dernier monde cannibale

Genre : horreur, gore, trash, extrême (interdit aux - 18 ans au moment de sa sortie, interdit aux moins de 16 ans aujourd'hui)
Année : 1977
Durée : 1h28

Synopsis : En route pour l’île de Mindanao, un avion avec quatre passagers, s’écrase dans la jungle. La nuit tombée, les rescapés sont agressés par des cannibales et seuls Robert Harper et Rolf parviennent à s’échapper. Vite séparé de Rolf, Harper est finalement capturé par une tribu pour être soumis aux pires atrocités...  

La critique :

Si Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980) est souvent considéré comme le parangon, voire l'oeuvre ultime et référentielle en termes d'exactions, d'ignominies et d'anthropophagie ad nauseam, le film de Ruggero Deodato n'est pas ce film charnière et ne fait que réitérer la formule déjà ânonnée dans Cannibalis - Au Pays de l'Exorcisme (Umberto Lenzi, 1972). Certes, c'est bien Cannibal Holocaust qui va remporter le précieux pactole et s'ériger au panthéon de ces oeuvres nihilistes, scandaleuses et sulfureuses, écopant justement de l'ultime réprobation (donc, une interdiction aux moins de 18 ans).Opportuniste, Ruggero Deodato n'en est pas à son premier coup d'essai et a parfaitement cerné l'appétence du public pour l'horreur et les diverses érubescences.
En outre, le metteur en scène transalpin n'a jamais caché sa dilection ni son effervescence pour Cannibalis - Au Pays de l'Exorcisme.

Pour mémoire, le film d'Umberto Lenzi narrait les tribulations et les pérégrinations d'un journaliste occidental sur un territoire indigène et toujours confiné à l'Âge de Pierre. Bon gré, mal gré, notre héros d'infortune doit s'acclimater aux us et aux coutumes ancestraux de ses nouveaux réceptionnistes (si j'ose dire...). Toutefois, en dépit de certains rites sadiques et mortifères, cette tribu se révèle bien plus affable et magnanime que notre civilisation hédoniste et consumériste. Bientôt, l'aventurier est assimilé par cette peuplade à priori archaïque et s'énamoure de la belle Maraya.
Contre toute attente, le cannibalisme est assez peu présent dans cette pellicule qui tergiverse entre l'horreur, le gore, les combats (bien réels) d'animaux, l'aventure et le long-métrage à caractère ethnologique et anthropologique.

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Pour Le Dernier Monde Cannibale, sorti en 1977, Ruggero Deodato aspire à épouser - peu ou prou - le même didactisme. Conjointement, le Mondo fait fureur via le support vidéo. Espiègle, Ruggero Deodato souhaite réaliser un métrage qui agglomérerait matoisement anthropophagie, horreur, impudicités, massacres d'animaux et Mondo (Comprenez "Death Movie"). Si Cannibal Holocaust est souvent répertorié, voire édifié comme le ou l'un des films les plus extrêmes de sa catégorie (souvent à égalité avec Eaten Alive - La Secte des Cannibales du même Umberto Lenzi), Le Dernier Monde Cannibale n'a pas à rougir de la comparaison avec son glorieux succédané.
D'ailleurs, ce n'est pas aléatoire si Le Dernier Monde Cannibale est souvent érigé comme les toutes premières prémisses de Cannibal Holocaust.

En vérité, ce diptyque formé par Le Dernier Monde Cannibale et Cannibal Holocaust est le digne héritier de Cannibalis - Au pays de l'exorcisme, soit le véritable initiateur de cette vague âpre et virulente. Toujours la même ritournelle... A l'instar de ses augustes homologues, Le Dernier Monde Cannibale écopera d'une interdiction aux moins de 18 ans au moment de sa sortie pour son exposition gratuite et factieuse de la violence. Aujourd'hui, la réprobation a été minorée pour passer à une interdiction aux moins de 16 ans (souvent avec la mention "avertissement").
A tort, on euphémise souvent l'impact de Le Dernier Monde Cannibale. Indubitablement, ce long-métrage outrecuidant est victime de la réputation outrageante de Cannibal Holocaust. Pour le remake du film de Ruggero Deodato, le fameux The Green Inferno (2013), Eli Roth avouera s'être inspiré de la réthorique narrative de Le Dernier Monde Cannibale.

