nuit fantastique des morts vivants

Genre : horreur, gore, trash, extrême, pornographie, érotique (interdit aux - 18 ans, film classé X)
Année : 1980
Durée : 1h44

Synopsis : Larry O'Hara, un promoteur immobilier, se rend en bateau avec sa petite amie sur une île isolée où il compte développer un complexe immobilier. Sur place, ils sont mis en garde par une jeune femme et un vieil homme des dangers du lieu. Bientôt, les morts de l'endroit se réveillent et les attaquent.

 

La critique :

Sur ce blog, nous avons déjà procédé à l'exégèse de la carrière cinématographique de Joe d'Amato, un réalisateur, producteur, cadreur, directeur de la photographie et scénariste transalpin. Le metteur en scène peut au moins s'enhardir de posséder son propre article sur le site Nanarland. Grand spécialiste de la série B impécunieuse, Joe d'Amato a sévi sous plusieurs cryptonymes, notamment Steve Benson, Hugo Clevero, David Hills, Kevin Mancuso, Peter Newton, Michael Wotruba, Robert Yip, Zak Roberts, George Hudson, Federico Slonisko, Gerry Lively, ou encore Igor Horwess (Source : http://www.nanarland.com/acteurs/acteur-joedamato-joe-d-amato.html). A juste titre, Joe d'Amato est considéré comme le cinéaste le plus prolifique de toute l'histoire du cinéma italien avec plus de 200 films à son actif (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Joe_D%27Amato).

On tient donc là un réalisateur transi d'opportunisme qui s'est successivement accointé avec le western spaghetti (God Is My Colt, 1972), l'heroic fantasy (Ator l'invincible, 1982), l'érotisme hard (Emanuelle's Revenge, 1975), la pornographie soft (Viol sous les Tropiques, 1977), le gore ad nauseam (Anthropophagus, 1980), et même l'horreur qui s'acoquine avec la concupiscence et les parties d'agapes et de priapées (Porno Holocaust, 1981). Cependant, nonobstant tous ces exemples complaisants et peu aguicheurs, Joe d'Amato n'est pas ce cancre ni ce tâcheron fustigé et rabroué par certains cinéphiles avisés. Le réalisateur peut s'enorgueillir de quelques productions éloquentes, notamment Blue Holocaust (1979), qui apparaît comme le ou l'un des films les plus probants de Joe d'Amato, et surtout comme une oeuvre charnière, voire pionnière sur le thème, toujours spinescent, de la nécrophilie.

A contrario, il n'est pas surprenant de retrouver le metteur en scène derrière La Nuit Fantastique des Morts-Vivants, une autre bisserie sortie en 1980. Corrélativement, durant cette même période, les morts-vivants, les anthropophages et les films X caracolent en tête via la VHS et le support vidéo. Joe d'Amato a alors l'ingénieuse idée d'amalgamer carrément les trois registres au service d'une production harangueuse, trash et ordurière. Au moment de sa sortie, La Nuit Fantastique des Morts-Vivants écope de l'ultime réprobation, soit d'une classification X et donc d'une interdiction aux moins de 18 ans. Cette série B désargentée est à la fois considérée comme un film X et une oeuvre extrême et érubescente. Pour l'anecdote futile, le métrage est également connu sous l'intitulé de La Nuit Erotique des Morts-Vivants. La distribution du film se compose de George Eastman, Laura Gemser, Dirce Funari, Mark Shannon et Lucia Ramirez.

La Nuit Fantastique des Morts-Vivants signe la nouvelle collusion entre Joe d'Amato et George Eastman. L'acteur devient producteur pour l'occasion. Pour mémoire, le comédien avait déjà incarné les cannibales écervelés dans Anthropophagus (1980), un rôle de sociopathe qu'il réitérera dans Horrible (1981). Vient également s'additionner Laura Gemser, une figure iconique et incontournable de l'érotisme et de la pornographie des décennies 1970 et 1980. L'actrice érotomane deviendra la nouvelle égérie de la saga "Emanuelle" (avec un seul "M") à travers des productions racoleuses et aux titres souvent évocateurs (Emanuelle et les derniers cannibales, par ailleurs réalisé par Joe d'Amato en 1977. Tiens... Tiens...). Mais ne nous égarons pas et revenons à l'exégèse de La Nuit Fantastique des Morts-Vivants. Attention, SPOILERS !  

