé d'une boulangerie alors qu'il ne dépasse pas les 14 ans. Dans ces conditions, l'aspect sociologique est frappant.
La population n'est pas épanouie financièrement, les enfants sont entraînés dans des larcins de toute sorte. Où sont les parents ? Quel rôle ont-ils dans l'éducation de leurs bambins ? 

Livrés à eux-mêmes, Noodles et ses 4 compagnons d'infortune veulent se faire une place dans une société qui ne les prend pas seulement au sérieux mais les rejette. Ce sont des indésirables et sur base de ce postulat, pour tenter de gagner de l'argent, ils en viendront à outrepasser les règles juridiques. Le monde des gangsters s'offre à eux et tous ne rêvent que d'atteindre le sommet pour aspirer à une vie meilleure. Est-ce une conséquence de la politique américaine détournant la tête de ces laissés pour compte ? Difficile à expliquer. Quand bien même, c'est l'époque de la prohibition et avec ça un marché hautement lucratif pour les organisations criminelles cherchant à s'enrichir tout en réconfortant la populace. La prohibition sera le contexte principal d'Il était une fois en Amérique.
Elle sera ce qui permit à ce micro-gang de se faire un nom et de récolter le précieux pécule. Un avant-goût du capitalisme et du fameux credo "la fin justifie toujours les moyens". Peu importe ce qu'il faut faire, tant que l'argent rentre, alors c'est parfait. Cependant, les rivalités sont palpables et chacun essaie de bouffer l'autre pour devenir le leader. Noodles et Max en feront les frais face au gang de Bugsy qui les tabassera violemment. C'est dans ces conditions que l'on reconnaîtra le style transgressif de Leone qui ne s'est jamais privé de filmer la violence quand celle-ci est judicieuse. Si nous sommes, sans surprise, loin d'un aspect trash, autant dire qu'Il était une fois en Amérique ne va pas se priver de mettre en scène des séquences qui feraient fort bien bondir les plus timorés.

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La séquence la plus marquante est indéniablement la mort violente du jeune Dominic en ralenti d'une balle dans le dos alors que celui-ci s'enfuyait. Filmer la mort d'un petit enfant est un acte qui risquerait, à l'heure actuelle, de provoquer quelques jolis remous dans le milieu toxique du politiquement correct. Visiblement, Leone se fiche ouvertement de la bienséance entre un homme poignardé par Noodles jeune (ce qui lui vaudra une long séjour en taule), une scène de coït entre un policier et une mineure, une petite séance de torture (léère en comparaison des torture porn bien évidemment), du viol et bien sûr une belle petite série de meurtres. Mais voir en Il était une fois en Amérique une simple odyssée réalisée de manière académique serait une erreur de jugement grosse comme un éléphant. La manière de faire cohabiter les différentes époques de Noodles ne tient pas du hasard. 
La pellicule est avant tout une intense réflexion sur la vie, sur nos actes qui seront déterminants pour le futur que nous nous forgerons. Dans un monde où toutes les instances sont corrompues (police, justice, syndicats et j'en passe), il n'est pas évident de parvenir à acquérir un idéal d'existence. Noodles en a bien eu conscience à cet âge fatidique où l'on en vient à faire le bilan de sa vie. Que lui reste-t-il ? Ses amis sont morts, sa femme a été tuée et son amour de jeunesse qu'il n'aura jamais su séduire sont derrière lui. Il ne lui reste rien, si ce n'est des réminiscences de jadis. Alors que Max a opté pour la quête absolue du pouvoir et de l'appât du gain, Noodles est resté ce gamin du quartier juif avec ses idéaux évaporés et son espérance réduite à néant.

La quête du profit à tout prix ne serait-il qu'un combat vain et avec cela un bonheur n'étant autre qu'une chimère ? Définitivement, le rêve américain n'est pas accessible à tous et beaucoup se retrouvent laissés sur le carreau. Le meurtre de Dominic en sera l'exemple par excellence. En arrière-plan de son petit corps effondré par terre, le pont de Manhattan aussi resplendissant que grandiloquent, témoignant de la toute-puissance en devenir des USA après le chaos de la Première Guerre Mondiale. Cette notion de grandeur est en opposition avec ces rues à feu et à sang où les hommes et femmes meurent pour des broutilles. La formule christique est de se faire du flouze, encore et toujours du flouze, peu importe les combats menés, qu'ils soient malfaisants ou bienfaisants pour l'opinion publique. Le ralliement de la bande de Noodles et Max au combat des syndicats est un autre exemple de choix.
Le mode de vie capitaliste amené à se démocratiser de plus en plus montre déjà des signes défaillants et le risque d'y perdre des plumes et peut-être même sa vie. Preuve étant que Noodles en est une victime directe. Au nom de l'argent, il se retrouvera en prison pour 12 ans, perdant toute sa jeunesse derrière les barreaux froids d'une prison.