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Mieux, le film de Ruggero Deodato est généralement inventorié parmi les oeuvres les plus éloquentes d'un genre souvent racoleur et putassier. La distribution du film se compose de Massimo Foschi, Me Me Lai, Ivan Rassimov, Sheik Razak Shikur et Judy Rusly. Attention, SPOILERS ! (1) Croyant avoir découvert un gisement de pétrole, Robert Harper se rend en Amazonie avec Ralph, son ami anthropologue. Les deux hommes sont accompagnés par l’inévitable pilote d’hélicoptère, par une femme du pays, et ils doivent retrouver sur place une équipe déjà installée et prête à trimer.
Mais une fois arrivés au beau milieu de la jungle hostile, ils ne trouvent personne. Et pour cause : une petite virée dans l’enfer vert leur apprendra que tout le monde a été bouffé par des cannibales. Sagement, nos quatre badauds décident d’attendre dans l’hélicoptère que le jour se lève pour pouvoir redécoller et s’enfuir.

Mais une nuit, c’est long, et la femme, n’y tenant plus, part satisfaire un besoin naturel hors de l’abri. Elle est aussitôt kidnappée par les cannibales. Bon prince, le pilote d’hélicoptère persuade ses compagnons de partir à sa recherche dès l’aube. Mais elle aussi s’est faite mangée. Pour découvrir cela, les survivants se seront égarés dans la jungle… Ils vont vite être séparés après que leur radeau ait chut dans une cascade. Harper sera retenu prisonnier par les cannibales avec pour seule consolation la présence d’une belle indigène (1). Autant l'annoncer sans ambages.
Le Dernier Monde Cannibale ravira et flagornera les thuriféraires du cinéma gore et extrême pour son impétuosité et ses exactions à satiété. Sur la forme comme sur le fond, le film de Ruggero Deodato contient déja tous les rudiments et les linéaments qui érigeront le succès de Cannibal Holocaust trois ans plus tard.

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De prime abord, le film se polarise allègrement sur une faune locale particulièrement plantureuse. Au détour d'une saynète élusive mais d'une rare atrocité, ce sont des indigènes qui se délectent des organes et des intestins d'un crocodilien. Pour l'anecdote, la séquence peu ragoûtante n'est pas simulée. A l'époque, le cinéma d'horreur pouvait encore se permettre de supplicier des animaux en déveine. Donc, pour ceux qui excècrent et abhorrent les massacres gratuits d'animaux, prière de quitter leur siège et de retourner gentiment dans leurs pénates...
Les viols font eux aussi partie des tristes réjouissances et seront hélas réactivés lors du scénario de Cannibal Holocaust. Au contact de cette jungle comminatoire et impitoyable, Robert Harper devra se transmuter à son tour en sauvage intarissable.

Lui aussi cèdera et s'adonnera à la concupiscence et au cannibalisme avant de se confiner dans une psychasthénie rédhibitoire. Certes, par la suite, Ruggero Deodato tente d'atténuer son propos via les mentions "histoire vraie" et "inspiré d'un fait divers". Mais de telles scansions péremptoires ne parviennent pas à dissimuler les diverses trivialités et abjections déversées abondamment à l'écran. Nonobstant tous ces impondérables, Le Dernier Monde Cannibale peut néanmoins s'enhardir d'une mise en scène probe et cérémonieuse. Même remarque concernant l'interprétation.
Mention spéciale à Massimo Foschi, totalement investi dans son rôle, et réellement tourmenté, voire rudoyé pour l'occasion. Indiscutablement, Le Dernier Monde Cannibale laisse une impression malaisante et estourbit durablement les esprits pour sa violence, sa brutalité et son radicalisme.

Note : 12.5/20

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(1) Synopsis du film sur : http://tortillapolis.com/critique-film-le-dernier-monde-cannibale-ruggero-deodato-1977/