étrangleur de boston 68

Genre : thriller, policier (interdit aux - 16 ans)
Année : 1968
Durée : 1h56

Synopsis : Boston, 1962. Une vieille femme est retrouvée étranglée à son domicile. Les mobiles du crime sont inexplicables. Au cours des deux années suivantes, douze autres femmes sont assassinées dans des circonstances similaires. Le procureur général Bottomly est désigné pour prendre l'affaire en main. Un jour, Alberto DiSalvo, un modeste ouvrier, est arrêté par la police pour avoir pénétré dans un appartement par effraction... 

 

La critique :

On connaît tous la passion, la dilection, l'appétence, voire la fascination de notre société eudémoniste et occidentale pour les serial killers. Il suffit de voir le nombre de tueurs en série rendus notoires par notre presse quotidienne et l'hégémonie arrogante que ces mêmes criminels satyriasiques exercent sur la populace, suscitant à la fois l'effroi et de nombreuses introspections. Evidemment, le cinéma se devait, un jour ou l'autre, de s'emparer de cette fascination morbide. Déjà, à l'orée des années 1930, le réalisateur germanique Fritz Lang se polarisait sur un tueur d'enfants via M le Maudit (1931), ce thriller relatant la terreur suscitée dans une communauté allemande.
Bien des décennies plus tard, le terrible Massacre à la Tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974) s'inspirait lui aussi d'un tueur en série tristement populaire, un certain Ed Gein, aussi surnommé le "Boucher de Plainfield" pour ses exactions morbides et ses étranges attraits pour la nécrophilie et l'anthropophagie.

Vers l'orée des années 1960, Alfred Hitchcock et Michael Powell réaliseront respectivement Psychose (1960) et Le Voyeur (1960), deux thrillers qui se centrent eux aussi sur des personnalités déviantes et atteintes de scopophilie maladive. Cette fois-ci, la sociopathie inhérente est abordée à travers les tares et les propres excoriations de notre société consumériste, cette dernière flattant - entre autres - ce tropisme infrangible et scoptophile. Aux Etats-Unis, la décennie 1960 commence doucement se nimber d'une irascibilité populaire. Cette dernière tance et vitupère un gouvernement qu'elle juge rigoriste et coercitif. Corrélativement, les premières exhalaisons du mouvement féministe se font sérieusement pressentir. C'est dans ce contexte déjà houleux que Richard Fleischer décide de réaliser L'Etrangleur de Boston en 1968. En outre, le long-métrage s'inspire d'un tueur en série bien réel, un certain Albert DeSalvo, un serial killer qui a sévi à Boston entre 1962 et 1964, assassinant treize femmes.

sans-titre33

Son cas pour le moins atypique va évidemment plonger la population américaine dans la terreur, entre autres pour ses crimes abominables (viols, tortures, supplications et strangulations principalement) qui obéissent visiblement à des pulsions sadiques et irréfragables. Ainsi, le forcené sera successivement surnommé "le Mesureur", "l'homme en vert" ou encore "l'Etrangleur" pour son étonnante célérité et sa capacité à filer entre les mains, le nez et la barbe de la police et de tout témoignage probant et/ou oculaire. En sus, le maniaque escarpe à toute explication plausible et rationnelle.
Son cas psychopathologique échoit au domaine psychiatrique.
Les éléments anamnestiques d'Albert DeSalva corroborent une personnalité hébéphrénique. Et c'est exactement cette dualité ostentatoire et indicible qui va passionner Richard Fleischer pour L'Etrangleur de Boston.

Ce dernier est un cinéaste à la fois éclectique et prolifique qui peut néanmoins s'enhardir d'une filmographie plutôt sérénissime en dépit de quelques carences inhérentes à toute carrière cinéphilique. Les thuriféraires de Richard Fleischer ne manqueront pas de stipuler des oeuvres telles que Vingt Mille Lieues sous les Mers (1954), Les Vikings (1958), Barrabas (1962), Le Voyage Fantastique (1966), Tora ! Tora ! Tora ! (1970), ou encore Soleil Vert (1973) parmi les productions les plus éloquentes. A juste titre, L'Etrangleur de Boston est souvent considéré comme l'oeuvre la plus techniquement aboutie de Richard Fleischer, tout du moins aux yeux des cinéphiles avisés.
Reste à savoir si ce long-métrage mérite ou non ces litanies de louanges et de courtisaneries. Réponse à venir dans les lignes de cette chronique...