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A l'orée de telles ambitions scénaristiques, difficile que de ne pas se montrer déboussolé avant de rédiger cette chronique tant les niveaux de compréhension atteignent des pics inenvisageables. La manière de mettre en scène l'histoire sera sujet à controverse et ne pourra que diviser. Leone va beaucoup jouer sur les non-dits et les non-vus pour laisser au final notre interprétation faire le prolongement des différents chapitres de la vie de Noodles. Ne nous sera montré aucune scène durant les 12 ans de l'enfermement de Noodles, pas plus que la mort de ses amis si ce n'est la scène d'un camion brûlé, de bouteilles de whisky cassées et de cadavres de gangsters. Le passage du Noodles âgé scrutant les tombes de ses amis tous morts en 1933 semble confirmer les morts de son souvenir.
Sans surprise, ce choix pourra prêter à déception, surtout quand on sait que le scénario s'étale sur 3h49 de bobine. Peut-être la version longue permettrait de gommer ce mauvais point. Je me permettrais quand même de rappeler que Leone eut des pressions de la Warner Bros afin que le film ne dépasse pas 2h45. Pour lui, la durée idéale était de 6h mais la requête fut sans surprise refusée. Pareillement pour le montage de 4h25 refusé aussi, ce qui conduira à la version classique de 3h49. Mais le comble de l'histoire sera qu'une version (très très très) raccourcie de 2h19 sera distribuée aux USA où tout était replacé dans un ordre chronologique. Echec au box-office et critiques houleuses de rigueur. Un tel choix créa un vrai scandale et sera à l'origine de la dépression du cinéaste qui ne tournera plus de film jusqu'à sa mort.

Pour repartir sur une note largement plus optimiste, vous serez ravis d'apprendre que le réalisateur n'a rien perdu de son érudition en termes d'esthétisme. L'image est, on peut se le dire, somptueuse. On reste pantois devant la reconstruction de cette époque d'une crédibilité renversante. Rues, devantures de magasins, voitures de jadis, vêtements d'autrefois et j'en passe et des meilleurs. Tout est pensé, millimétré. A cela se rajoute les grands paysages new-yorkais. Je repense une fois de plus à ce pont en arrière-plan des 5 enfants marchant façon "le monde est à nous !". Pas étonnant que cette scène s'est retrouvée propulsée en couverture du film. Auditivement parlant, aucun faux pas à noter. Ennio Morricone dénote toujours son talent via de très belles mélodies parfaitement intégrées à chaque situation.
Et pour les acteurs ? Si je vous dis que Robert De Niro y est en temps qu'acteur principal, vous saurez aisément qu'un bon point est à accorder et vous avez raison. Son professionnalisme n'est plus à démontrer. Il gère à merveille son personnage et ses tourments, ses regrets passés. Froid, détaché mais terriblement attachant. Le reste du casting ne fait aucunement pâle figure. James Woods, Elizabeth McGovern, Joe Pesci, William Forsythe, James Hayden, autant de noms qui augmenteront le pedigree du film tant leur implication dans leur rôle est forte.

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Bref, nous pourrions encore continuer bien longtemps pour décrypter avec sagacité une telle histoire aux moult interprétations. Comme il est dommage de voir que la Warner Bros a saboté le projet dont la durée en était bien loin de la version originale. Oui, certains diront qu'il faut savoir endurer les 3h49 et ce n'est pas faux car vous pouvez réserver votre soirée si vous tenez à vous farcir tout le film d'un coup. Moi-même, je dois bien avouer avoir eu quelques faiblesses à certaines reprises mais, paradoxalement, j'aurais aimé avoir droit à un visionnage plus long, plus développé sur certains points, quitte à voir le film en deux fois. Quand on sait cela, on peut se permettre de réfuter les diatribes de certains concernant l'absence de profondeur de certains événements. La mort des compagnons en est le flagrant exemple. Leone savait qu'un tel scénario n'aurait pu atteindre le firmament si les 6h n'avaient pas été de mises.
Il était une fois en Amérique peut se voir comme un testament maudit qui aura asséné le coup de grâce à un génie du temps passé. Reste que la pellicule est une magnifique expérience de vie sur un homme amené à dresser l'amer bilan de sa vie, alors que les voyages entre passé et présent se font sous une harmonie impeccable. En vivant dans le danger et l'illégalité, les menaces sont d'autant plus importantes, impactant par la même occasion sur ses proches. L'assassinat d'Eve par vengeance étayera ce propos. Si je dois bien avouer ne pas encenser le film, je ne peux que me coucher devant une titanesque odyssée portée par un De Niro magistral. Il y aurait encore beaucoup à dire, ainsi je vous prierai de m'excuser sur la frugalité de cette chronique (ainsi que sur la note finale que certains verront comme une hérésie).

 

Note : 16/20 

 

 

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