cannibalis

Genre : horreur, gore, trash, extrême (interdit aux - 18 ans au moment de sa sortie, interdit aux - 16 ans aujourd'hui)
Année : 1972
Durée : 1h33

Synopsis : John Bradley, un journaliste photographe en voyage dans la jungle thaïlandaise, est capturé par une tribu de cannibales sauvages. Réduit à l'état d'esclave, il subit les pires humiliations comme autant de rites de passage. Bientôt, l'amour que lui porte une jeune sauvageonne, fille du chef du clan, va lui permettre de se faire accepter par la tribu. Très vite le mariage est célébré... Malheureusement, l'attaque d'une tribu rivale rendra sa femme aveugle. Il doit alors faire un choix entre sa vie civilisée et le nouvel homme qu'il est devenu...   

La critique :

Les rares thuriféraires de Cinéma Choc (environ cinq personnes dans le monde en comptant les auteurs du blog... Sic...) auront probablement subodoré, depuis quelques temps, l'appétence du blog pour le gore et en particulier pour l'anthropophagie à satiété. Impression corroborée par les chroniques récentes d'Automaton Transfusion (Steven C. Miller, 2006), Le Dernier Monde Cannibale (Ruggero Deodato, 1977), Grimm Love - Confession d'un Cannibale (Martin Weisz, 2006), ou encore de Détour Mortel 4 : Orgies Sanglantes (Declan O'Brien, 2011).
C'est à l'orée des années 1980 que le cinéaste transalpin, Ruggero Deodato, accorde ses lettres de noblesse au cannibalisme via le bien nommé Cannibal Holocaust (1980). Pourtant, le metteur en scène rital n'en est pas à son premier coup d'essai.

Trois ans auparavant, Ruggero Deodato s'emparait et s'appropriait la mode du Mondo via Le Dernier Monde Cannibale qui, par certaines accointances, n'est pas sans réitérer l'aspect (faussement) documentaire et souvent fallacieux des Death Movies. Pourtant, c'est bien Cannibal Holocaust qui déchaînera les passions, la polémique et les quolibets, courrouçant durablement une censure éruptive via des tortures d'animaux, de la pornographie et une âpreté rédhibitoire. Au moment de sa sortie, Cannibal Holocaust estourbit les persistances rétiniennes et engendre de nombreux épigones.
Toutefois, cette oeuvre charnière n'est pas ce long-métrage pionnier ni précurseur parfois édifié et encensé par certains laudateurs un peu trop patentés. En vérité, ce film démiurgique et novateur se nomme Cannibalis - Au pays de l'Exorcisme, un métrage réalisé par les soins d'Umberto Lenzi en 1972.

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Pour l'anecdote futile, le film est parfois sorti sous le simple intitulé de Cannibalis ou encore d'Au pays de l'Exorcisme. Si le métrage n'est pas aussi virulent et impudent qu'un Cannibal Holocaust, il en contient déjà tous les rudiments et les linéaments en s'arrogeant l'ultime réprobation (donc, une interdiction aux moins de 18 ans) au moment de sa sortie. Cette interdiction sera minorée à postériori pour passer à une "simple" (si j'ose dire...) interdiction aux moins de 16 ans. Quant à Umberto Lenzi, le réalisateur transalpin fait partie de ces figures incontournables et sérénissimes du cinéma bis. Certes, le cinéaste apparaît au mieux comme une sorte d'opportuniste, obliquant successivement vers l'espionnage, le giallo, le thriller, le film policier et bien sûr l'horreur ad nauseam.
Les adulateurs d'Umberto Lenzi ne manqueront pas de stipuler des oeuvres telles que Maciste contre Zorro (1963), Hercule contre les mercenaires (1964), Les Chiens Verts du Désert (1967), Si douces, si perverses (1969), Le tueur à l'orchidée (1972), ou encore L'Avion de l'Apocalypse (1980).

Devant le succès pharaonique de Cannibal Holocaust, Umberto Lenzi signera deux nouveaux films de cannibales avec La Secte des Cannibales (1980) et Cannibal Ferox (1981). A ce titre, c'est le bien nommé Cannibal Ferox qui est considéré comme le concurrent le plus sérieux pour détrôner la couronne hiératique du film de Ruggero Deodato. Pourtant, à notre avis, le métrage le plus impudent et le plus ignominieux du genre s'intitule probablement La Secte des Cannibales... Mais ceci est un autre débat ! La distribution de Cannibalis - Au Pays de l'Exorcisme se compose d'Ivan Rassimov, Me Me Lai, Pratitsak Singhara, Sullalewan Suxantat, Ong Ard et Prapas Chindang.
Attention, SPOILERS ! John Bradley, un journaliste photographe en voyage dans la jungle thaïlandaise, est capturé par une tribu de cannibales sauvages.

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Réduit à quia et à l'état d'esclave, il subit les pires humiliations comme autant de rites de passage. Bientôt, l'amour que lui porte une jeune sauvageonne, fille du chef du clan, va lui permettre de se faire accepter par la tribu. Très vite le mariage est célébré... Malheureusement, l'attaque d'une tribu rivale rendra sa femme aveugle. Il doit alors faire un choix entre sa vie civilisée et le nouvel homme qu'il est devenu... Evidemment, les cinéphiles les plus avisés noteront, à travers cette exégèse, les assonances pléthoriques avec le film Un Homme Nommé Cheval (Elliot Silverstein, 1970), qu'Umberto Lenzi dévoie et spolie à satiété. De facto, Cannibalis partage les mêmes aspérités ethnologiques.
Seule dissonance et pas des moindres, l'assimilation se déroule en pleine contrée cannibale. Néanmoins, la tribu d'anthropophages n'est pas cet agrégat de carnassiers prêts à en découdre et surtout à tortorer le corps déjà bien tuméfié de John Bradley.

Ainsi, la première partie s'apparente à toute une série de rituels sanguinolents visant à assouvir et à rabrouer un journaliste occidental et considéré comme une victime dévote des vulgates fallacieuses de notre société hédoniste et consumériste. Dès lors, le film ne badine pas avec les tortures ni les batailles entre animaux effarouchés, un schéma outrancier que le métrage déploie impunément. Pour ceux qui honnissent et bannissent toute violence à l'égard de la faune et de la flore, prière de quitter leur siège et de retourner gentiment dans leurs pénates !
En sus, le long-métrage assène plusieurs séquences de viol collectif. Si nos chers cannibales ne sont pas forcément décrits comme des êtres totalement archaïques, leurs us et leurs coutumes s'apparentent tout de même à des pratiques bestiales et barbares.

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Pourtant, à force d'abnégation, John Bradley finira par s'acclimater et même par s'accoutumer à ce monde tribal. C'est la seconde partie de Cannibalis - Au pays de l'Exorcisme. Cette deuxième section est beaucoup plus lénifiante que la première et suit un cheminement rudimentaire. Le blondinet John Bradley s'acoquine et s'énamoure d'une belle sauvageonne. Le film se transmute alors en oaristys amoureux et délaisse promptement ses velléités anthropologiques. La vision de Cannibalis ne prévaut que par son statut de film précurseur, une assertion pour le moins très discutable puisqu'il emprunte un peu... beaucoup... énormément à la doxa narrative d'Un Homme Nommé Cheval (précédemment mentionné dans ces lignes), la finauderie en moins.
Toutefois, Umberto Lenzi n'a jamais été réputé pour ses finasseries et sa bienséance, et ce Cannibalis - Au Pays de l'Exorcisme ne déroge pas à la règle.
Une oeuvre à réserver exclusivement aux amateurs invétérés du genre, donc !

Note : 10.5/20

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