grimm love

Genre : thriller, drame (interdit aux - 16 ans)
Année : 2006 (sortie du film en Allemagne), 2010 (sortie du film en France)
Durée : 1h30

Synopsis : Katie Armstrong est fascinée par le cannibalisme, et en particulier par l’affaire Oliver Hartwin, qui a dévoré un homme, consentant, suite à une petite annonce passée sur le net. Dans le cadre de sa thèse, elle approfondit ses recherches, voulant en savoir toujours plus sur ce fait divers sordide... Mais sa quête se transforme bientôt en obsession.

La critique :

Lors de la chronique de Cannibal (Marian Dora, 2006, source : http://cinemachoc.canalblog.com/archives/2015/05/24/32068393.html), l'auteur Inthemoodforgore évoquait, dans son omniscience teintée de panégyrisme, une oeuvre trash, extrême et déviante qui s'acoquinait et s'accointait sans sourciller avec la pornographie, le gore et l'anthropophagie. Corrélativement, le film de Marian Dora se polarisait sur un fait divers bien réel, et en particulier inspiré des confessions morbides d'Armin Meiwes, un informaticien allemand qui s'est livré à une séance de cannibalisme avec l'aval et le consentement de Bernd Jürgen Brandes, un ingénieur berlinois de 42 ans (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Armin_Meiwes).
Dixit les propres aveux d'Armin Meiwes, l'anthropophage admet avoir regretté son geste par la suite, tout en reconnaissant s'être délecté de ce menu fretin...

Dès lors, une question reste en suspens... Peut-on déclarer Armin Meiwes comme étant pénalement responsable de ses actes abominables ? Ensuite, un tribunal peut-il condamner un homme qui a dévoré sa victime alors que cette dernière était totalement consentante à l'anéantissement, au dépècement puis à l'ingurgitation de son propre cadavre ? Heureusement, la réponse est positive. Les psychiatres avisés jugeront Armin Meiwes pénalement responsable de ses actes. Pourtant, en première instance, le criminel est condamné à une peine de huit ans et demi d'emprisonnement ; une sentence pour le moins clémente qui ne manque pas d'effaroucher la populace, ainsi que les médias et les réseaux sociaux. Puis, lors du second procès, la réclusion carcérale à perpétuité est finalement prononcée.
Inutile alors de préciser que cette affaire a sérieusement déboulonné notre société et ses diverses instances étatiques et juridictionnelles.

sans-titre47

Comment un homme, à priori sans histoire et sans casier judiciaire, peut-il commettre l'épouvantable, l'ultime tabou et, in fine, l'irréparable ? Telle était en filigrane la question posée par Marian Dora dans le terrifiant Cannibal. A la même époque, un autre long-métrage se focalise sur ce sujet pour le moins spinescent. Son nom ? Grimm Love, ou Confession d'un Cannibale (dans nos contrées hexagonales), et réalisé par les soins de Martin Weisz en 2006. Pourtant, le film ne sortira qu'en 2010 en France. Ce terrible fait divers traverse ses frontières germaniques pour débarquer chez nous. Certes, Grimm Love ne bénéficiera pas d'une sortie dans les salles obscures en France et sera donc distribué directement via le support vidéo.
En Allemagne, Grimm Love n'échappera pas aux quolibets ni au couperet acéré de la censure. 

Indubitablement, le sujet fait polémique et le pays de Goethe proroge et diffère à maintes reprises la sortie du film. En dépit de ses thématiques méphitiques, le métrage recueille des avis extrêmement mitigés. Au mieux, les critiques vilipendent et admonestent une production qu'elles jugent lénifiante et fastidieuse, incapable de transcender son sujet. Pour ceux qui ont eu l'heur de visionner Cannibal, ils flagornent à l'inverse le film de Marian Dora pour son âpreté, sa somptuosité et son irrévérence. Quant à Martin Weisz, le cinéaste allemand a surtout sévi dans la conception de clips vidéo.
En outre, Grimm Love - Confession d'un Cannibale constitue sa toute première réalisation. Il enchaînera, à postériori, avec La Colline A Des Yeux 2 (2007) et plus récemment, Squatters (2014).
Bref, pas de quoi s'égayer ni s'enthousiasmer à l'aune d'une filmographie aussi élusive et moribonde !