sans-titre77

Pour le tournage du film, le metteur en scène américain opte pour une réalisation en split screen (écran divisé), une façon comme une autre de scander ladite altérité de son tueur en série. Ainsi, il existe deux Robert DeSalvo, un qui est décrit comme un époux aimant et bon père de famille, et un autre qui mutile, viole et supplicie des femmes d'infortune. Le scénario de ce thriller est également inspiré d'un opuscule éponyme de Gorald Frank. Pour Richard Fleischer, L'Etrangleur de Boston constitue également le second volet d'une trilogie méphitique et consacrée à la genèse et/ou l'analyse de véritables criminels. Le film succède à Le Génie du Mal (1959) et précède L'étrangleur de la place de Rillington (1971). Par ailleurs, le métrage de Fleischer connaîtra un remake bien des décennies plus tard avec le bien nommé The Boston Strangler (Michael Feifer, 2008).

Pour incarner Robert DeSalvo, plusieurs illustres comédiens seront envisagés, approchés et même auditionnés, entre autres Ryan O'Neal et Warren Beatty. Pendant quelques temps, Richard Fleischer et ses fidèles prosélytes songeront à Anthony Perkins, mais le comédien reste l'incarnation machiavélique de Norman Bates dans Psychose (déjà susmentionné dans ses lignes). Finalement, c'est Tony Curtis qui écope des frusques tétanisantes du tueur en série. Hormis l'acteur, la distribution du film se compose d'Henry Fonda, George Kennedy, Mike Kellin, Hurd Hatfield, Murray Hamilton, Jeff Corey et Sally Kellerman.
Attention, SPOILERS !
Boston, 1962. Une vieille femme est retrouvée étranglée à son domicile. Les mobiles du crime sont inexplicables.  

sans-titre44

Au cours des deux années suivantes, douze autres femmes sont assassinées dans des circonstances similaires. Le procureur général Bottomly est désigné pour prendre l'affaire en main. Un jour, Alberto DiSalvo, un modeste ouvrier, est arrêté par la police pour avoir pénétré dans un appartement par effraction... Toute la sagacité de L'Etrangleur de Boston tient à la fois dans la majestuosité de sa réalisation et dans l'approche particulièrement déroutante et perspicace de ce tueur en série tétanisant. Richard Fleischer a parfaitement cerné et discerné l'essence et la genèse de cette personnalité discordante et échevelée. Ainsi, le cinéaste opte pour une réalisation spatiale et en perpétuelle mutabilité. L'écran se scinde en deux, trois ou quatre parties bien distinctes pour aborder sans fard le point de vue des policiers et des témoins oculaires, ainsi que celui de Robert DeSalvo, un maniaque lui-même en proie à une pluralité inexpugnable.

L'Etrangleur de Boston se segmente alors en plusieurs parties bien distinctes. La première s'apparente à une enquête précautionneuse qui interroge, notamment, sur notre propre approche et définition de la violence. La police impuissante cherche avec opiniâtreté l'identité putative d'un tel criminel. Un fou ? Un nigaud ? Un vulgaire histrion ? Ou encore un homme victime de sa propre libido érotomane ? En vérité, rien et un peu de tout cela à la fois. En l'occurrence, Robert DeSalvo est un homme parfaitement intégré dans notre société. C'est probablement la raison pour laquelle l'analyse de ses troubles et de son aliénation mentale reste invariablement énigmatique et ineffable.
Puis, à force de pugnacité, la police finit par appréhender le véritable coupable. C'est la seconde section de L'Etrangleur de Boston, et aussi la plus perturbante et la plus captivante.

Le diagnostic des médicastres est sans appel et rédhibitoire. Robert DeSalvo est bien atteint de dissociation mentale et surtout d'une anosognosie prégnante. De facto, il est parfaitement inutile de confronter le captif à ses propres crimes sous peine de le plonger définitivement dans le silence et dans une catatonie irrépressible. Dans cette deuxième et dernière partie, L'Etrangleur de Boston fonctionne comme une sorte d'autoscopie mentale qui cherche à sonder les rémanences et les réminiscences des ignominies commises par le forcené. "Il n'y a que la folie qui génère l'intelligence chez l'homme" scande un policier hébété, ne sachant que faire et entreprendre face au mutisme de l'accusé.
Plus qu'une allégorie sur notre propre appréhension de la violence et de ses corolaires sur la société dans sa globalité, L'Etrangleur de Boston correspond davantage à une métaphore sur notre propre anormalité et nos pulsions barbares et reptiliennes profondément enfouies et tapies dans notre cerveau archaïque.
On comprend mieux alors les concerts de dithyrambes et de flagorneries à l'égard de ce thriller psychologique, probablement le plus important et le plus fascinant depuis la sortie de Psychose.

Note : 17.5/20

sparklehorse2 Alice In Oliver