abcs of death

Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 16 ans)
Année : 2012
Durée : 2h03

Synopsis : 26 réalisateurs, 26 façons de mourir. 26 cinéastes proposent 26 courts métrages horrifiques, développés à partir de chacune des 26 lettres de l'alphabet. 

La critique :

Il serait sans doute un peu ridicule de recenser tous les films d'horreur qui traitent, avec peu ou prou de finauderie, la thématique de la mort, une dialectique peu enjouée, il faut bien le reconnaître... Les thuriféraires du cinéma trash en général et du Mondo en particulier ne manqueront pas de stipuler un long-métrage tel que Faces of Death (John Alan Schwartz, 1978), une oeuvre véhémente, putride et brutale qui scénarise la Faucheuse au cinéma. L'affiche érubescente du film nous promet béatement des morts bien réelles et flagorne, de facto, l'oeil scoptophile du spectateur transmuté en consommateur ingénu. Suicides, accidents routiers, exécutions sadiques, tortures orchestrées par une secte satanique célébrant la fin prochaine du monde...
Le film de John Alan Schwartz ne fait pas vraiment dans la dentelle et se veut être un véritable panorama magnanime en termes d'ignominies et d'exactions déversées béatement à l'écran.

A juste titre, Faces of Death écope de l'ultime réprobation via une interdiction aux moins de 18 ans. Le métrage est même banni et honni dans de nombreux pays, battant arrogamment le record d'interdiction à travers le monde. Pourtant, toutes les saynètes virulentes et sanguinolentes sont factices et sont tournées par des acteurs amateurs, parfois par John Alan Schwartz lui-même. Mais cette oeuvre censurée et maudite (tout du moins, au moment de sa sortie) a laissé derrière elle un souvenir hélas indélébile et va influencer plusieurs générations de films et de cinéastes.
Pendant plusieurs années, Eli Roth, le réalisateur de Cabin Fever (2002) et Hostel (2006) - entre autres, évoquera l'idée de signer un remake, avant de s'atteler, in fine, au tournage de The Green Inferno (2013), une version édulcorée de Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980).

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Durant le tournage du film à sketches intitulé The ABCs of Death, sorti en 2012, plusieurs cinéastes éminents se réclameront justement de Faces of Death à travers ce nouvel attrait cinématographique pour la mort et ses diverses circonvolutions putrescentes. Mais l'objectif initial n'est pas de réaliser une oeuvre méphitique et aux tonalités mortuaires, soit un "death movie" pour arborer un terme beaucoup plus péjoratif ; mais de s'ébaudir de la Faucheuse quand elle survient inopinément. The ABCs of Death se compose donc de 26 segments, soit de 26 courts-métrages, tous étant réalisés par un metteur en scène différent. La liste des convives coalise plusieurs noms prédominants du cinéma d'horreur. Kaare Andrews, Angela Bettis, Ernesto Diaz Espinoza, Jason Eisener, Hélène Cattet, Bruno Forzani, Adrian Garcia Bogliano, Xavier Gens, Lee Hardcastle, Jorge Michel Grau, Noboru Iguchi, Thomas Malling, Anders Morgenthaler, Yoshihrio Nishimura, Banjong Pisathanakun, Simon Rumley, Marcel Sarmiento, Jon Schnepp, Srdjan Spasojevic, Timo Tjahjanto, Andrew Traucki, Nacho Vigalondo, Jake West, Ti West, Ben Wheatley, Adam Wingard et Yudai Yamaguchi font donc partie des précieux conviviats.

