ailes de l'enfer film

Genre : action (interdit aux - 12 ans)
Année : 1997
Durée : 1h50

Synopsis : Con Air, c'est la division aéroportée de la police fédérale américaine qui assure le transport des détenus à travers le pays pour comparution devant la cour, urgence médicale ou transfert de prison à prison. Cameron Poe, récemment libéré sur parole, prend place à bord d'un de ces avions pour retrouver sa femme et sa fille, qu'il n'a encore jamais vue. A bord également, Cyrus Grissom, surnommé le virus et quelques-uns de ses comparses, qui doivent rejoindre un nouveau quartier de haute sécurité.    

La critique :

Il faut se rendre sur le site SensCritique et en particulier sur le lien suivant : https://www.cinetrafic.fr/top-film-action pour déceler le Top 100 des meilleurs films d'action. Evidemment, un tel classement reste, de facto, à la fois exhaustif et subjectif. Les thuriféraires de ce registre cinématographique ne manqueront donc pas de notifier le premier et le troisième chapitre de la saga Die Hard (Piège de Cristal et Une Journée En Enfer) réalisés respectivement par John McTiernan entre 1988 et en  1995, le diptyque Kill Bill : volume 1/Kill Bill : Volume 2 (Quentin Tarantino, 2003 et 2004), plusieurs épisodes de la franchise James Bond (notamment Casino Royale en 2006 et Skyfall en 2012), ou encore la saga consacrée aux pérégrinations et aux tribulations de Jason Bourne (à ce titre, La Vengeance dans la Peau est souvent considérée comme le volet le plus probant et le plus accompli de la série).

Vous l'avez donc compris. Le cinéma d'action rime immanquablement avec les saynètes extravagantes et pétaradantes, néanmoins nanties d'une trame narrative suffisamment éloquente pour ne pas berner le spectateur dans les méandres de la supercherie sur pellicule. En ce sens, le cas du film Les Ailes de l'Enfer, réalisé par les soins de Simon West en 1997, constitue à lui tout seul un véritable oxymore. Pour toutes les raisons que nous invoquerons dans cette chronique, ce métrage d'action iconoclaste, pur produit du cinéma hollywoodien, est à la fois adoubé et honni pour sa grandiloquence.
Finalement, Les Ailes de l'Enfer institue cette curieuse conjonction entre le blockbuster et le cinéma bis, soit cette coordination entre le cinéma dispendieux et un autre pan du Septième Art débarrassé du carcan de la prébende et d'une quelconque cohérence narrative ; thématique sur laquelle nous reviendrons ultérieurement.

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Toujours dans ce contexte houleux et de délicieux paradoxe, Les Ailes de l'Enfer est à la fois nommé aux Oscars dans la catégorie "meilleur son" et aux Razzie Awards dans la catégorie du film « manquant le plus de respect envers la vie humaine et les édifices publics » (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Ailes_de_l%27enfer). Nonobstant les invectives, les acrimonies et les quolibets, Les Ailes de l'Enfer toisera, sans dessiller, les sommets du box-office américain. En revanche, les critiques sont beaucoup plus pondérées et se fragmentent en deux sections bien distinctes. D'un côté, les contempteurs gourmandent et chapitrent un film d'action qu'elles jugent au mieux idiot et funambulesque. De l'autre, les laudateurs encensent et édifient un métrage magnanime et délicieusement "borderline". Sur ce dernier point, le film écope d'une classification "R" aux Etats-Unis.

Au Québec, il suscite derechef les épigrammes et les billevesées via une farouche réprobation. Le film est carrément interdit aux moins de 16 ans ! En France, il écope "seulement" d'une interdiction aux moins de 12 ans. Pourquoi de telles réprobations ? Sans doute à cause du rôle de sociopathe perverti, incarné par Steve Buscemi, qui flirte et s'acoquine avec une gamine de 5 ou 6 ans (tout au plus...). Evidemment, une telle saynète ne manquera pas d'effaroucher les esprits les plus circonspects. En outre, Les Ailes de l'Enfer constitue également la toute première réalisation de Simon West.
Par la suite, le cinéaste, producteur et scénariste britannique enchaînera avec Le déshonneur d'Elisabeth Campbell (1999), Lara Croft : Tom Raider (2001), Terreur sur la Ligne (2006), Le Flingueur (2011), ou encore Expendables 2 : Unité Spéciale (2012).

