cabin fever patient zero

Genre : horreur, gore, trash (interdit aux - 16 ans)
Année : 2014
Durée : 1h35

Synopsis : Dans les Caraïbes, un bateau de croisière accoste près d’une île abandonnée… Un virus mortel fait alors son apparition et les plaisanciers sont contraints de trouver un moyen de survie avant que cet étrange maladie ne ronge leur chair et les extermine tous

La critique :

Qui aurait sérieusement gagé sur le phénomène populaire engendré par Cabin Fever (Eli Roth, 2002) premier du nom ? Personne ou presque... Pas même son auguste démiurge en la personne d'Eli Roth qui signait ici sa toute première réalisation. A l'orée des années 2000 et suite au succès surprise et pharaonique de Cabin Fever, certains laudateurs du cinéaste lui prédisent une carrière fructueuse et érigent Eli Roth comme le nouveau grand parangon du cinéma d'horreur.
Certes, à postériori, le producteur et metteur en scène américain s'accointera et s'acoquinera avec Quentin Tarantino pour réaliser Hostel (2006). Opportuniste, ce dernier profite de l'occasion pour tourner quelques saynètes gore sous la complicité béate de Takashi Miike, un autre cinéaste asiatique éminent qui vient s'agréger aux inimitiés.

L'année suivante, Eli Roth enchaîne avec Hostel - Chapitre 2 (2007) et délivre une oeuvre beaucoup plus sagace et tortueuse en se polarisant davantage sur ce système cupide et mercantiliste qui appâte et flagorne des bourreaux plantureux. Ce sera presque la dernière grande épitaphe d'Eli Roth avant de s'enliser dans les remakes factices via The Green Inferno (2013), conçu comme la nouvelle version (édulcorée...) de Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980), et Death Wish (2018), le remake lénifiant et désincarné d'Un Justicier dans la Ville (Michael Winner, 1974).
Contre toute attente, Eli Roth a abandonné ses outrecuidances de naguère pour se laisser dévoyer par la machine hollywoodienne. Le metteur en scène a toujours refusé de tourner une suite putative et chimérique à Cabin Fever.

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Pas Ti West qui décide de reprendre, peu ou prou, la même recette famélique et sur fond d'inoculation irréfragable. Ainsi, Cabin Fever 2 : Spring Fever (Ti West, 2009) voit le jour et confirme la gloire naissante d'une franchise pourtant fastidieuse. Pour mémoire, le premier chapitre n'avait pas vraiment laissé un souvenir indélébile, à l'exception de certains geeks patentés aux Etats-Unis. Mais peu importe. A l'instar du premier film tourné par Eli Roth, Cabin Fever 2 rapporte suffisamment de pécune et de prébendes pour attiser la vanité des producteurs obséquieux.
Toujours avec l'aval d'Eli Roth, un troisième opus est tourné trois ans plus tard. Ce sera Cabin Fever 3 : Patient Zero, réalisé par les soins de Kaare Andrews en 2014. Le metteur en scène est un dessinateur et un grimaud bien connu de la firme Marvel pour avoir griffonné les scénarii d'une multitude de comics.

Corrélativement, Kaare Andrews n'a jamais caché son engouement ni son effervescence pour le cinéma horrifique. C'est ainsi qu'il s'auréole du statut de réalisateur de séries B d'épouvante, impression corroborée par sa filmographie composée d'Altitude (2010), d'un segment - "V for Vagitus" - pour le film The ABCs of Death (2012), et bien sûr de Cabin Fever 3, son dernier long-métrage en date. En outre, difficile de comprendre et de discerner cette mode insatiable pour les préquelles dès qu'une franchise se révèle particulièrement rentable.
On se souvient encore de cette vague impression de désappointement laissée par Rec 3 : Génesis (Paco Plaza, 2012), un troisième chapitre qui tentait de s'amorcer sur la genèse et les premiers balbutiements d'une contamination exponentielle. 

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Cabin Fever 3 : Patient Zero s'achemine, peu ou prou, sur le même didactisme. Aux yeux de certains amateurs invétérés de la série, Cabin Fever 3 constituerait le ou l'un des chapitres les pus probants de la franchise. Si le film n'a pas bénéficié d'une exploitation dans les salles obscures, il reste néanmoins disponible en streaming et via le support DTV (direct-to-video). La distribution de ce troisième épisode se compose de Sean Astin, Currie Graham, Ryan Donowho, Brandon Eaton, Jillian Murray, Mitch Ryan et Lydia Hearst. Attention, SPOILERS !
(1) Isolés sur une île prétendue déserte afin de se payer un peu de bon temps, un groupe de jeunes gens découvre dès leur arrivée qu’ils sont les victimes de réactions allergiques plutôt virulentes. Parallèlement, une équipe de scientifiques mène au cœur de l’île une série d’expériences sur un individu contaminé par le virus mais étonnamment insensible à ses effets (1).

Alors, quoi de neuf sur la planète intitulée Cabin Fever ? En l'occurrence, il serait beaucoup plus convenant de parler d'une planète atone et exsangue tant ce troisième opus brille par sa vacuité et ses inanités narratives. Conjointement, la production du film avait déjà annoncé, dans la foulée, la sortie d'un Cabin Fever 4 : Outbreak. Mais, heureusement, le projet n'est plus d'actualité, probablement à cause des scores décevants de ce Cabin Fever 3 : Patient Zero.
A l'aune de ce troisième volet plutôt lénifiant, on se demande pourquoi les producteurs ne transmutent pas cette contamination en une série télévisée tant ce troisième chapitre s'apparente, au mieux, à un épisode adventice visant à faire lambiner les fans originels. En outre, même ces derniers risquent d'être décontenancés par les directions spinescentes de cet ixième volet.

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Pourtant, curieusement, certains thuriféraires un peu trop enjoués annonçaient sans fard un épisode gore et ultra violent. Paradoxalement, Cabin Fever 3 se montre particulièrement prolixe pour ériger une nouvelle race d'infectés. Contrairement aux apparences matoises, ces derniers ne sont pas seulement des sortes de zombies putrescents se hâtant dans tous les sens et tortorant des victimes aléatoires. Pis, nos chers contaminés font montre de roublardise et ourdissent de savants complots contre l'espèce humaine. Avec le temps, nos macchabées sont donc appelés à haranguer nos élites et à revêtir les frusques d'une oligarchie absolutiste et hégémonique.
Certes, sur la forme, l'idée n'est pas forcément si candide. Malencontreusement, Kaare Andrews se noie dans de longues facondes pour proposer, in fine, un troisième épisode étrangement policé. Seules quelques saynètes gore, savamment troussées et réalisées, permettent de fermer les mirettes sur les frivolités et les fariboles psalmodiées par ce troisième opus. On finirait presque par regretter les aspects gouailleurs du film d'Eli Roth, ainsi que le côté épars de Cabin Fever 2 : Spring Fever. Bref, après cette déconvenue artistique et commerciale, il serait temps, pour les producteurs, à cesser prestement les hostilités.

Note : 07.5/20

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(1) Synopsis du film : http://www.strange-movies.com/critique-cabin-fever-3-patient-zero.html