Dès lors, inutile de préciser que The ABCs of Death est un projet ambitieux qui a recueilli les acclamations et les vivats de critiques unanimement panégyriques. Reste à savoir si ce long-métrage, d'une durée académique de deux heures et trois minutes de bobine, mérite de telles courtisaneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique... Toujours est-il que cette pellicule horrifique s'est notamment illustrée lors du festival international du film de Toronto et a coalisé toute une armada de thuriféraires. Surtout, The ABCs of Death vient s'agréger dans une catégorie plutôt erratique en termes de qualité cinéphilique, à savoir le film d'horreur aux diverses segmentations ; ce qui est souvent synonyme de déconvenue, de déconfiture, d'iniquité voire de fastidiosité sur la durée.
Néanmoins, le métrage va parvenir à s'auréoler d'une réputation plutôt flatteuse, notamment sur Internet et les réseaux sociaux, à tel point qu'une suite, The ABCs of Death 2 (2013) sera tournée dans la foulée, rééditant la même didactique scénaristique (26 courts-métrages et 26 réalisateurs, toujours sur le thème de la mort).

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Il serait donc parfaitement ridicule, voire funambulesque, de procéder à l'exégèse de The ABCs of Death et de s'appesantir sur chaque court-métrage. Mais en général, les films d'épouvante fragmentés en plusieurs sketches se segmentent en trois, quatre, voire cinq parties bien distinctes. Or, The ABCs of Death gage sur des sections filmiques de trois, quatre, cinq, maximum six minutes... (Chronomètre en main) probablement pour ne pas perdre ni décontenancer son spectateur en cours de séance. Ce concept crée une certaine promiscuité avec son audimat en convoquant une sorte d'alphabet élégiaque à consonance funeste, chaque lettre de l'abécédaire désignant une mort imminente...
Pas le temps de persifler ni de maugréer, de trouver le temps un brin longuet, d'exhorter le film à accélérer les inimitiés ni de regarder sa montre dans la foulée.

C'est toute la sagacité de ce format subdivisé en 26 courts-métrages, d'autant plus que The ABCs of Death varie les animosités. Certes, on retrouve les grands classiques du cinéma horrifique avec son lot de morts saisissantes, d'accidents impromptus et de quelques notes truculentes. Corrélativement, le métrage peut aussi s'enhardir de plusieurs parties animées ; ce qui donne parfois un peu cette impression de lire, sur un écran ouvert, une sorte de recette de cuisine destinée à appâter un large public.
Cependant, il faudrait se montrer particulièrement rustre et vachard pour ne pas reconnaître les arguties bien réelles de The ABCs of Death. Après Creepshow (George A. Romero, 1982) qui avait recueilli toute une pléthore de plébiscites au moment de sa sortie, le film d'horreur à sketches peut s'enorgueillir de détenir son nouveau bréviaire référentiel. 

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On comprend mieux les dithyrambes et les flagorneries même si, en fonction des sensibilités disparates, certains spectateurs maronneront - sans doute à raison - devant l'aspect parfois un peu trop satyriasique du film. Derechef, la mort subreptice est accablée par le sceau de la concupiscence... Et The ABCs of Death n'échappe pas à cette règle fatidique. A vrai dire, on le subodorait en catimini... Sur ce dernier point, la section signée Noboru Iguchi est une véritable démonstration de libido et d'irrévérence. En outre, le spectateur avisé ne sera pas surpris de retrouver le réalisateur de The Machine Girl (2008) et Zombie Ass : Toilet of the Dead (2011) derrière une nouvelle infamie de miasmes et d'insanités fécales. Puis, à d'autres moments, The ABCs of Death se transmue en une production déviante et dérangeante, abordant sans fard le torture porn et même la thématique, toujours spinescente, de la pédophilie... In fine, comment ne pas évoquer cette historiette relatant le calvaire, puis l'automutilation d'une jeune femme replète et victime des acrimonies de ses pairs ?
Dépitée et anathématisée, cette personne anonyme se décharnera sous les yeux ébaubis du spectateur médusé, laissant derrière elle quelques lambeaux de chair et un visage sérieusement émacié... Une telle saynète ne manquera pas d'estourbir durablement les persistances rétiniennes et continuera de nous tarabuster lors du générique final. Vous l'avez donc compris. Cette production, à la fois sarcastique et iconoclaste, n'a pas usurpé son interdiction aux moins de 16 ans. Chronique élusive aujourd'hui, mais sincèrement, je ne vois pas quoi dire de plus sur ce film.

Note : 15/20

 

 

sparklehorse2 Alice In Oliver