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Larry O'Hara, un promoteur immobilier, se rend en bateau avec sa petite amie sur une île isolée où il compte développer un complexe immobilier. Sur place, ils sont mis en garde par une jeune femme et un vieil homme des dangers du lieu. Bientôt, les morts de l'endroit se réveillent et les attaquent. Autant l'annoncer sans ambages. Le plus gros écueil de La Nuit Fantastique des Morts-Vivants réside dans l'absence tout scénario plausible et/ou crédible. Le concept du film est aussi simplissime que lapidaire. Ainsi, La Nuit Fantastique des Morts-Vivants s'apparente à curieux maelström entre La Nuit des Morts-Vivants (une oeuvre proéminente à laquelle Joe d'Amato fait évidemment référence) et la pornographie soft des années 1980. A la même époque, Joe d'Amato s'ingénie à amalgamer les zombies décrépits à nos penchants lascifs et satyriasiques via des productions séditieuses.

De facto, La Nuit Fantastique des Morts-Vivants s'inscrit dans la lignée et le continuum d'Emanuelle et les derniers cannibales, ainsi que Porno Holocaust (deux oeuvres putassières et ignominieuses déjà susmentionnées dans ces lignes). En résumé, ce n'est pas La Nuit Fantastique des Morts-Vivants qui risque d'ériger le talent de Joe d'Amato au firmament du noble Septième Art en général, ni dans le cinéma bis en particulier. Le cinéaste transalpin est égal à lui-même et signe une pellicule faussement transgressive qui louvoie entre le huis clos insulaire, les zombies claudicants et les saynètes sensuelles. Cette oeuvre protéiforme se situe également à la lisière du fantastique via l'apparition inopinée d'un félin. L'animal noirâtre préfigure évidemment de grands malheurs pour nos héros d'infortune, ainsi qu'une terrible malédiction qui ranime les morts de leurs sépulcres.

"Bienvenue sur l'île de la chatte" s'écrie le plus sérieusement du monde Laura Gemser. On croit fabuler... La Nuit Fantastique des Morts-Vivants démontre derechef tout le raffinement du cinéma régenté et prodigué par Joe d'Amato... Curieusement, le film se montre assez pingre en termes de gore, de tripailles et d'éviscérations sanguinolentes. En l'occurrence, difficile de comprendre la classification X ou l'interdiction aux moins de 18 ans tant les animosités restent superficielles. Parcimonieux, Joe d'Amato se montre curieusement pondéré.
Hormis une saynète sous la douche avec quelques attouchements sur un pénis ithyphallique, pas grand-chose à signaler. Mais la plus grande déception provient sûrement des macchabées putrescents, extrêmement apathiques pour l'occasion.

Même George Eastman, par ailleurs en mode cabotinage, s'étonne de cet alanguissement ostensible sur l'écran rougeoyant. Que le comédien se rassérène. Il est bien le seul acteur à se départir de cette production exsangue. Paradoxalement, en dépit des apparences et de ses nombreux impondérables, La Nuit Fantastique des Morts-Vivants n'est pas cette déconfiture ni cette déconvenue tancée et décriée dans cette chronique. Comme déjà mentionné, le film porte le sceau de Joe d'Amato et dégage un aspect "bis" qui rend cette oeuvre aussi étrange que sympathique.
On relève tout de même quelques soubresauts et fulgurances, durant les 1h45 minutes de cette pellicule.
Toutefois, il faudra tout de même faire preuve de magnanimité et de munificence pour ne pas qualifier ce long-métrage de "naveton" avarié. Bref, une oeuvre à réserver aux thuriféraires les plus patentés du genre et/ou à ceux qui affectionnent les zombies sénescents et l'érotisme de comptoir, soit trois ou quatre personnes à travers le monde...

 

Note : 07/20

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