extremities

Genre : thriller 
Année : 1986
Durée : 1h29

Synopsis : 

Marjorie est une jeune femme qui travaille dans un musée et vit avec deux amies colocataires, Pat et Terry à Los Angeles. En sortant d'un supermarché, et en rentrant dans sa voiture, elle est attaquée au couteau par un assaillant masqué, qui l'oblige à le toucher sexuellement. Marjorie parvient à s'échapper, mais son agresseur a pu récupérer son portefeuille qui contient sa carte d’identité. Elle va à la police mais on lui dit, qu'ils ne peuvent pas faire grand-chose. Une semaine plus tard, alors que les colocataires de Marjorie sont au travail, son cauchemar recommence lorsque son agresseur (nommé Joe) pénètre dans sa maison, ayant utilisé ses renseignements personnels pour savoir où elle habite. 

La critique :

Il faut se rendre sur le site SensCritique et en particulier sur le lien suivant : https://www.senscritique.com/liste/Rape_Revenge_La_totale_par_ordre_Chronologique/300487 pour déceler la liste foisonnante et exhaustive (136 films répertoriés tout de même !) des longs-métrages se réclamant du rape and revenge. Si le film intitulé La Dernière Maison sur la Gauche (Wes Craven, 1972) lance définitivement ce registre cinématographique vers l'orée des années 1970, le genre acte pourtant sa naissance bien des années plus tôt, en particulier vers le début des années 1960 via La Source (Ingmar Bergman, 1960). Des oeuvres telles que Les Chiens de Paille (Sam Peckinpah, 1971), La femme Scorpion (Shun'ya Itô, 1972), Elle S'Appelait Scorpion (Shun'ya Itô, 1972), Crime à Froid (Bo Arne Vibenius, 1974), La Traque (Serge Leroy, 1975), ou encore Week-End Sauvage (William Fruet, 1977) se chargeront d'ériger une âpreté et une misanthropie ostentatoires.

Jadis, la femme effarouchée et atrocement suppliciée était clouée au pilori d'une hégémonie exclusivement masculine, telle une phallocratie tyrannique. Ce didactisme se devait de permuter pour transposer ce syllogisme à priori irrépressible. Corrélativement, le succès triomphal et inopiné du rape and revenge coïncide, peu ou prou, avec l'avènement du féminisme dans une société hédoniste et consumériste. Hommes et femmes doivent désormais culminer ensemble et à égalité sur le même piédestal ; au grand dam d'une masculinité courroucée et qui accepte, sans barguigner, de perdre son hégémonie ainsi que son patriarcat. La plupart des rape and revenge s'acheminent sur la même dialectique éprise d'égalitarisme et d'impartialité à tous crins.
D'un côté, les hommes dominent arrogamment la gente féminine et se comportent comme des rustres nantis de satyriasis.

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De l'autre, la femme est perçue comme un être vulnérable et justement victime des roueries et des pulsions concupiscentes d'une phallocratie un peu trop outrecuidante. Or, cette omnipotence fantasmagorique se doit d'être véhiculée à travers un genre cinématographique souvent virulent et archétypal. Certes, Extremities, réalisé par les soins de Robert Milton Young en 1986, n'a pas vraiment pour velléité de mimer et de paraphraser des oeuvres aussi irrévérencieuses que Les Chiens de Paille ou le terrible Crime à Froid. Toutefois, ce thriller, mâtiné de huis clos, s'agence sur le même didactisme. En gros, comprenez que l'homme est à la fois un chasseur et un prédateur aux tendances libidineuses.
C'est cette même libido qu'il faut minorer, castrer, châtier, claustrer, épurer et éventuellement cisailler, pour le plus grand désarroi de ce bourreau insatiable et de surcroît manipulateur. 
A la fois cinéaste, scénariste et producteur américain, Robert Milton Young possède une filmographie plutôt prolifique, mais guère éloquente.

En outre, le metteur en scène a essentiellement officié derrière des téléfilms ou des feuilletons télévisés. Il serait parfaitement futile de les citer puisque ces oeuvres subsidiaires n'ont même pas bénéficié d'une exploitation dans nos contrées hexagonales. En l'occurrence, Extremities fait figure d'exception notable puisque le film reste le métrage le plus proverbial de Robert Milton Young. La distribution de ce thriller se compose de Farrah Fawcett, James Russo, Alfre Woodard, Diana Scarwid et Sandy Martin. Parmi ce casting plutôt condensé pour l'occasion, on retrouve donc la belle Farrah Fawcett, l'une des stars de la série Drôles de dames (1976).
La carrière de la comédienne émérite ne se résume pas seulement à une seule et unique série télévisée. L'actrice sera par ailleurs saluée par les critiques pour ses prestations cinéphiliques.

