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Genre : Drame, horreur, trash, expérimental (interdit aux -18 ans)

Année : 2002

Durée : 12 min

 

Synopsis :

Une voiture roule le long d'une route isolée. Un plan sur la photo d'un homme souriant dans un cadre. La voiture s'arrête lentement. Le contact est coupé, suivi du cadre tombant et se brisant par terre. L'instant d'après, c'est la préparation d'un mort pour ses funérailles. Un repos éternel l'attend. 

 

La critique :

Il est vrai que depuis la création de Cinéma Choc, une fracture en mon innocence s'est créée à la lecture de tout un effroyable pan du cinéma underground. Le temps des Saw et Hostel en pilier indéfectible du sommet de l'horreur étaient bien bien loin. Alors que les films de plusieurs strates dans l'extrême et la débauche de violence auraient dû me faire fuir, je commençais à m'intéresser sur certains. Curiosité malsaine ou non, le fait d'avoir brisé ce qu'il restait de mes barrières morales eut raison de certaines surprises plus ou moins indigestes. Nekromantik, Salo, Cannibal Holocaust, autant de classiques qui verront se succéder d'épouvantables pellicules me questionnant pour savoir si tout tournait bien dans ma tête (coucou les navets Sadi-Scream). Cependant, je ne dérogeais que très rarement à mon objectif de ne pas chercher du trash pour du trash. Il me fallait un fond derrière.
Toute une batterie de réalisateurs s'offrait à moi, mais qui aurait cru un jour que j'allais chroniquer un film de Marian Dora sur le blog ? Moi l'étudiant timoré de jadis fuyant les films trash -18 ans comme la peste inscrivait encore aujourd'hui de mon empreinte pervertie un nouveau billet déviant. Marian Dora, ou indéniablement l'un des réalisateurs de cinéma extrême les plus plébiscités, porté au nu par les dithyrambes généralisés à son encontre. Il faut dire que son style n'est pas banal, dans un genre où la surenchère de violence en est souvent l'ultime but. 

Dora n'a pas ce genre d'objectifs sommaires pour résumer ses oeuvres. Il désire aussi offrir une expérience différente où au cauchemar le plus total s'offrent mysticisme et philosophie. Un couple improbable me direz-vous. Je le pensais aussi avant de me retrouver (enfin !) devant une de ses créations étant Christian B. Ce court-métrage, strictement inconnu de 99,9% de la population mondiale et totalement introuvable à l'époque sur la Toile à l'époque de sa chronique (avant son apparition sur YouTube), avait su me transporter et me bouleverser. Un sentiment indéfinissable me gagnait au visionnage. Arrivé au générique de fin, c'était une évidence que je ne pouvais en rester là. Oui mais obtenir du Dora en téléchargement ou streaming n'est pas une sinécure et seul le site très spécialisé Wipfilm a su me proposer le métrage que je voulais (les autres étant un peu too much ou guère attirants).
Si je n'ai toujours pas visionné Cannibal que j'ai en stock depuis je ne sais quand, j'ai pu me gratifier d'un autre court-métrage dispo depuis seulement 1 mois, également sur YouTube. Son nom : Cadavericon. Une pellicule issue de la compilation The World of Marian Dora disponible sur Sin'Art. En dehors de ceci, difficile que de trouver de réelles informations alléchantes. Le réalisateur a visiblement choisi l'anonymat le plus complet et pour cela arbore le nom de Marian D. Botulino. En enclenchant le visionnage, je savais que je n'allais pas me gratter les burnes devant.

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ATTENTION SPOILERS : Une voiture roule le long d'une route isolée. Un plan sur la photo d'un homme souriant dans un cadre. La voiture s'arrête lentement. Le contact est coupé, suivi du cadre tombant et se brisant par terre. L'instant d'après, c'est la préparation d'un mort pour ses funérailles. Un repos éternel l'attend. 

Le synopsis est pour le moins exhaustif et les liens entre les divers éléments ne sont pas bien difficiles à définir. Même si tout est suggestion dans cette trame, on soupçonne très vite l'homme de la photo être le conducteur, de même que l'on soupçonne que le mort est le conducteur. Que lui est-il arrivé ? Une crise cardiaque ? Un AVC ? Dans le pire des cas, on s'en fiche car ce n'est pas ça qui importe. Cette très courte introduction d'à peine 1 minute 30 laissera la place au style inimitable de l'artiste. Comme on le sait Mr Botulino a cette fascination pour la mort et le destin d'un individu après sa mort. Cet homme souriant, apparemment bon vivant se tient là, allongé devant nous, en situation de rigor mortis, la peau déjà tuméfiée, le rendant méconnaissable.
Ou peut-être est-il juste mort de vieillesse ? Peu importe après tout ! L'évidence est qu'il est mort et avec lui des croque-morts le préparant, le lavant et l'habillant pour le placer dans son cercueil, le tout avec une caméra scrutant les actes faits avec la notion de respect du corps. On ne peut que rester pantois devant les actions effectuées par ces hommes dont nous ne verrons pas le visage. Ceux-ci exécutent leurs faits de manière mécanique, comme s'il s'agissait d'une simple formalité. Voilà un boulot qui a toujours su susciter le respect en moi de devoir être constamment en présence de morts. Et puis, le départ vers le funérarium pour l'exposer dans son cercueil ouvert, alors qu'on lui cache les yeux. Une courte scène filme ce qui semble être une résurrection, le mort sortant de son très long sommeil avant d'être bloqué dans son lit éternel. 