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Bref, pas de quoi s'égayer ni s'enthousiasmer devant une filmographie aussi erratique (pour être gentil...). A ce jour, Les Ailes de l'Enfer reste, sans aucun doute, le métrage le plus éloquent de Simon West. Hormis Steve Buscemi, déjà mentionné dans cette chronique, la distribution du film se compose de Nicolas Cage, John Malkovich, John Cusack, Ving Rhames, Danny Trejo, Colm Meaney, Nick Chinlund, Dave Chappelle, Rachel Ticotin et Monica Potter. Attention, SPOILERS ! (1) Cameron Poe est un Ranger de l'armée américaine. Le soir de son retour à la vie civile, voulant défendre sa femme des assauts d'un ivrogne, il le tue involontairement et doit passer 8 ans sous les verrous.
À sa sortie de prison, il est renvoyé chez lui à bord d'un avion
pénitentiaire dans un vol exceptionnel qui réunit les criminels les plus dangereux du pays, qui parviennent à prendre le contrôle de l'appareil sous la direction de l'assassin multirécidiviste Cyrus Grissom, surnommé "Cyrus le Virus".

Alors que les fédéraux au sol envisagent de détruire l'avion, le Marshal Vince Larkin s'y oppose, persuadé que Cameron est leur allié... (1) A l'aune de cette exégèse, difficile de ne pas fulminer après la bêtise insondable du scénario. Ce n'est un hasard si on retrouve des noms tels que Jonathan Hensleigh et Jerry Bruckheimer derrière les exactions, les pitreries et les envolées pyrotechniques de Les Ailes de l'Enfer ! Les deux hommes sont des figures habituelles (et incontournables ?) du cinéma d'action américain depuis le milieu des années 1990.
Difficile également de ne pas se gausser devant les délires capillaires de Nicolas Cage, de nouveau affublé d'une coiffure hirsute ! Pour le comédien, Les Ailes de l'Enfer constitue cette manne providentielle pour rattraper son retard sur un certain Bruce Willis qui caracole en tête de peloton via la saga Die Hard.

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En l'occurrence, Les Ailes de l'Enfer se distingue par son nihilisme partial. D'un côté, nous avons les gentils avec un Nicolas Cage, victime béate du couperet judiciaire et un John Cusack, en Marshal cabotin. De l'autre, nous avons les méchants qui coalisent, à eux seuls, tous les archétypes habituels du genre. Il faudra donc composer avec un psychopathe lettré et retors, un violeur incapable de réfréner ses satyriasis, un Afro-Américain transmuté en nouveau défenseur des opprimés et un homosexuel transi d'amour pour le travestisme et la culture transgenre !
Seul le cas de Garland Greeme, par ailleurs incarné par un Steve Buscemi plus sarcastique que jamais, fait figure d'exception notable. Pour son rôle, le comédien revêt les oripeaux d'un monstre forcené et drapé d'une camisole de force, un peu à la manière d'un Hannibal Lecter, l'anthropophagie en moins... 

La référence à Le Silence des Agneaux (Jonathan Demme, 1991) est prégnante, à défaut d'être éloquente. Paradoxalement, le taulard écervelé ne participera pas aux festivités et partira jouer à la poupée avec une gamine de passage. Ici, la pédophilie est évidemment suggérée et ne manquera pas d'effaroucher - sans doute à raison - les contempteurs les plus réfractaires. Via cette séquence pour le moins racoleuse, Les Ailes de l'Enfer affirme cette farouche velléité de ne pas céder aux injonctions de la doxa hollywoodienne, ainsi qu'aux bienséances habituelles.
Paradoxalement, le film verse allègrement dans la profusion de déflagrations prétentiardes et spectaculaires, à tel point qu'on ne sait plus qui tire sur qui et surtout pourquoi. Sur la forme, Les Ailes de L'Enfer correspond à la quintessence du blockbuster crétin, histrionique et assumant ses frasques débilitantes. Dans cette chienlit cinématographique, les dialogues brillent eux aussi par leur machisme ostensible, leur xénophobie latente et les répliques absconses. On se demande comment un acteur tel que John Malkovich a pu se laisser dévoyer par une production aussi exsangue.
Cependant, nonobstant toutes ses carences et ses impondérables, Les Ailes de l'Enfer reste un vrai plaisir coupable et corrobore, in fine, ce bon vieil adage régressif : "Plus c'est con, plus c'est bon !". Ma note finale fera donc preuve d'une incroyable mansuétude.

Note : 13/20 

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(1) Synopsis du film sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Ailes_de_l%27enfer