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Si son rôle dans Saturn 3 (Stanley Donen, 1980) ne laisse pas vraiment un souvenir indélébile, ses prestations dans Le Prédicateur (Robert Duvall, 1998) et Docteur T et les femmes (Robert Altmann, 2000) sont unanimement encensées par les critiques. La presse dithyrambique regrette même que la comédienne ne soit pas plus souvent employée dans le noble Septième Art. Justement, le film de Robert Milton Young (donc Extremities, au cas où vous n'auriez toujours pas compris...) a pour vocation d'ériger le talent de Farrah Fawcett aux yeux de l'Amérique et même sur la scène internationale. Ce n'est pas un hasard si l'affiche du long-métrage arbore la vénusté de l'actrice comme principal argument de vente. Par ailleurs, Farrah Fawcett sera nominée aux Golden Globes en 1987 pour son illustre performance dans ce thriller à la fois retors et machiavélique.

A l'origine, le métrage est aussi l'adaptation d'une pièce de théâtre de William Mastrosimone. Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse du film. Attention, SPOILERS ! (1) Marjorie (Farrah Fawcett) est une jeune femme qui travaille dans un musée et vit avec deux amies colocataires, Pat et Terry à Los Angeles. En sortant d'un supermarché, et en rentrant dans sa voiture, elle est attaquée au couteau par un assaillant masqué, qui l'oblige à le toucher sexuellement. Marjorie parvient à s'échapper, mais son agresseur a pu récupérer son portefeuille qui contient sa carte d’identité.
Elle va à la police mais on lui dit, qu'ils ne peuvent pas faire grand-chose. Une semaine plus tard, alors que les colocataires de Marjorie sont au travail, son cauchemar recommence lorsque son agresseur (nommé Joe) pénètre dans sa maison, ayant utilisé ses renseignements personnels pour savoir où elle habite (1). 

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Certes, la presse spécialisée et les critiques ont bien eu raison d'encenser, d'adouber et même de déifier la performance magistrale de Farrah Fawcett dans ce thriller à couteaux tirés. On sent l'actrice totalement investie et habitée dans ce personnage de femme assaillie, puis courroucée par une sorte de maniaque et de forcené intarissable. L'agression phallique se segmente en plusieurs étapes bien distinctes. Dans un premier temps, Joe (donc le serial killer échevelé) tarabuste Marjorie. Cette dernière interpelle la police. Mais il faut que le criminel passe à l'acte pour que nos forces de sécurité puissent éventuellement se montrer un peu moins pusillanimes.
Puis, Joe agresse Marjorie dans son véhicule. La jeune femme échappe de peu au viol et se réfugie dans sa demeure opulente.

La menace du tueur en série reste prégnante. Fallacieux, ce dernier ne tarde pas à se manifester et pénètre dans la maisonnée. Mais la dialectique comminatoire tend à s'intervertir... Contre toute attente, Marjorie parvient à renverser son oppresseur et même à le maintenir en captivité. A partir de là, Extremities repose sur la confrontation entre une Farrah Fawcett atrabilaire et un prisonnier obséquieux qui tente, malhabilement, de sauver sa peau. Bientôt, Marjorie est assistée, puis secondée par Patricia et Terry, ses deux meilleures amies. Les trois femmes en déveine doivent décider arbitrairement du sort du violeur. Dès lors, le film perd subrepticement de sa tension et de sa sagacité pour se transmuter en un téléfilm factice et de facture conventionnelle.
La doxa portée et prodiguée par Extremities est habilement agencée. L'homme est un agresseur phallique dont les tendances érotomanes et scopophiles doivent être à tout prix jugulées.

La femme reste la victime béate et infortunée d'une Phallocratie absolutiste que notre société et justice ont décidée de défendre et de protéger. C'est même la raison pour laquelle les viols sont toujours aussi prépondérants dans notre société occidentale et contemporaine. On croit fabuler... Vous l'avez donc compris. Le message dissimulé par Extremities est plutôt éloquent. Le film se veut être le dévot docile de la vulgate dominante. A contrario, le métrage s'inscrit dans le sillage et le continuum de tous ces rape and revenge qui reposent, eux aussi, sur le même axiome autocratique. Seule dissimilitude, Extremities perd de sa fougue et de son impétuosité après une petite heure de bobine.
In fine, le métrage de Robert Milton Young souffre de la comparaison avec une concurrence apoplectique en la matière. Sans le duo formé par Farrah Fawcett et James Russo, ce métrage déguisé en téléfilm aurait prestement sombré dans les affres de la fastidiosité et de la désuétude.

Note : 10.5/20 

sparklehorse2 Alice In Oliver