Que faut-il en conclure ? Est-ce là une exposition de la déshumanisation de l'Homme se nourrissant de la mort d'autrui ? Difficile à expliquer mais peut-être n'est-ce qu'une simple illusion. Ce résumé assez simpliste pourrait à priori laisser entrapercevoir un court-métrage plutôt banal mais, durant ces 12 minutes, un indicible malaise nous submerge. La vie ardente de l'homme n'est plus. Toute étincelle est éteinte pour ne laisser qu'un macchabée, un amas de cellules rigoureusement agencées destiné à reposer et à se décomposer. Nul besoin d'en faire des tonnes, Dora filme avec une précision chirurgicale et documentaire la réalité qui nous attend tous tôt ou tard, qu'elle soit dans 50 ans, 20 ans, trois mois, deux semaines, demain. Le pire étant que l'on ne peut la prévoir car si ce n'est pas la maladie ou l'accident, c'est la vieillesse qui fera office de faucheuse et elle n'épargnera personne. Pas de sang ou de quelconque grandiloquence. Ne vous attendez pas à du patho s'étirant en longueur.
Tout est froid, d'un calme traumatisant. La vérité future résume à elle seule un choc que nous refusons de voir ou de songer un seul instant tant la mort est au final la pire chose qu'une personne peut redouter, du moins une personne étant épanouie dans sa vie. Définitivement, Cadavericon est un film qui choque, hante et questionne sur l'après. Peut-être son impact est encore plus frontal entre les mains de jeunes de mon âge ayant encore toute la vie devant eux. 

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Dans une ambiance christique, les images sont à la fois crues et terrifiantes. On retrouve une image similaire à Christian B avec une colorimétrie tendant vers le bleu et le verdâtre où s'insèrent des mélodies de forte charge assombrissant davantage ce qui nous attend. Une atmosphère irréelle, fortement chargée de mélancolie règne en ces lieux maudits que nous avons tous fréquenté au moins une fois un jour ou l'autre, de l'autre côté du cercueil, contemplant la personne devant nous, à jamais immobile. Définitivement, Marian Dora n'aura en aucun cas usurpé la réputation d'extrême artistique que les cinéphiles borderline attribuent à ses oeuvres. L'aspect religieux est prépondérant, la préparation du défunt s'axant comme un rituel de vénération. C'est l'occasion de rendre hommage à celui qui aura égayé la vie de tout un chacun. Si Cadavericon est répertorié par défaut dans la catégorie du genre de l'horreur, inutile d'en attendre toute forme de voyeurisme ou de gore comme je l'ai dit avant. Ceux qui rechigneront devant en lui axant sa sagesse comme défaut ne méritent même pas qu'on les écoute. Cadavericon est un exemple de cinéma extrême beau, respectueux.
Aucune transgression de mise, ni de subversion. Simplement quelque chose de la vie de tous les jours que les croquemorts font. Inutile de parler d'horreur graphique mais d'horreur psychologique car la mort est le spectre universel nous concernant tous. 

Je pense qu'il est inutile d'en rajouter pour vous convaincre de solliciter 12 petites minutes de votre vie en regardant cette macabre poésie, d'autant plus que cette rareté vous est offerte gratuitement sur YouTube. Sans contestation possible, Dora peut se targuer d'avoir marqué au fer rouge le cinéma trash en lui apportant cette chose inespérée qui est l'intelligence. Comme il est dommage que ce personnage soit confiné à l'anonymat car sa maturité et sa vision des choses pourrait grandement influencer le cinéma actuel, soumis à la bien-pensance et au niais.
Peut-on pour autant blâmer un public qui cherche avant tout à s'évader dans un artificiel bonheur l'espace d'un temps, loin d'une société déliquescente ? La question mérite d'être posée. Bref, Cadavericon est un film qui bouleverse pendant et surtout après la séance. Si certains trouveront l'interdiction aux -18 ans par défaut un peu trop sévère, il faut la chercher surtout dans son second niveau de lecture, quand bien même un mort aussi longtemps face caméra pourra décontenancer n'importe qui. Néanmoins, je me permets de mettre très sérieusement en garde les personnes dépressives et fragiles, même sous venlafaxine ou tout autre antidépresseur, à ne pas prendre à la légère ce Cadavericon, aussi grande sa qualité soit elle.

 

Note :  ??? bien évidemment

 

 

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