sans-titre74

A ce jour, son long-métrage le plus populaire se nomme justement La Colline A Des Yeux 2. Dire que cette suite futile n'a pas laissé un souvenir impérissable est un doux euphémisme ! Pour le reste, la distribution de Grimm Love se compose de Keri Russell, Thomas Kretschmann, Thomas Huber, Rainer Messner, Angelika Bartsch, Alexander Martschewski, Nils Domming et Marcus Lukas. Attention, SPOILERS ! Katie Armstrong est fascinée par le cannibalisme, et en particulier par l'affaire Oliver Hartwin, qui a dévoré un homme, consentant, suite à une petite annonce passée sur le net.
Dans le cadre de sa thèse, elle approfondit ses recherches, voulant en savoir toujours plus sur ce fait divers sordide... Mais sa quête se transforme bientôt en obsession. Indiscutablement, Grimm Love se pare d'un sujet pour le moins controversé.

C'est aussi la raison pour laquelle le film de Martin Weisz laisse cette impression de désappointement lors de son générique final. Ou comment parvenir à rendre un sujet pourtant captivant en une pellicule amorphe et dénuée de toute structure narrative. Ainsi, Confession d'un Cannibale n'élude pas les archétypes habituels. Keri Russell se transmute en une journaliste obsessionnelle qui cherche, mordicus, à comprendre les raisons profondes d'un acte aussi barbare et criminel. Dès lors, le métrage verse dans le thriller psychologique, s'ingéniant à décrypter l'enfance puis la période juvénile des deux comparses, donc du cannibale décrié et celle de sa victime fébrile et consentante.
Hélas, toutes ces myriades de flashbacks, de souvenirs douloureux et de réminiscences finissent par lasser et décontenancer sur une durée pourtant élusive (à peine une heure et demie de bobine).

1526927051

Surtout, toutes ces tentatives chimériques d'explication ne parviennent jamais à transcender des protagonistes plus complexes qu'à l'accoutumée. Maigre consolation, Martin Weisz dirige avec méticulosité son casting. Dans les deux rôles principaux, Thomas Kretschmann et Thomas Huber livrent une composition plutôt éloquente et évincent promptement la piètre performance de Keri Russell. Plutôt que de se polariser sur la quête obsessionnelle de cette journaliste adventice, Martin Weisz aurait été bien avisé de se focaliser davantage sur la relation qui se noue et se dénoue entre l'anthropophage et sa victime, ainsi que sur la portée de l'acte lui-même.
De facto, Confession d'un Cannibale s'apparente au mieux à un drame moyennement palpitant, à peine sauvé par la grâce de ses interprètes, là où le film aurait dû se centrer sur les géhennes les plus tourmentées de l'âme humaine. Pour les thuriféraires de sensations fortes et sanguinolentes, prière de quitter leur siège et de retourner gentiment dans leurs pénates. Via Grimm Love, Martin Weisz se refuse à verser dans le gore et l'outrance, à l'exception de la conclusion finale, d'une rare scabrosité. Paradoxalement, c'est lors de son dernier quart d'heure que le film décolle réellement pour revêtir les oripeaux d'un thriller enfin captivant... Mais avant cela, il faudra faire preuve de longanimité et patienter plus d'une heure avant de voir le film subrepticement s'emporter...
Bref, sans la diligence de son casting (à l'exception de Keri Russell...), Grimm Love aurait pu aisément inscrire son monogramme parmi les "navetons" avariés. Une cruelle gabegie en somme...

Note : 07/20

sparklehorse2 Alice In Oliver